Druckschrift 
Les dix livres d'architecture de Vitruve
Entstehung
Seite
305
Einzelbild herunterladen
 

LIVRE X- 305

Af a irepancherendevantouàcofté,à" droit &àgauche, afin de pofer les fardeaux Ton Chap. Vi-

veur.

Toures ces machines qui ont efté décrites icy , font utiles non feulement à ce que nousavons dit, mais mefme à charger ou décharger les navires, & pour s'en fervir on les peutdreffer, ou les coucher fur des pieces de bois, fur lefquelles on les peut faire gliffer, afinde les tourner de tous les collez qu'il fera befoin. On peut auffi fans élever cette piece debois dont il a efté parlé, tirer les navires hors de l'eau en fe fervant feulement des cablespafTez dans les moufles.

fardeau eft attaché, s'entortille auffi d'un autre fens fnrleTreuil , &ce double entortillement fait monter le fardeauen mefme temps que le Treuil monte. Or il eft evident quetoute cette élévation fe fait fans que rien frotte, & que par

13 confequent toute la puiffance qui tire le cable N, eft em-ployée fans empefchement ; ce qui n'eft point aux autresMachines. On peut objecter que la pui (lance qui agit enN , doit outre le fardeau lever auffi le treuil & la grandepoulie, & que leur pefanteur eft de ces obftacles qu'Ariftotedit fe rencontrer dans toutes les machines, & qu'il vautbien le frottement qui eft dans les autres machines. Maisla réponfe eft que le frottement eft un obftacle inévitabledans toutes les autres machines & qu'il eft aifé d'apporterremède aux obftacles qui font dans celle-cy: ce qui fe faitpar le moyen du poids M, que l'on rend égal à la pefanteurdu treuil & de la grande Poulie, qui font élevez Se foûtenuspar la corde 11 , laquelle partant fur les Poulies L L ,eft at-tachée à l'anneau K, quiembrafle le treuil F. Carie treuil &la grande poulie eftant contrepefez par ce poids, la puiffàn-Q ce qui agit en tirant la longue corde N , n'agit plus quepour l'élévation du fardeau. L'expérience qui a efté faitede cette machine a confirmé la vérité de ce Problème, lorf-que fes effets ont efté comparez avec ceux d'une grue, danslaquelle les proportions delà grofleur du treuil avec la cir-conférence de la roue eftoient pareilles à celles de ces mefmesparties dans ma machine : car il s'eft trouvé qu'a la grue unpoids de fept eftoit emporté par le poids d'un, penduà unecorde entortillée fur la roue , lorfqu'on y avoit ajouté unedemy partie pour le trait : & l'on a trouvé que lorfqu'onaugmentait le poids à élever & celuy qui élevoit à pro-portion , il falloit pour faire trébucher que le poids dutrait fuft auffi augmenté à proportion : de manière que com-me il falloit une demi-partie pour le trait, à fept parties,il en falloit une entière à quatorze , deux à vingt-huit,quatre à cinquante-fix, & ainfi à proportion, à caufe queD la refiftance du frottement augmente à peu prés par unemefme proportion , à mefure que les poids font augmentez.Mais cela n'eft point arrivé à ma machine dans laquelle unquart de partie a toujours fuffi pour le trait non feulementdes fept, mais des quatorze ,des vingt-huit, des cinquan-te-fix 5c des autres : ce qui eft une marque évidente quecette machine agit fans aucrn frottement.

L'autre machine peut auffi fans frottement & mefme fanscordages lever les fardeaux avec une grande facilité. Cettemachine adeuxmontans A Adiftansl'un de l'autre quatreou cinq piez : fes montans ont chacun deux raineures B Bdepuis le haut jufqu'en bas à quatre pouces l'un de l'autre :entre ces rainures il y a de chaque cofté une cremailliere defer C D C. Ces cremaillieres font attachées le long desmontans par des boulions CC , avec des clavettes. Lesrainures fans faites pour recevoir deux effieux de fer , dont

E on n'a reprefenté icy que les bouts marquez EL : car il fautfup pofer que le refte de l'effieu eft coupé. Ces effieux fontainfi engagez dans les rainures par chaque bout, afin qu'ils

Îj puillent couler en montant & en defeendant fans vacil-er: ils ont vers chaque bout des arcfboutans EDLD,qui empefchentles effieux de defeendre^ ces arclboutanseftant toujours contraints d'entrer dans les dents de la cré-maillère à mefure que les effieux font hauffez , à caufe descontrepoids G G qui les font engrener dans les dents de lacrémaillère lorfque l'effieu eft levé de la hauteur d'une dent.On pofe fur les effieux un poulain N H , fur lequel eft lefardeau I.

Pour faire agir la machine, on tire la corde qui eft atta-chée au timon KN,& alors le poulain appuyant fur l'ef-fieu E & balançant, élevé l'autre effieu L, par le moyen dedeux anneaux qui l'attachent au poulain , ôc qui embraiïèntl'efTieu par deflous : cet effieu eftant élevé de la hauteur d'u-ne dent, l'arcboutant s'y acrochepour 1 affermir, en forteque la corde eftant lafehée, le fardeau qui doit eftre mis furle poulain un peu plus devers H , que devers N , fait balan-cer le poulain pour faire relever le timon K , 5c en mefmetemps l'effieu E, qui eftant auffi acroché par fon arcboutantà une dent plus haute, fert encored'appuy à fon tour;5c ainfile poulain balançanr tantoft fur un effieu, tantoft fur l'au-tre , s'eleve avec le fardeau qu'il porte iufqu'au haut de lamachine.

il n'eft pas difficile de concevoir l'avantage que cettemachine a iùr les autre», les leviers ne peuvent agir quepar le moyen des treuils, des moulinets, des poulies, desroues dentellées, des pignons, des vis fans fin , des crics,Sec. qui font des organes ayant neceftairement un frotte,ment qui refifte beaucoup à la puiflance qui les remue, &qui confume inutilement une partie des forces ; car cet in-convenient ne fe trouve point en cette machine , qui eft unlevier qui ne touche fon appuy qu'en un point, d' ils'enfuit que toute fon action n'eftant que de b dancer fur cepoint , il n'y a rien qui refifte à cette action, que le poids dufardeau. Etc'eftla feule chofe que l'on doive chercher j^ourla perfection d'une machine, tout le refte que l'on peut at-tendre de la Mechanique eftant borné 6c réduit à la neceffitéde recompenfer la difproportion qui eft entre une petiteforce mouvante 6c un grand fardeau , par la longueurde l'efpace par lequel t la force mouvante doit agir, pourfaire faire au fardeau peu de chemin ; de mefme qu'unhomme qui ne pourroit faire un pas eftant chargé de dixmille livres pefant , peut bien porter une livre par l'efpa-ce de dix mille pas, ou dix mille fois par l'efpace d'un pas:car enfin tout ce que la Mechanique peut adjouter, n'eft quede choilir un chemin qui n'ait point d'obftacles capablesd'augmenter fans necefnté la difficulté du tranfport du far-deau. Le remède ordinaire eft de rendre les parties des or-ganes qui fe frottent, plus mobiles 6c plus gliffantes par del'huile 6c de la graille : mais ce moyen eftant Phyfique plu-toft que Mechanique,il n'ofte point l'imperfection delà Ma-chine.

Cette machine a encore l'avantage de n'eftre pas fujette às'ufer comme les autres , dans lefquelles le frottement eftplus fort, plus les fardeaux font pefants : car toute fon ac-tion ne confifte que dans l'appuy qui fe fait fur les arc-boutans lorfqu'ils font arreftez ; Se le frottement qui s'yrencontre n'eft que le frottement du bout des arboutansfur le bout des dents de la crémaillère : or ce frottementn'appartient point à l'action que la machine fait pour éle-ver le fardeau , mais feulement à l'action qui fe fait pourélever une partie de la machine ; en forte que quelque pe-fanteur que le fardeau puifle avoir, elle n'augmente pointle frottement des ateboutans qui n'eft canfé que par le con-trepoids des effieux dont la pefanteur eft toujours la mefme,c'eft-à-dire toujours très-petit quelque grande que puifteeftre la pefanteur du fardeau qui eft élevé. Les modèles deces machines font dans le cabinet des machines à la Biblio-thèque du Roy. On peut voir encoreladefeription des ma-chines dont on s'eft fervy pour élever les grandes pierres dunouveau baftiment du Louvre au chap. 16. de ce Livre.

Hhhh