Des Charlatans. 1;9
ture , des caufes de fes mouvements, & des inl-truments qui peuvent la rétablir.
Qu’un foldat chaflë de (on régiment, à eau<ede l'es coquineries , ou qui a déferté par liber-tinage; qu’un banqueroutier, qu’un eccléûaftiqueflétri, qu’un barbier ivrogne , qu’une foule d’au-tres perî'onnagesaujTi vils, viennent afficher qu’ilsremontent les bijoux dans la perfection , s’ils nefont pas connus , fi l’on ne voit pas de leur ou-vrage , fi l’on n’a pas de témoignages authenti-ques de leur probité, & de leur habileté , per-fonne ne leur confiera pour quatre lois de pier-res fàultes , ils mourront de faim. Mais qu’aulieu de fe faire Jouailliers , ils s’affichent Méde-cins , on achètera très-chèrement te plaifir deleur confier là vie , dont ils ne tarderont pas àempoifonner les reftes,
Ç. 569. Les plus grands Médecins , ces hom-mes rares , qui , nés avec les plus heureux ta-lents , ont éclairé leur efprit dès leur plus ten-dre enfance ; qui ont cultivé enfuite avec lointoutes les parties de la phyfique; qui ont facri-fié les plus beaux moments de leur vie à une étu-de fuivie & aflidue du corps humain , de fesfondions, des caufes qui peuvent les empêcher,& de tous les remedes ; qui ont furmonté le dé-fagrément de vivre dans tes hôpitaux , parmi desmilliers de malades ; qui ont réuni à leurs pro-pres obfervations , celles de tous les temps & detous les lieux : ces hommes rares, dis-je , ne-fetrouvent pas même tels qu’ils voudroient êtrepour fe charger du précieux dépôt de la fantéhumaine ; & on le remettra à des hommes gref-fiers , nés fans talents , élevés fans culture ; quifouvent ne favent pas lire ; qui ignorent tout cequi a quelque rapport à la Médecine , avifli pro-fondément queles mœursdes fauvages afiatiques;qui n’ont veillé que pour boire ; qui fouvent ne