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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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310 VITRUVE

Ch.VIII. très dans les trous des amarres, & que les extremitez des leviers décrivent un cercle, lorf- Aque le moulinet tourne en levant les fardeaux. Àinfî un feu! homme par le moyen d unepince peut lever un fardeau que plufîeurs hommes ne fçauroient remuer , fi lorfqu'il ap-puyé fur le manche de la pince, 3 elle eft pofée comme fur un centre que les Grecs appellent ** Hypomochlion , fon J bec eftant fous le fardeau. La râifon de cela eft que la partie de la pin- *ce qui eft depuis le centre qu'elle preffe, jufqu'au fardeau quelle levé, eft la moindre &que la plus grande partie eftant depuis le centre jufqu a l'autre bout y 6 lorfqu'on la fait al- *lerparcetefpace, on peut par la vertu du mouvement circulaire en prenant d'une feulemain 7 rendre la force de cette main égale à pefanteur d'un tres-arand fardeau. Mais *Ion met le bec de la pince fous le fardeau, & qu'au lieu de pofer fur fon autre bout aucontraire on le levé ; le bec appuyant fur la terre, agira contre la terre comme il faifoitauparavant contre le fardeau, & la pince preffera l'angle du fardeau qu'elle levé, de mê-me qu'elle prefloit l'Hypomochlion ; 8 & bien qu'elle ne levé pas fi aisément le fardeau, el- *lenelaiffera pas pour tant d'avoir beaucoup de force pour furmonter fa pefanteur. AufTi BIorfque la Pince eftant pofée fur l'Hypomochlion, il arrive que fon bec patte avant fousle fardeau, que l'autre endroit, fur lequefon preffe, fe trouve eftre trop proche du centrefur lequel la pince appuyé, elle ne pourra leverle fardeau ; ce n'eft, comme il aeftéditqu appuyant fur l'extrémité du manche & non pas prés du fardeau, on ait rencontré cetteégalité qui doit eftre entre la pefanteur du fardeau & la puiffance qui le levé.

Cela fe peut aifément voir en cette forte de balance que l'on appelle Statere : car l'anfequi eft 9 comme le centre du fléau, eftant attachée, comme elle eft , proche de l'extrémité *à laquelle le bafTin eft pendu, plus le poids qui coule le long de l'autre extrémité du fléaueft pouffé avant fur les points qui y font marquez, plus il aura la force d'égaler une grandepefanteur, felon que le poids eftant éloigné du centre , aura mis le fléau en équilibre : &ainfî le poids qui eftoitfoible, lorfqu'il eftoit trop prés du centre, peut acquérir en un Cmoment une grande force, & élever en haut fans beaucoup de peine un très-lourdfardeau.

Par cette mefme raifonde la force qui agit loin du centre, les vailTeaux chargez demarchandife font remuez en un moment par la main du pilote qui tient IO la barre du gou- *vernail que les Grecs appellent Otax : & c'eft pour cela aufli que les voiles qui ne font hauf-fées que jufqu à la moitié du mats, ne font pas aller le vaifleau vifte, que Iorfque Ton aélevé les antennes jufqu au haut ; parce que les voiles n'eftant pas prés du pié du mats quieft comme le centre, mais en eftant éloignées, elles font pouffées par le vent avec plus deforce : Car de mefme que l'on appuyé fur le milieu d'un levier on a beaucoup de peine àremuer le fardeau qu'il levé, & que cela fe fait fans peine lorfqu'on le prend par l'extrc-nmité du manche : aufïi Iorfque les voiles font attachées au milieu du mats elles ont beau-coup moins de force, que quand elles font en haut, parce qu'eftant plus éloignées du cen-

3. Elle est pose'e comme sur un centre.Il y a Suppojttauti centro t dans tous les Exemplaires , maisle fens veut qu'il y ait importa : Car il eft evident que c eftle bec delà pince appelle lingula , qui efofubdita ou fuppofi-ta, comme il eft dit incontinent après, & que le centre,qiù eft l'Hypomochlion , fondent la pince quand on prelïè

4 HypoMocHLiON.Ce que les Grecs appellent fJy-pomoc 1 ' lion eft appelle en François appuy.

5. S o n Bec Vitruve delîgne deux parties dans l'orga-ne que l'on appelle Pince en François, l'une eft appellee ca-put qui eft le manche, & l'autre lingula que j'interprète lebec , quoy qu'à parler proprement lingula foit la partie dulevier que l'on appelle la, pince. Mais pour éviter l'ambi

nis cjgitprejjlonibus examinare paucis manibus oneris ir.ax.i-mi pondus , au lieu de caput vetlis per id cum ducitur f a .cianAo motus circinatioms , &c.

7- Rendre sa force igal e. J'ay crû devoir ain- interpreter examinare pondus, qui fignifiemettre en équi-libre ; parce que examen en Latin fignifie la partie de la ba-lance qui fait connoiftre l'égalité des poids & que Ion ap-pelle lalanguette en Francois.

S. QjJ O Y qu'j- LIE NE LEVE PAS Si AISEMENT.

Ce n'eft point par une raifon mechanique que l'on a plus deforce en appuyant fur un levier, que lorfqu'on le levé,mais par une raifon phyfique , qui eft que la pefanteur du ps fait une grande partie de l'effet de la compreffion ; au

cor

guité s'agiflantdedonncrlenomdefwceà ferrewvettis ou lieu que dans l^levatiôn , toute la force fe prend dans L'ac-

à lingula ; j'ay crû qu'il falloir fuivre plutoft 1 ïifage vulgai- tion des mufcles qui lèvent les bras, & qui affermiifent le

requi appelle la pince tout l'organe entier qui eft appelle par reftedu corps.

Vizvuve ferreusveïlis, que defuivœunufage peu connu qui p. Comme le centre du f l e a u. C'eft à-dire

auroit obKgéd'appeller/wer de fer, l'inftrument que tout lecentre du mouvement du fléau qui eftproprement ce qui

le monde appelle pince, cequi auroit caufé de la confufion eftappellél' Hypomocblign ou l'appuy.

&del'ambiguité. 10. L a ba rre du g ou v e r n ai l. On appelle ain-

6. Lors q^i'o n le fait aller par cet es- file manche du gouvernail, & le gouvernail eft proprement

Pace. Pour donner du fens à cet endroit qui eft fort cor- la partie large & mince qui eft dans l'eau , que l'en appel-

rompu , je mets fpatium au lieu àefaciundo , & ,'ofte la vir- le en Grec Pteryx , à caufe qu'elle reflembl'e à l'aile d'un oi-

gulequi eft après ducitur pom la mettre devant motus j& je feau.lis caput veïlis per id cum duciturfpatium , motus circinatio.