THlJATRE
148
Perdiia. — Mademoiselle, je suis ici depuis bienpeu de temps, mais je vous connais dejä.
PERDITA, eile a une voix harmonieusemenlmodulee avec, par momeni, un accenl grave elprenant. — Je vous connais aussi, madame ;Robert ( En enlendanl appeler son fils, Robert,M me Duprey a un sursaul.) m’a souvent parlede vous. (A M me Duprey.) Bonjour, madame,est-ce que votre tricot avance?
M me DUPREY, la saluanl, mais sans se lever.— Mais oui, mademoiselle, comme vous voyez,j’y travaille sans cesse.
PERDITA, ä Robert — Vous dites que jepeux faire tout ce que je veux. Eh bien, je seraisincapable de tricoter. (A M me Duprey.) Peut-etre qu’un jcur oü il pleuvra et oü il fera triste,vous voudrez bien m’apprendre?
M me DUPREY. — Ce n’est pas de votre äge,mademoiselle. Quand vous serez une vieilledame comme moi, il sera temps d’y penser.
M me SERVlERES. — Est-ce que vous avezfait une belle promenade?
PERDITA. — Magnilique. Nous avons ete äSils Maria voir la maison de Nietzsche. C’estune espece de pelerinage. Il a vecu lä, trespauvre, les demiers etes de sa vie. C’est nu, c’estmiserable, et c’est tres emouvant.
M me SERVlERES. — Comme vous parlezbien frangais, mademoiselle ! Vous n’avez pasl’ombre d’accent.
PERDITA. — Mais je suis nee en France ; mamere et mon pere etaient Franc;ais. Ils sontmorts tous deux.