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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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L I V R E X. 3f i

A l'une de l'autre d'un pie & d'un palme. Tout le Bélier eftoit couvert de peaux fraifchement Ch. X X J

* écorchées. 11 A l'endroit la tefte du Bélier eftoit attachée aux cables, il y avoit quatre

* chaifh.es de fer I? recouvertes auffi de peaux fraifchement écorchées. Il y avoir de plus furla faillie de la machine, un coffre lié de groffes cordes bien tendues, afin que leur afpretéfift que l'on puft marcher deffus fans danger de gliffer, quand on vouloit aller jufqu'à lamuraille.

* I4 Cette machine fe remuoit en trois façons, fçavoir ou en lafaifant avancer en lignedroite, ou en la faifant détourner à droit ou à gauche, ou en la faifant hauffer ou bailler»

* On l'élevoit pour battre la muraille % jufqu'à prés IJ de cent piez , & de mefme à droit & àgauche elle ne s'avançoit pas moins de cent piez. Elle eftoit gouvernée par cent hommes,ôc elle pcfoit quatre mille talens, c'eft-à-dire quatre cent quatre-vingt mille livres.

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qu'ils ne fufïènt collez au Bélier, & donnoient lieu de lesempoigner.

12. A l'endroit ou la teste du Bélieristoit attach e'e. Les termes Latins du texte font,Ex quibus autern funibus pendebant eorum capita , fuerant exferro qmdmplkes catena , ce qui eft fort equivoque : car ilfemble que ces cables & ces chaifnes foient celles qui fuf-pendent le Bélier , à caufe du mot pendebant ; & il vient ai-fément dans l'efprit que ces cables eftoient ainfi alongezpar des chaifnes, afin den'eftrepas endanger d'eftre coupez

cenedoitpaseftre toute la machine, parce qu'elle ne peucavoir les mouvemens qui luy font icy attribuez ,n'eftantpas poffible,ny mefmeneceifaire, qu'elle foit élevée en haut& embas, ces mouvemens eftant particuliers à la poutre.Mais il y a une autre difficulté qui empefche de croire quece qui eft dit de la machine fe puiflè entendre de la poutrefeulement ; parce que le texte porte ea machina fex modismovebatur, ceft-à-direen avant, en arrière, à droit, à gau-che , en haut & en bas ; & il eft certain que la poutre ne frap-poit point en arrière. Cette raifon m'a fait croire qu'il faut

par les affiegez. Mais ma peniée eft que ces quatre cables corriger le texte & lire 1 1 ' rredis movebatur , au lieu de VI

î I, alongez par des chaifnes KK , font les quatre cablesdont il a céja eft é parlé , qui alloient d'un bout du Bélier àl'autre, & qui fer voient aie manier, à le tirer , & à le pouf,fer ; parce qu'ils eftoient plus en danger d eftre coupez, queQj ceux qui fufpendoient le Bélier, qui ne fortoient jamais dedefïous les Tortues, quelque loin que l'on puft poulferleBélier : car pour ce qui eft du mot, pendehant , il ne fignifierien autre choie que continebant , alligabant; & les mots de

modis, llaefté aifé à un Copifte de prendre ces chiffresles uns pour \es antres, ainfi qu'il a efté remarqué cy-de*vaut.

15. De cent piez. Je ne puis croire qu'il n'y ait en-core faute en cet endroit, la hauteur de cent piez , eftantexorbitante, non feulement parce que la Tortue fous la-quelle le Bélier eftoit, n'avoit pas de hauteur le tiers de cet-te mefure ,mais parce que quand mefme le Bélier aurait pit

eorum capita , font voir clairement que ces cables nefufpen- frapper cent piez loin , le coup n'aurait eu aucune force àdoient point le Bélier; parce qu'il n'eftoit point fufpendupar caufe de fon obliquité, ainfi qu'il eft remarqué dans le cha

le bout, mais parle milieu.

15. Recouvertes de peaux, il faut enten-dre que les peaux qui eftoient fur les bouts eftoient pourcouvrir abfolument & Amplement les bouts du Bélier quifortoient hors de la Tortue, & non pas couvrir les chaif-nes qui n'eftoient point en danger d'eftre endommagées par-le feu.

14. Cette machine. Il eft difficile de fça voir cer-tainement ce que Vitruve entend icy par machina , fçavoir

pitre fuivant, 011 il eft dit que les habitans de Marfeilleeftan t affiegez rendirent les Béliers des afïiegeans inutiles,ayant trouvé moyen d'attirer la tefte des Béliers en haut avecdes cordes qu'ils descendirent : mais d'ailleurs il n'eft pointnecellairede frapper au haut d'une muraille pour y faire brè-che , & cette hauteur de cent piez toute exorbitante qu elleeft, n'aurait pas encore efté fuffifante pour atteindre au hautde la plufpart des murs des anciennes villes , qui avoiencaccouftumé d'eftre fi hauts, que ceux de Babylone, au rap-

fi c'eft la poutre Beliere , ou toute la machine , c'eft.a-dire port de Pline avoient deux cent piez Babyloniens, qui fai-pv lstTortue avec la poutre Beliere qu'elle porte. Il femble que foient plus de trente-cinq toifes.

CHAPITRE XXII.

Conclufion de tout l'Ouvrage.

J'Ay rapporté tout ce qui meritoit d'eftre fçeu touchant les Scorpions, les Catapultes,les Balliftes, les Tortues & les Tours, j'ay dit quels ont efté les inventeurs de ces ma-chines, &: comment elles doivent eftre faites. Pour ce qui eft des échelles & " des guindages,je n'ay pas jugé qu'il fuft neceffaire d'en rien écrire, parce que tout cela eft fort aifé, & fefait ordinairement par les foldats mefmes : outre que ces fortes de chofes ne feroient pasE propres en tous lieux, il elles eftoient toutes d'une mefme manière. La diverfité qui fe ren-contre dans les fortifications & dans le courage des peuples differens, fait que l'on doitavoir d'autres machines pour attaquer ceux qui font hardis & téméraires, d'autres pour

1. Des gu i nd a g e s. J'ay forgé ce nom qui n'eft pointenufage, mais qui vient de guinder, c'eft-à-dire élever enhaut par le moyen d'une machine. Carchefium , que je tra-duis emndage t fignifie en Grec le haut d'un mas , il leprend auffi,-comme il a efté dit au quinzième chapitre, pourdes mortaifes ; parce qu'il y avoir au haut des mas ; des mor-taifes pour paffer des cables. Cette machine eft différente decelle dont le nom eft auffi dérivé du mot degmnder , & quel'on appelle Guindoule dans quelques ports de France, &c en

Hollande Gerane , du mot Grec geranos qui fignifie uneGrue, parce qu'elle fert à enlever les marchandées qui fontdans les vaifïèaux pour les pofer fur terre : car le carcbefmmeftoit une machine composée d'un mas planté en terre , auhaut duquel il y avoir comme une antenne qui eftoit pen-due en forme de balance : On s'en fervoit pour élever desfoldats jufques fur les murailles des places que l'on affiegeoit,Vegece les appelle Tollenones.

C h. XXII.