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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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309
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LIVRE X.

CHAPITRE VIL

309

Chap. VH.

Comment la Carrière des piètres dont on a confirm t leTemple de Diane d'Ephefe

a efié trouvée,

JE ne puis rnempefcher de faire icy une petite digreflion pour dire comment les Carrie-res d'Ephefe ont efté trouvées. Il y avoit un Berger nommé Pixodorus qui menoit fou-vent fes troupeaux aux environs d'Ephefe, dans le temps que les Epheûens fe propofoientde faire venir de Paros, de Proconefe, d'Heraclée 3 ou de Thafus, les marbres dont ilsvouloient conftruire le Temple de Diane. Un jour qu'il eftoit avec ion troupeau en ce-B me lieu, il arriva que deux Béliers qui couroient pour fe choquer, pafTerent l'un d'un cofté. Se l'autre de l'autre fans fe toucher, de forte que l'un alla donner de fes cornes contre unrocher dont il rompit un éclat qui luy parut d'une blancheur fi vive, qu'à l'heure-mefmelaiffant fes moutons dans la montagne , il courut porter cet éclat à Ephefe , l'on eftoiten grande peine pour le tranfport des marbres 5 & l'on dit qu'à Pinftant on luy décerna degrands honneurs: car fon nom de Pixodorus fut changé en celuy & E<v angélus, cVàprefent porteur de bonencore le Magiftrat de la Ville va tousles mois fur le lieu pour luy ficrifier 3 & s'il y man- na nouvelle ».* que l on le condamne à l'amende.

t. On le condamne a i.' a m en d B. Cette parti-cularité eft , ce me femble , remarquable pour faire voirquelle eftime les Anciens avoient pour les chofes qui ap-r> partiennent aux beaux Arts, & principalement à l'Archite-dure, comme ils s'en faifoient une affaire d'importance, &jufqu' pouvoient aller les recompenfes qu'ils donnoientaux excellens Architectes -, du moins fi l'on peut juger de la" reconnoiflance qu'ils pouvoient avoir pour le travail & pourl'mduftrie des gens d'efprit, par l'honneur qu'ils ont fait à unBerger pour avoir par hazard découvert une Carrière. Ce-la doit audi faire connoiftre que fi les Ouvrages de noftrefiecle furpaflent en beauté tout ce qui a efté fait juiqu'a pre-fçnt, ceux qui les produifent font beaucoup inférieurs aux

Auteurs des Ouvrages de l'antiquité, en ce qui regarde ledéfit &lapaiîiono,ie l'on a de faire quelque chofed'excel-lent , & de 11 Y- tusr pou cela ny foin , ny travail, nytemps , ny dépenfe : Car l'impatience que nous avonsvoiries Ouvrages achevez, & lepeu de foin que nous avonsaccoutruié 'apporter pour les rendre durables fait que nousne croyons qu'à peine ce que les Hiftoriens rapportent dela patience & de I'txaflitudr des Anciens, quand nous lifonsque le Temple d'Ephefe ae'.é quatre cens ans à baftir , quel'on y a employé les richefles de toute l'Afe,& que Ton a eftéquatre ans à laiftèr fecher la colle dont les pieces de boisdes portes du Temple eftoient jointes enfemble.

CHAPITRE VIII.

Ch.VIIL

*De la force que la ligne droite Cf la circulaire ont dans les machines pour leverD des Tardea^

°aux.

l'Ay écrit en peu de mots ce que j'ay crû eftre neceffaire pour l'intelligence des machinesJ qui font faites pour tirer, dans lefquellesil faut confiderer deux mouvemens ou puif-fances, qui font des chofes différentes & diffemblables, mais qui conviennent & qui con-

* courent à eftre les principes l de deux actions : l'une de ces puiffances eft la force de la li-gne droite appellee Eutbeia par les Grecs, l'autre la force de la ligne circulaire appelleeÇyclotes. Néanmoins la venté eft que le droit n'agit point fans le circulaire, ny le circulai-re fans le droit dans l'élévation des fardeaux qui fe fait en tournant les machines.

Pour entendre cela il faut fe figurer que dans les moufles les poulies ont des pivots qui

E les traverfent comme des centres, &: que la corde qui paffe furies poulies, & * qui va droitau moulinet, fait que les fardeaux font élevez lorfquc l'on bande avec les leviers 5 que lesdeux bouts du moulinet qui eft étendu d'une amarre à l'autre, font aufïl comme des cen-

r. De deux actions. Tous les Exemplaires ontad d%oi perfeBus , il m'a femble qu'il n'eftoit pas difficile devoir qu'il faut lire ad duos effe Ins.

2. Qu 1 v a droit au moulinet. L'exemplequi eft icy apporté pour confirmer ce qui a efté dit , fçavoirque toute la Mechanique eft fondée fur le droit &fur le cour-be , eft fort bon -,mais le texte ne l'explique pas bien , lorf-qu'il femble faire entendre que lepivotde la poulie eftantlecentre du cercle dont la vertu agit dans les effets des mou-fles , la corde qui va de la poulie au moulinet eft le droit quiavecle circulaire de la circonférence delà poulie, conco\ rtà l'effet de la machine : car la corde ne tient lieu que d'une

puiftânee externe dont il n'eft point queftion icy, ou il s'a-git feulement des difpofuions internes de la machine quiconfiftent dans la ligne qui va du centre de la poulie à facirconférence, §<: cette ligne eft proprement le droit dont ils'agit, de mefme que la ligne courbe eft celle que i'extr.-mi- de la ligne droite décrit lorfquela poulie tourne , ces deuxlignes ayant toujours une relation & une proportion pareil-le , & la grandeur de lune dependant de la grandeur dj l'au-tre ; parce que l'effet de la machine eft necelTairemcnt pro-portionné à ces deux lignes. Cela eft mieux expliquée'ans lareduction delà comparaifon du moulinet.

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