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THEATRE
mais que sais-je de toi? Je connais le Robertqui est venu ä moi il y a si peu de temps et qui asu trouver le chemin de mon coeur. Mais il y aeu un Robert qui a vecu quand je n’existaismeine pas.
ROBERT, plaisanlanl ä moiiie. — Ce Robertessayait, ä travers mille transformations dou-loureuses et au prix de mille efTorts, de devenirenfin le Robert que tu peux aimer.
PERDITA. —Ah! je ne veux pas penser ä tonpasse. Il doit etre plein de choses et de gens queje deteste. Je chasse ces idees loin de moi. Ellesreviennent sans quejeleveuilleetmepoursuivent.Si tu savais ce que cela me fait de peine par-fois... Je ne t’en ai jamais parle,mais j’en souffretout de meme.
ROBERT, venanl ä die, ires lendremenl. —Allons, petite fille que tu es,nelaisse paslesmortsvenir te troubler.
PERDITA. — Imagine-toi, Robert, que jen’ai pas peur des vivants. Je ne redoute personneet il me semble — c’est peut-etre beaucoup d’or-gueil — que je saurai te garder touiours. Mais lepasse, tout ce qu’il y a de trouble dans le passe,tout ce que l’on ne connait pas et qui, d’etreinconnu, prend tant de puissance, j’en sens lepoids sur nous a bien des moments, quelquefoisdans tes regards, quelquefois dans un mot quit’echappe, mais plus souvent dans tes silences.Ce mystere toujours present m’accable. Je trem-b!e 4 l’idee de ce qui peut en sortir. Qui verrai-jes’avancer tout ä coup et te regarder comme quel-qu’un qui n’ignore rien de toi?