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Théatre : mademoiselle Bourrat ; la fille perdue
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PREFACE

mes, la foule desire-t-elle sentir peser sureile une force. Peut-etre cherche-t-elle unmaitre ä qui se donner. Mais l’entrepriseest perilleuse. Pour un mot qui la choque, Iafoule qui etait prete ä s’agenouiller se revolteet vous dechire.

Aussi Ie metier de l’auteur dramatique sur-passe-t-il mille fois en difficultes celui duromancier. Un chef-d’oeuvre sur la scene,voilä une reussite rare. Combien en compte-t-on dans la litterature frangaise? Deuxdouzaines peut-etre. Et Ie xix e siecle quipeut presenter cent romans admirables nouslaissera quelques pieces de theätre ä peine etun seul chef-d’oeuvre la Parisienne d’HenriBecque, mort dans la pauvrete.

Avec ces idees dans la tete, comment ai-jepu me mettre ä ecrire la Fille perdue P Jesavais ä l’avance que cette piece « ne feraitpas d’argcnt», mots redoutables auxquels fre-missent les auteurs dramatiques. Alors quoi?«l’amour saus plus du vert laurier»? Commentesperer le cueillir en un terrain si escarpe et sirüde? Je me mis pourtant ä la besogne, parcequ’il faut envisager le developpement de savie eomme une serie d’experiences instruc-tives dont chaeune, si insignifiante qu’ellepuisse etre en soi, a son utilite et vient prendresa place dans Pcnscmble d’unc ceuvre dontle sens et la portee nous echappent.