Des Charlatans. 54?
fans loix , cette fcience eft un fléau d’autant plusaffreux qu’il frappe fans cefi'e ; & fi l’on ne peutpas réparer le défordre , il faut ou défendre , fousde rigoureufes peines , l’exercice d’un art qui de-vient fi funefte , ou , fi les confiitutions d’unEtat 11e permettoient pas ce moyen violent, or-donner , comme dans les grandes calamités , desprières publiques dans tous les temples.
(J. 580. Un autre abus , moins dangereux queceux dont je viens de parler , qui ne laiffe pascependant de faire des maux réels , & qui aumoins fort beaucoup d’argent du pays , maisdont le peuple cft moins la victime que les gensaifés , c’efl l'imbécille aveuglement avec lequelon s’en laiffe impofer parles pompeufes annoncesde quelque remede univerfel qu’on tire difpen-dieufement de l’étranger. Les perfonnes au-def-fus du commun peuple ne courent pas au char-latan , parce qu’elles croiroient s’avilir en fe mê-lant à la foule ; mais fi ce même charlatan , aulieu devenir, s’étoit tenu dans quelque ville étran-gère ; fi , au lieu de faire afficher fes placards auxcoins des rues , il les avoit fait inférer dans lesMercures ou dans les Gazettes ; fi , au lieu devendre fes remedes lui-même , il avoit établi desbureaux dans chaque ville ; fi, au lieu de les ven-dre vingt fois au-deffus de leur valeur , il avoitencore doublé ce prix ; au lieu d’avoir les cha-lands du peuple , il auroiteu ceux du citadin aifé,de tous les ordres, & prefque de tous les pays.Telle personne , fenfée à tout autre égard , quihéfitera de confier fa fanté à des Médecins di-gnes d’une entière confiance , hazardera par unefolie inconcevable le remede le plus rifqueux ,fur la foi d’un placard impofteur , publié parun homme auffi vil que le Charlatan qu’elleméprife , parce qu’il fait l'onner du cors de chaf-fc fous fa fenêtre, Si qui 11’en différé cependant