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THEATRE
ä ses yeux rien ne vaille, sauf le moment present.II a une espece de scepticisme qui me gene ; ilveut etre indifferent ä tout ce qui a du prix pournous.
M me SERVI&RES. — Mais, Marguerite, pour-quoi te faire des soueis de rien ! Ne connais-tupas Robert, comme je le connais moi-meme?Ne sais-tu pas que, malgr6 les airs qu’il se donne,malgre son d6tachement joue, son coeur estreste tendre comme autrefois? Mais il ne veutpas se montrer tel qu’il est. Cela ne me döplattpas... Tiens, veux-tu faire une experience?Essaie de lui parier de sa fille perdue, et tuverras si ton Robert affecte l’indifference.
M me DUPREY . — Ah, non, non, c’est unsujet d6fendu.
M me SERVI&RES. — Tu vois bien que tonfils n’a pas change et qu’il n’est pas detache detout puisqu’il est sensible comme au premierjour ä un drame — c’en etait un ! — qui s’estpasse il y a si longtemps. Car il y a bien quinzeans que cette petite a disparu, et eile etaitpresque un b6be encore. Avait-elle quatre ansseulement?
M me DUPREY, inlerrompanl. — Oui, eilevenait d’avoir quatre ans.
M me SERVlERES, conlinuanl. -— Eh bien !depuis qu’il l’a perdue, eile vit toujours en lui.
M me DUPREY. — Comment la mere a-t-elleeu le courage de l’enlever ä son pere? C’etait unevilaine femme, une aventuriere. Et cette petite,qu’est-elle devenue? Elle aurait dix-neuf ans.J’y pense aussi bien souvent, et je la regrette.