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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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LIVRE X. &

A * Or afin que ceux qui ne fçavent pas les règles de la Géométrie & de l'Arithmétique, C H. X V hfe puiiTent inftruire de ces choies, & que dans les perils de la guerre ils ne foient pas enpeine de s'en embarafferl'efprit ; je veux mettre icy par écrit ce que j'en ay apristantdcmes maiftres, que par ma propre experience, à quoy j'ajoûteray le calcul que j'ay fait pourréduire à nos poids, ceux qui font en ufage parmy les Grecs.

on ne fçait point non plus quel cftoit le myftere de toutesces proportions quife prenoientfur les trous ,par lefquelsles cables eftoient paffez.

La Catapulte d'Ammian Marcellin & celle de Guillaumedu Choul n'avoient qu'un bras élevé droit de haut en bas,qui frappoit le javelot : celle de Jocundus qu'il a prife dansAthénée où elle eft fort mal deiïinée , Se celle de Lipfe",à

£$ ce que l'on peut comprendre, frappoient le javelot avec unecorde tendue en manière d'arc, mais de telle forte, que cen'eftoient point les bras, qui eftant pliez & contraints fif-fent effort pour fe remetre en leur eftat naturel, comme ilarrive ordinairement aux arcs -, mais ces bras eftoient desleviers, qui fans plier, forçoient des cordages dans lef-quels ils eftoient engagez de s'allonger, & ces mefmes cor-dages en le remettant en leur eftat naturel, rorçoient a leurtour les leviers qui tiroient la corde de l'arc, Se produifoientl'effet de la machine , qui eiloit femblable à celuy d'une Ar-balefte ; ce qui n'eft pas aifé à comprendre.

Il y a apparence , quoy qu'en difent tous les interprètes,que la Catapulte de Vitruve agiffoit lclon la premiere ma-nière, c eft-à-dire que les bras ou arbres frappoient immé-diatement le javelot, parce que !a grande foie? a vt c laquel ■leelle frappoit, aurait rompu cette machine h (a corde avoit

fT" efté tendue comme un arc : Se pour dire hard;ment ce queje me fuis imaginédecette machine , puifque la deferiptioneft tellement gaftée que tous les fçavans l'ont abandonnéecomme incurable ; je croy que les deux bras de la Catapul-te eftoient deux arbres joints & mis cofteà cofte, plantezdebout, Se arreftezaubas de la machine comme le mas d'unvaillèau, afin que les bouts d'enhaut qui fe rapportaientaux trous du Chapiteau, quand ils eftoient tirez par les ca-bles que l'on pafloit par ces trous, allaffent enfemble en fedétendant frapper d'un mefme coup le javelot. Jefuppofequ'on mettoit deux arbres, afin que la machine euft plus d'ef-fet , Se qu'on les puft bander aifement l'un après l'autre.L'obfervation du ton de la corde , fèrvoit à faire connoi-ftre que les deux arbres eftoient tendus également, ce quieftoit abfolument neceffaire , autrement le bras qui au-rait efté le moins tendu, n'aurait fervy de rien, pareeque

T\ l'autre aurait déjà pouffé le javelot avant qu'il le puft tou-cher. Or voicy comment je conçois que ce bandage fe fai-foit. Il y avoit au haut de chaque arbre, un piton defer quicftoit percé de deux trous ou anneaux : on accrochoit le ca-ble au dernier trou marqué s dans la Planche LXIV,après l'avoir paffédans le chapiteau T T , A A, par un destrous qui y font pour paffer les cables, Se l'on bandoit cecable avec le moulinet, jufqu'à ce que le premier trou dupiton marqué r , fuft au droit du trou du Barillet de cuivreT , qui traverfoit le chapiteau. Alors le maiftre de la Cata-

Ïiulte faifoit former la corde, Se ayant retenu le ton,il paffoita cheville de fer V , dans le barillet, laquelle traversant leptemier anneau r, tenoit l'arbre en arreft : enfuite ayantpalïé le mefme cable dans l'autre trou , il accrochoit l'au-tre arbre & le bandoit de mefme que le premier -, Se quandle premier anneau du piton eftoit audroit du trou de l'autrebarillet, il fonnoit la corde, Se fi elle rendoit le mefme tonE qu'elle avoit eu en bandant le premier arbre, il mettoit 1 au ■tre cheville de fer dans le Barillet pour l'arrefter. Mais fi leton eftoit different , fçavoir lorfqu'il fe rencontrait que l'undes arbres eftoit plus fort que l'autre, il faifoit tourner legros rouleau H , afin que par fon moyen il augment t ou di-minuât la tenfion de ce dernier arbre,felon qu'il en eftoit be-foin. £ 'ufage du gros rouleau eftoit de hauffer ou bailler laqueue de l'arbre, marquée $ par le moyen de la piece eccen-trique a., felon que l'ofi tournoit ce rouleau en avant ou enarrière par le moyen du levier | -, ce qui augmentoit ou di-minuoit la tenfion.

Quand les deux chevilles de fer W, avoient arrefté lesdeux arbres,on paffoit la cheville de fer 3 , au travers desanneauxdes chevilles VV, & du manucla K, qui eftoit au

milieu, & dont le bout 4, paffoit Se fortoit audeffous duchapiteau. Pour faire la detence, le maiftre donnoit un coupde marteau au bout 4 du manucla , qui par le moyen de lacheville 5, enlevoit les deux chevilles VV , par lefquelle»les arbres eftoient arreftez 5 en forte qu'ils allaient enfemblepouffer lejavelot.

2. Or AïlN CUT E CEUX 0J1I NE SÇAVENT

pas. Vitruve aurait obligé davantage la pofterité ,fi aulieu de ces proportions il euft expliqué & décrit allez exa-ctement quelle eftoit la figure Se quels eftoient les ufages desparties dont il donne les proportions : il aurait efté plus aiféde fuppléerces proportions , que de deviner le refte. Car oune fçait rien autre chofe de cette machine, finon que des ca-bles d une grolleiu prodigieufe pailbient par des trous taillezfuivânt un trait fort particulier;mais il n'eft point dit ce queces cables tiraient, ny quelle eftoit la partie qui poiiiïbit làpierre : il n'y a rien auffi qui puiffe faire comprendre com-ment des cables déplus de huit pouces de diamètre Se faitsde cheveux, rendoientun fon quieuftdes tons que l'on puftdiftinguer. Néanmoins fi l'on s'en rapporte à ce qui eft ditcy-aprés au 18 chapitre, il femble que les Balliftes Se les Ca-tapultes n'eftoient différentes qu'en ce que les unes jettoientdes pierres, Se les autres des javelots j comme fide mefmequ'il y avoit des bras ou arbres, qui dans la Catapulte frap*poient lejavelot pofé dans le canal qui le conduifoit, il yeuft eu auffi des bras dans la Ballifte qui lançoient de grofcfes pierres qui leur eftoient attachées ; & que cela fe faifoicà peu prés de la mefme manière qu'aux Arbaleftes dont ilyen a qui ont rapport aux Catapultes, parcequ'elles lan-cent des flèches , & d'autres qui font femblables aux Balli-ftes ,parcequ'elles jettent des billes ,les unes neftantd'ail-leurs différentes des autres qu'en ce que celles qui lancentles flech.s n'ont qu'une corde (impie qui peufl' la flèche,aillieu que les autres ont deux cordes qui forment au milieucomme le refeau d'une fronde , dans lequel on met la balle.

Quoique noftre Artillerie faflede bien plu grands ef-fets que les B dliftes des anciens ne pouvoient foire mê-me pour les bombes que nous jettons avec des efpeces deCanons appeliez Mortiers, qui ont un ufage pareil à ce-luy des Balliftes, en ce qu'elles ne fervoient pas pour la bat-terie comme nos Canons , au lieu defquels ils employoientles Béliers , mais pour nuire aux ennemis en faifant tom-ber de grolîès pierres fut eux : il eft pourtant vray que desmachines pareilles à celles des Balliftes pourraient eftred'une grande utilité pour le jet des Bombes. Cafimir Sie-mienoufchi Polonois dans un traitté qu'il a fait du grandart de l'Artillerie promet dedonnerdans la féconde partiede fon ouvrage, la defeription des machines qu'il dit avoirinventées pour cet ufage : mais cette féconde partie n'apoint efté imprimée. M. Blondel qui a fait imprimer cetteannée fon livre du jet des Bombes a donné la Figure dequelques-unes des machines de cet:e efpece qui fe trouventdans differens livres , entre lefquelles il a mis celle qui fuitqui eft de mon invention , & que je mets icy au lieu decelle de Vitruve , que j'anrois peut-eftre pu donner de mê-me que j'ay fait celle de la Catapulte , fi je n'avois craintd'abufer de la licence , que j'ay prife de deviner, & don t jen'ay efté que trop contraint de mefervir dans cet ouvrage.

Ce que cette machine a de particulier eft la certitude defon effet qui confifte à faire qu'elle jette les Bombes àl'endroit où l'on veut ; ce que les Mortiers ne fçauroientfaire fi precifément à eau fe que l'effet de la poudre peuteftre beaucoup diffèrent felon des circonftances différentesdelà force différente de la poudre dont on ne fçauroit jamaiseftre allure, ce qui n'eft pas dans les Balliftes'qui agiffentpar le moyen d'un contrepoids dont la pefanteur eft tou-jours la mefme. La mienne outre cet avantage a encoreceluy quieft particulier aux Mortiers, fçavoirde pouvoirpar fes différentes inclinaifons eftre pointée & déterminée àjetter la Bombe juftement aux endroits oùl'expérience a

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