PREFACE
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redoutable, la foule. Alors tout change. Cescinq cents ou mille personnes, auxquellesvous pourrie/ faire lire individuellement desceuvres hardies, ont, lorsqu’elles sont reu-nies, des susceptibilites, des pudeurs, desprejuges nouveaux. Chaque spectateur alieneune partie de sa personnalite et prend pourquelques heures des fagons de sentir et depenser plus communes qui sont propres ä lafoule. Dans le roman on peut aborder lesthemes les plus audacieux. Au theätre, il estdes sujets defendus. Voit-on l’ceuvre de Mar-cel Proust sur la scene? N’etais-je pas tombeavec la Fille perdue sur un sujet interditPLefait que personne nc l’avait traite jusqu’ä cejour semblait me dire: « Ici, Ton ne passe pas.»
On ne peut ecrire une seule repliqued une piece sans chercher ä imaginer com-ment eile sera accueillie par le monstre auxmille tetes de l’autre cote de la rampe. II fauttrouver ä chaque instant le point communde sensibilite entre M. le duc de X...,de l’Academie frangaise, et votre manucure.On peut braver ce monstre, il est vrai, maisce n’est qu’une fagon, plus subtile peut-etre,d’atteindre le seul but que se propose l’au-teur dramatique qui est de gagner le publicet de le forcer a suivre la voie qu’il lui trace.Oui, peut-etre ici la foule qui est femme parsa nervosite, ses faiblesses et ses enthousias-