Des Charlatans. I5Î
pofe un mal bien grave ; cette idée attrifte , onne l’admet qu’avec peine , & fans s’en appercc-voir on embrafl'e, pour l'anéantir, le fyfteme op-pofc , qui ne nous laille voir qu’une maladie aenature à céder à quelques prij'es de fimples.
Ce goût pour le nouveau & pour l’extraordi-naire , qui conduit defpotiquement un fi grandnombre -/hommes , & qui accrédite tant d’étres& tant de chofes ridicules , elt une quatrièmeraifon très-puiflànte. L’ennui eft ce que l'hommecraint le plus , & il y eft (ans celfe entraîné parfon propre vuide & par celui de la fociété ; lesfenfations neuves & extraordinaires l’en tirantmieux que rien autre , il s’y livre fans en prévoirles coniéquences.
Une cinquième raifon fe tire de ce que les troisquarts & demi des hommes font menés par l’autredemi-quart, &c qu’ordinairement le demi-quartqui aime à mener , elt celui qui eft le moinsen état de le faire ; ainfi tout doit mal aller ,&1 es événements ridicules & fâcheux deviennentnéceflaires par la conftitntion de la fociété.L’homme d’un fens exquis ne voit fouvent que parles yeux d’un fot, d’un intrigant ou d’un four-be ; il juge mal & fe conduit mal. L’hommed’un vrai mérite ne peut pas fe lier avec ceuxqui aiment à cabaler, & ce font eux qui fouventçonduifent les autres.
Il y a encore quelques autres raifons , maisje me bornerai à en rappeller une feule , que j’aidéjà indiquée il y a plufieurs années ; c’eft queprefque généralement nous aimons mieux ceuxqui déraifonnent avec nous , que ceux qui nousprouvent que nous déraifonnons.
J’efpere que les réflexions que chacun fera furces caufes de nos erreurs , contribueront à endiminuer l’effet, & à détruire des préjugés dontchaque jour fait voir les fuites funcites.