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Tome Second (1766)
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251
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Des Charlatans. I5Î

pofe un mal bien grave ; cette idée attrifte , onne ladmet quavec peine , & fans sen appercc-voir on embrafl'e, pour l'anéantir, le fyfteme op-pofc , qui ne nous laille voir quune maladie aenature à céder à quelques prij'es de fimples.

Ce goût pour le nouveau & pour lextraordi-naire , qui conduit defpotiquement un fi grandnombre -/hommes , & qui accrédite tant détres& tant de chofes ridicules , elt une quatrièmeraifon très-puiflànte. Lennui eft ce que l'hommecraint le plus , & il y eft (ans celfe entraîné parfon propre vuide & par celui de la fociété ; lesfenfations neuves & extraordinaires len tirantmieux que rien autre , il sy livre fans en prévoirles coniéquences.

Une cinquième raifon fe tire de ce que les troisquarts & demi des hommes font menés par lautredemi-quart, &c quordinairement le demi-quartqui aime à mener , elt celui qui eft le moinsen état de le faire ; ainfi tout doit mal aller ,&1 es événements ridicules & fâcheux deviennentnéceflaires par la conftitntion de la fociété.Lhomme dun fens exquis ne voit fouvent que parles yeux dun fot, dun intrigant ou dun four-be ; il juge mal & fe conduit mal. Lhommedun vrai mérite ne peut pas fe lier avec ceuxqui aiment à cabaler, & ce font eux qui fouventçonduifent les autres.

Il y a encore quelques autres raifons , maisje me bornerai à en rappeller une feule , que jaidéjà indiquée il y a plufieurs années ; ceft queprefque généralement nous aimons mieux ceuxqui déraifonnent avec nous , que ceux qui nousprouvent que nous déraifonnons.

Jefpere que les réflexions que chacun fera furces caufes de nos erreurs , contribueront à endiminuer leffet, & à détruire des préjugés dontchaque jour fait voir les fuites funcites.