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VI TRUVE
Ch. XXII. ceux qui font vigilans , & d^utres pour ceux qui font timides, Mais je crois que Ci l'on afuit les préceptes que j'ay donnez, & que l'on içache bien choifir ce qui eft propre parmyla diverlité des chofes dont j'ay traité, on ne manquera jamais de trouver les expediensdont on pourra avoir befoin felon la nature des lieux pour toutes les chofes que l'on vou-dra entreprendre.
Quant à ce qui appartient aux moyens que les afïîegez peuvent avoir pour fe défendre,cela ne fe peut pas écrire, parce que les ennemis ne fuivront peut-eftre pas nos écrits quandils entreprendront quelques travaux pour un fiege ; &c il eft arrivé affez fouvent que lesmachines des ennemis ont efté renverfées fans machines, par des moyens que la prefenced'efprit des Ingénieurs ont trouvé fur le champ , ainfi qu'il arriva autrefois aux Rhodiens.On dit qu'il y avoit un Architecte Rhodien nommé Diognetus, à qui la Republique fai-foit tous les ans une peniion fort honorable àcaufede fon mérite : un autre Archite&eBnomméCallias eftantvenu d'Arado à Rhodes, & ayant demandé au peuple d'eftre en-tendu, propofa un modèle où eftoit un rempart, fur lequel il avoit pofé une machine,qui eftoit ce Guindage qui fe tourne aifément, avec quoy il prit & enleva une Helepole
Qn^ n we es ^,-j avo j t £ a j t a pp ro <:her delà muraille, & la tranfporta au dedans du rempart. Les Rho-diens voyant l'effet de ce modèle avec admiration, ofterent à Diognetus la peniion quiluy avoit efté accordée, & la donnèrent à Callias. Quelque temps après le Roy Deme-
Pumeurdt vil- t r lus } q U f ut appelle Poliorcetes à caufe de 1 l'opiniâtreté avec laquelle il avoit accouftumé *de s'attacher à tout ce qu'il entreprenoit, déclara la guerre aux Rhodiens. Ce Roy avoiten fon armée un excellent Architecte Athénien nommé Epimachus, à qui il fit baftir une.Helepole avec une dépenfe & un travail tout-à-fait extraordinaire : car elle avoit centvingt-cinq piez de haut & ' foixante de large, eile eftoit couverte de tiifus de poil & de Ccuirs nouvellement écorchez, de manière qu'elle eftoit à l'épreuve d'une ballifte qui euftjette une pierre de trois cent foixante livres , & la machine peibit trois cent foixantemille. Les Rhodiens ayant demandé à Callias qu'il mift fa machine en œuvre , & qu'il en-levait l'Helepole&latranfportaftaudelà du rempart, comme il avoit promis défaire,il leur déclara qu'il ne lepouvoit, dautant que toutes chofes ne fe font pas d'une mefmemanière , & qu'il y a des machines qui reiifTillent aulïi-bien en grand qu'elles ont fait enpetit, d'autres qui font de nature à ne pouvoir eftre reprefentées par des modèles, maisqui fe comprennent mieux d'elles-mefmes, & d'autres qui femblent devoir avoir un fortbel effet en modèle , mais qui ne reùffiffent pas quand on les veut exécuter en grand. Il eftaifc d'eftre convaincu de cette venté, fi l'on confidere qu'on fait affez aifément avec unecarrière un trou de la grandeur d'un demy-doit, d'un doit, ou d'un doit & demy ; maisqu'il n'en eft pas de mefme fî l'on en vouloit faire un d'un palme ; &c qu'enfin d'en percerun d'un demy pié ou davantage, cela ne fe peut pas mefme imaginer ; qu'ainfi quoyquece qui a efté fait en petit femble pouvoir eftre exécuté en un mediocre volume, il n'y apourtant aucune apparence que la mefme choie puiffe reùffir en grand.
Les Rhodiens s'appercevant que faute d'avoir penfé à ces raiions, ils avoient mal-à-propos offenfé Diognetus ; & voyant cependant l'ennemy s'opiniâtrer à la prife de la pla-ce par le moyen de cettemachine, ils craignirent d'eftre réduits en captivité, & devoirbien-toft ruiner leur ville, &. la peur les contraignit de venir prier Diognetus de vouloir fe-courir fa patrie ^il les refufa d'abord-, mais lorfqu'il vit que les Preftres & les enfans des plus
celle-cy eftant trop large. Cela me fait croire qu'il y a fan- pte au texte, & qu'au lieu de latitudo pedum fexaginta, ilfaut lire icy quadraginta pedum, & que cela vient de larranfpofition qui a efté faite des deux chara&eres qui com-pofent ces nombres, le Copifte ayant mis L X au lieu deX I . !l faut auffi fuppofer qu'il y a faute dans Plutarque,quifaitl'Helepolede Demetrius trop large pour fa hauteur,luy donnant quarante-huit coudées de large fur foixante fixde haut : carily a apparence qu'il faut lire vingt-trois cou-dées au lieu de quarante-huit, & que l'on a pris d.ms le Grecle chifre py, au lieu de tu : car parce moyen l'Helepole deDemetrius, fera d'une mefme proportion felon Plutarque& felon Vitruve , la largeur de l'une Se de l'autre eftant àpeu prés le tiers de leur hauteur.
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2. L'o piniastrete' avec laquelle. Lenom de Poliorcetes qui (at donné à Demetrius Roy de Ma-cédoine, ne fignifiepoint l'opiniâftreté; & ce n'eftoit pointaullï par une longue perfeverance qu'il prenoit les villes ;caries Hiftoriens remarquent qu'il prit la plus grande par-tie des plus Portes & des plus puilïantes villes de la Grèce,comme Athènes, Megare , Sicyone ,Heraclée , Corinthe,£c Salamine , le mefme jour qu'elles avoient efté affiegées.JPoliorcces fignifie celuy qui prend& ruine des villes.
;. Soixante de laR.se. La proportion de cet-te tour eft bien différente de celle qu'avoient les tours debois qu'Athénée Se Vitruve ont décrites cy-devant, & el-les me femblent les unes Se les autres mal proportion-nées, celles d'Athénée & de Vitruve eftant trop étroites,& n'ayant pas allez d'empâtement pour leur hauteur, Se
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