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L I V R E X. 353
A nobles de la ville, le vinrent prier, il leur promit de faire ce qu'ils demandoient, à con- Ch.XXII<lition que la machine feroit à luy s'il la pouvoit prendre. Cela luy ayant efté accordé, ilfit percer le mur de la ville au droit du lieu où la machine s'avançoit, & ordonna que cha-cun apportait en cet endroit ce qu'il pourroit d'eau, de fumiers, & de boues, pour les fai-re couler par des canaux au travers de cette ouverture , &les répandre au devant du mur.Cela ayant eité exécuté la nuit, il arriva que le lendemain lorfque Ton voulut faire avan-cer l'Helepole, avant qu'elle fuit approchée de la muraille, elle s'enfonça dans la terre quiavoit efté abbreuvée, enlorte qu'il fut împoilible de la faire aller plus avant, ny de la fai-re reculer ; ik. Demetrius fe voyant fruftré de fonefperance par la fageffe de Diognetus,•leva le fiege & remonta fur fes vaiffeaux. Alors les Rhodiens délivrez par l'induitrie deDiognetus afïemblercnt la ville pour le remercier, & luy accordèrent tous les privileges &
g tous les honneurs par lefquels ils pouvoient témoigner leur reconnoilTance :& Diognetusfit entrer l'Helepole dans la ville, & la mit en la place publique avec cette infeription :Diognetus a fait ce present au peuple, de la de'pouillepes ennemis. Ainii il paroift que pour la défenfe des places , l'efprit & l'industriepeut autant que les machines.
La mefme chofe arriva auxhabitans de la ville de Chio , lorfqu'on les vint aflieger avec
* des machines appellees * Sambuques,pofées fur des vaiffeaux : car ceux de la ville ayantjette pendant la nuit quantité de terre, de fable, &c de pierres dans la mer qui battoit leursmurailles, lorfque les ennemis penferent approcher le lendemain, leurs navires échouèrentfur ces bancs, & s'y engraverent tellement qu'il leur fut impoflible d'aller plus avant, ny
* de fe retirer, en forte que les afïiegez ayant attaché 4 des brûlots à ces machines ils les confu- Malleoli.C merent &c mirent en cendre.
La ville d'Apollonie eftant auffi afïïegée , & les ennemis ayant creufé une mine à def-fein d'entrer dans la ville fans qu'on s'en apperceuft, les afïiegez qui furent avertis de cedeffein, furent fort épouvantez ne fçachantny en quel temps ny par quel endroit les en-nemis dévoient entrer dans leur ville. Cette incertitude leur faifoit perdre courage, lorf-que Tryphon Architecte Alexandrin, qui eftoit avec eux, s'avifa de faire plufieurs con-tremines, qui paffoient par deffous les rempars environ la longueur d'un trait d'arc , & dependre des vafes d'airain dans tous ces conduits foûterrains. Il arriva que dans le conduitqui eftoit le plus proche de celuy où les ennemis travailloient, les vafes fremiffoient achaque coup de pic que l'on donnoit ; & par là on connut quel eitoit l'endroit vers lequelles pionniers s'avançoient pour percer jufqu'au dedans de la ville : ce qui ayant efté preci-D fement marqué, Tryphon fit apprefter de grandes chaudières pleines d'eau bouillante &depoix, avec du fable rougi au feu, au deffus de l'endroit où les ennemis travailloient 5 &ayant fait la nuit plufieurs ouvertures dans leur mine, il y fit jetter tout d'un coup toutesces chofes, dont ceux qui travailloient furent tuez.
AufiegedeMarfeilîeleshabitans eftant avertis qu'il y avoit plus de trente conduitsque les ennemis foiiilloient, refolurent de creufer tout autour de la place , fî avant quetoutes ces mines fufTent ouvertes dans leur foffe ; & au droit des lieux qu'ils ne purentcreufer, ils firent en dedans un grand fofTé en manière de vivier , qu'ils emplirent des eauxqu'ils tirèrent des puits & du port, en forte que cette eau venant à entrer tout à coup dansles mines, en abatit les étayes, & étouffa tous ceux qui s'y rencontrèrent, tant parlap quantité de Teau, que par la chute des terres. De plus les aiîiegeans ayant élevé commeun autre rempart au droit de la muraille avec plufieurs arbres coupez ôc entaffez les uns furles autres, les habitans brûlèrent tout ce travail en y jettant avec des Balhftes plufieurs
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5. S a m bu qu e s. Cette machine eft ainfi appellee d'un
mot G
en forn
recqui fignifie uninftrument de mufique triangulairened'une harpe, ce triangle eftantcompofé des cordesqui font un de fes coftez , &c du corps de l'inftrument quifait les deux autres. La machine de guerre de ce nom eftoitce que nous appelions un pont-levis : ce pont delà Sambu-que s'abattoit eftant foûtenu avec des cordes , & fervoitaux aîlîegeans pour palier de leurs tours de bois fur les mursdes aŒegez. Il falloit que l'on trouvai! que ces cordes, quifaifoient un triangle avec le pont & les poteaux qui foûte-noientles cordes, ayoient quelque reflcmblance avec leur
inftrument de mufique. lien eft parlé au i.chap. du 6. livre,4. Dis brûlots. J'explique ainfi Malleolas , quieftoient felon Nonius Se Vegece,des inftrumens enflammezpar une compofition combuftible dont ils eftoient entourez,Se qui eftant ferrez par le bout, felon la defeription d'Amm.Marcellin , fe lançoient avec un arc , afin qu'eftant par cemoyen attachez aux machines de guerre, on aux navires,ils les puflent mettre en feu. Cacfar dans fes Commentairesdit que les Gaulois mirentle feu au camp de Q^Ciceron, eny jettant Avec des frondes des boulets déterre que l'on avofeenflammez.
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