116
PREFACE
ans auparavant cette Mademoiselle Bourratdont j’ai raconte l’histoire. On me disait alors:« Quatre actes sur cette triste aventure! Vouscherchez la difficulte ! » Et personne n’enavait voulu. Que dirait-on de la Fille perduequand on en saurait le theme? Faudrait-ilattendre vingt ans encore? je n’en ai plusguere le temps. Peu importe. Un sujet s’im-posait ä moi. Je ne me libererais qu’en letraitant.
J’avais pense longtemps ä la Fille perdue.Je l’ecrivis avec rapidite bien que le metierfüt nouveau pour moi. Je venais de publierune Serie de romans, Ariane, Quand la terretrembla, VAmour en Russie. II fallait changerde methode. Tout en travaillant je ne cessaisde reflechir sur Ies points communs et surles differences qu’il y a entre l’art du romanet celui du theatre.
Le romancier et l’auteur dramatique s’oc-cupent et se preoccupent du public qu’ils au-ront. Y a-t-il des gens nai'fs pour croirequ’un ecrivain ne songe pas ä ses lecteurs?Qu’est-ce que cette tour d’ivoire oü s’enfermele poete? Qui a jamais vu une tour d’ivoire?Cette image saugrenue ne Test pas plus quel’idee qu’elle veut representer. A la minuteoü l’ecrivain prend la plume et donne uneforme concrete ä ses idees,il cherche a plaire,a emouvoir, ä convaincre. S’il meprise le pu-