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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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296
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Chap.I.

Scorpionts.Inftmœens com-pof.z. de cerclesinegmx.

i9 ô VITRUVE

me la voix humaine. La Machine faite pour tirer eft celle qui tranfporte ou qui élevé de Agrands fardeaux.

Pour monter à des lieux élevez on n'a pas tant befoin d'artifice que de hardieiTc. Toutl'artifice conflfteàaffemblerdes montans& des échelons, en forte que l'on en compofeune machine pliante dont une partie fert de foûtien à l'autre. L'art de faire agir les Ma-chines par le moyen de l'air eft tres-ingenieux, & produit des effets merveilleux. Pour cequi eft de l'art de tirer de grands fardeaux, il eft très-utile pour quantité de chofes, maisparticulièrement pour faire de grands &c magnifiques ouvrages quand on s'en fert avecprudence & difcretion. Toutes ces machines fe remuent ou Mechaniquement ou Organ-iquement : car il femble qu'il y a quelque difference entre Machine & Organe, & queMachine eft ce qui fait fon effet avec plus d'appareil, & qui a befoin de la force de plu-fleurs hommes, comme les Balhftes & les Preffoirs : au lieu que les Organes font le leur par Bun feul homme qui les conduit avec adreffe : * les Arbalefles t & 9 les Anifocycles font de ce *genre. Mais les Machines & les Organes ont cela de commun, que l'on ne s'en peut com-modément palier pour les chofes aufquelles on les employe.

Or toute la Mechanique eft fondée ou fur la nature des chofes, ou fur l'étude que l'onafaite des mouvemens circulaires du monde. Car fi nous confiderons le Soleil & la Lune

che, J'interprète ainfile mot t>tœgœ , qui à la lettre figni-fie les coups ouïes ba.te'rens ; c'eft-à-dire les coups d'archet,les coups desdoigts qui pincent les cordes ou les coups demarteau qui font fonner les tin bces -,ce qui comprend tousles inftrumensde Mufique qui ne font point à vent. Cartoutela Mufique eftant divifée en Voc île & en Inftrumenta-tale, & l'Inftrumentale en Pneumatique , c'eft-à dire quidepend du vent ,& en Pfaltique , c'eft-à-dire qui coniîfte enfrappement ; la Pfaltiqiu' eft de deux efpeces , fçavoir cel"le qui frappe les timbres laquelle eft présentement engrande vogue dans les villes des Païs^bas , & celle quifrappe les cordes , qui eft auffî de deux efpeces : l'une quifrappe les cordes en les frottant, ainfi qu'il fe fait aux Vio-lons avec un archet, aux Vielles avec U'ie roiie j aux Àrchi-violles avec une ceinture de cuir avec foil poil -, l'autre quifrappe les cordes fans les frotter , ce qui fe fait encore endeux façons, car ou la corde eft pou flee fans que ce qui lapoulie la quitte c >mme il fe fait aux Manicordions -, ou cequi poufle la corde la quitte, qui eft ce que l'on appellepincer ; & ce pincement fe fait en deux façons , fçavoir ouavec le doigt comme aux Harpes , aux Luts & aux Guitta-res , ou avec des fautereaux comme aux Epinettes. LaPneumatique felon Pfellus eft de deux efpeces ; caries in-ftrumensà vent font des tons difrerens, ou par l'allonge-ment ou l'accourciflèment de l'organe , ou par le renforce-ment ou le relafchement de 1'effbrt qui fe fait en pourtant levent : il femble que par cette féconde efpece il fignifielescors & les trompettes-, mais il eft confiant que cen'eftpasla feule différence de ia force du vent qui fait les diffèrenstons dans le jeu des trompettes :. car cela ne vient que de laplus grande ou de la moindre comprelïlon des lèvres de ce-luy qui fonne. J'ay un inftrumcnt de Mufique dont les Sau-vages de la Gadaloupe ont accoutumé de joiier , qui repre-fente allez bien l'effet dont Pfellus parle : ce font deux flu-tes faiteSjàce que l'on peut juger, delà tige d'une ronce vui-deede fa moelle. Elles font de la longueur de dix-huit pou*ces&groftes en dedansfeulementdequatrehgm-s-,elles fontjointes l'une contre l'autre & accotdées à l'uniflon. Or lestons de ces flutes font diffèrens felon que l'on fouffle plusou moins fort ; en forte que du plus bas ton on palfe immé-diatement à la quinte & delà à l'octave, & enfuite à la di-xième,puis àla douzième , treizième, quatorzième, quin-zième &c. comme dans les Trompettes.

Or ce n'eft pas fans raifon que Vitruve dit que par lemoyen de la Machine Pneumatique, qui eft ce que nous ap-pelions les Orgues , on imite tout ce que la voix & les in-ftrumensque l'on touche ou que l'on frappe peuvent faire:Car les flutes bouchées jointes aux Regales enfermées dansdes tuyaux médiocrement longs, imitent la voix humaine ^les Regales enfermées dans des tuyaux plus longs que l'onappelle Cromornes, imitent les Violons; les petites Flu-ftes qui compofent ce que l'on appelle la Fourniture, 6c cel-

les qui compofent les Cymbales jointes aux auttes jeux, quitoutes enfemble font le plein jeu, imitent le fon des cloches& des timbres, à caufede ce tintement aigu qu'elles repre-fentent, qui eft infeparable & comme le vray caractère dufondes cloches , & qui, parce quille rencontre auffî aigttdans les plus groucs cloches que dans les plus petites, eftimité par des tuyaux qui font prefque auffî petits aux plusbailès touches qu'aux plus hautes ; n'ayant que l'eftendue Cd'une octave pour tout le clavier qui comprend ordinaire-ment quatre octaves.

S. Les arbàlestes. Vegece dit que de fon tempsScorpiorns que je traduis Arbalejies eftoient appeliez Ma.*nuballiftœ pour les diftinguer des grandes Balliftes ou Cata-pultes qui n'eftoient pas portatives, de mefme que nos Ar jquebufes Se Piftolets font diftinguez du Canon. Ces peti-tes Machines eftoient appellees Scorpions à caufede leur ef-fet , quieftoit debletTer avec de petites flèches , de mefmeque le Scorpion blefle avec un petit aiguillon ; & à caufedela figure de leur arc qui reprefentoit deux bras recourbezcomme les piez d'un Scorpion.

9. Les Anhocycljs. On nefçait point certaine-ment quel eft cet infiniment, Budée &c Turnebe ne fçaventque la lignification littérale de fon nom qui fignifiedes Cer-cles inegjux. Barbaro dit que les cheveux bouclez font les DAnifocycles, ce qui eft vray , fuppofé que les bouclesfoient inégales comme elles feroientfi elles eftoient forméespar un fer chaud fait en cone. Baldus croit que cette machi*ne qui jette des flèches par le moyen d'un fil d'acier tournéen vis A B, & enfermé dans un canal, eft l'Anifocycle imais les cercles de ce fil qui eft tortillé comme de la canne-tille ne font point inégaux, il y auroit plus d'apparence quel'Anifocycle feroit cette forte dereffbrt qui eft fait d'unelame ou d'un fil d'acier C D E F, qui eft tourné non en vis,mais en ligne fpirale fur un mefme plan comme eft le reiïbrtdes montres portatives les cercles du milieu font pluspetits que ceux qui font vers la dernière circonférence.

B