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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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268
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186 " ViTRUVE

C R. V11 tuyaux font des coudes & des détours. En tout le refte il n'y a point d'autres precautions Aà prendre pour les tuyaux de poterie que pour ceux de plomb. Mais avant que de mettrel'eau dans les tuyaux, il faudra y jetter de la cendre fort menue, afin qu elle puifle remplirles petites fentes qui fe pourroient rencontrer aux jointures.

Les tuyaux de poterie ont cet avantage qu'il eft fort aisé de les racommoder quand ils enont befoin, &: que l'eau y eft beaucoup meilleure que dans des tuyaux de plomb t dans les-quels ll il s'engendre de la cerufe ± que l'on eftime eftre fort dangereufe & fort contraire à *nos corps.& en effet il y a apparence que le plomb ne doit pas eftre réputé bon pour la fan-té,fi ce qui s'engendre de ce metail eft dangereux. 1 ^ela fe prouve par l'exemple des plom- *biers que l'on voit d'ordinaire eftre pâlies, à caufe delà vapeur qui s'élève du plomb quandon le fond ,& qui penetrant dans le corps, brûleies parties & corrompt le fang : de forteque Ton peut dire que pour avoir de bonne eau il ne la faut pas faire venir dans des tuyaux Bde plomb ; & mefme elle eft plus agréable à boire quand elle a efté conduite par de la po-terie : auffi voit-on que ceux qui ont des buffets garnis de quantité de vafes d'argent,trou-Vent l'eau meilleure quand ils la boivent dans de la terre.

Dans les lieux l'on ne pourra avoir de fontaines, il faudra neceffairement faire despuits ; mais pour les creufer il ne faut pas négliger la consideration de plufieurs chofes quidépendent de la nature : car la terre qui ainfi que toutes les autres chofes eft compofée desquatre premiers principes, contient plufieurs & différentes fubftances, ayant outre fa par-tie terreftre, l'humidité des fontaines, &n'eftant pas mefme fans chaleur : de naiffentle Soufre, l'Alun, le Bitume & quantité de vapeurs tres-fortes & tres-infupportables,qui palfent par les veines de la terre dans le fond des puits, & nuifent grandement aux ou-vriers , en leur bouchant les conduits de l'efprit animal,lorfqu'elles leur entrent par le nez; Cen forte que ceux qui ne fe retirent pas promptement, font étouffez. Pour fe donner degarde de cet accident on defeend une lampe allumée au fond du puits, dans lequel elledemeure fans s'éteindre, on peut defeendre fans danger : mais fi la force de la vapeur-teint '? il faudra cteufer aux deux coftez du puits,& faire des foupiraux,par lefqucls les va- *peurs puiflent fortir.Cela eftant ainfi fait, & la fouille eftant conduite jufqu'à l'eau,il fau-dra bâtir les murs du puits de telle forte que le paffage foit laiffé libre aux fources.

droit que j'ay marqué dahs ia note furie chapitre 1. du 1.livre, il eft parlé des vents qui s'enferment dans lestuyaux des fontaines, & qu'il femble que Vitruve entendey eft're engendrez ; ce qui n'a point de vray-femblance,ainfi que jcl'ay expliqué en cet endroit -, quoyquele P.Kirker allure qne l'eau agitée le change en air , dans l'ex-

{)lication qu'il donne du loufflet qui fe fait par le moyen de'eau. Ce fouftlet dont l'expérience a elle faite dans l'Acadé-mie eft un gros tuyau d'environ fix piez de long &i d'un picde diamètre quieftant poféà plomb eftouvert par le def-fus delà largueurde trois pouces pour laitier entrer l'eau,& ne 1 eft par embas que de deux pour la laifler fortir. Versle hautàcoftéil y a un trou encore beaucoup plus petit pat le vent fort. La manière d'agir de ce fouftlet eft que l'eaufortant par une ouverture plus eftroite que n'eft celle parlaquelle elle entre , eft obligée de monter à l'abord dans lebout du tuyau ; & cela fait que l'air qui occupe le refte dutuyau que l'eau ne peut emplir eft contraint de fortir parle trouquieftàcofté proche du haut, lorfque l'eau montedans le tuyau ; mais quand elle eft montée allez haut pourfaire que fa pefanteur la rafle fortir en auffi grande quantitéqu'elle y entre, elle demeure toujours à une mefme hau-teur & empefche l'air de fortir par le trou d'embas : mais ilfemble qu'il nedevroit plus fortir d'air par le trou d'enhautparce que l'eau ne monte plus. Le P. Kirner dit que l'eaufe froiflant par fa chute le change en air dans la partie fu-perieure du tuyau qui eft vuide , ce qui n'a point de vray-femblance", n'y ayant rien qui puifle raréfier l'air allez con-fiderablement pour produire l'effet, dont il s'agit, que cequi l'echaufFc ; & il y a bien plus d'apparence de dire quel'eau qui s'engouffre par enhaut , & qui entre en fe tortil-lant, enferme de l'air dans fes replis, qui eftant entré dansla cavité du tuyau, n'en peut fortir que par le trou qui eftau tuyau vers le haut. Il y a des experiences fort familiè-res qui font aifement concevoir la poffibilité de cette in-

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trufion & de ce renfermement de l'air , telle qu'eft celledont Vitruve parle , fçavoir que lorfque l'eau entre dansdes tuyaux de fontaine avec trop d'impetuofité, elle y faitentrer du vent qui peut faire crever les tuyaux,& à, plus for-te raifon fortir avec impetuofité par un trou qui eft déjàfait;

1 1. 1 1 s'engendre de L a C f r u s e. il n'y aau-cune apparence que l'eau puifle changer le plomb en Cerufe,puifque mefme elle n'altère en aucune façon le cuivre qui eftbien plus aifé àroiiiller : Car on ne voit point que les Ro-binets des fontaines foient rongez par l'eau après avoir fer-vi cent ans.

12. C E L A SE PROUVE PAR L E S P L O M B I E R S.

Ce qui arrive aux Plombiers ne prouve rien de ce que Vi-truve pretend , parce que fi l'eau n'eft pas capable de chan-ger le plomb en Cerufe, elle l'eft encore moins de le fondre& d'en faire fortir les vapeurs malignes qui brûlent les par-ties nobles , & corrompent le fang aux Plombiers : Enfinl'argument tiré des chofes corrompues ne fait rien conclureà l'égard de ces mefmes chofes tant qu'elles demeurentexemptes de corruption.

15. Il faudra creuser aux deux cos te z. FTout cecyeft difficile à comprendre, fçavoir qu'acres avoircreufé un puits on ait befoin d'y defeendre une lampe pourvoir fi l'on y peut defeendre feurement ; & de plus , que ttlalampe en s'éteignant fait connoiftre que les vapeurs fontdangereufes , on puifle efperer de trouver de bonne eau en celieu, & que pour la rendre bonne , le remède foit de creu-fer deux autres puits pour faire exhaler les vapeurs du puitsqui eft déjà fait. Car les deux nouveaux puits auront auffileurs vapeurs dangereufes & pour concevoir que ces nou-veaux puits diminuent les vapeurs du premier , il faudroitfuppoler qu'il n'y avoit qu'une certaiae quantité de vapeursdans la terre, qui fortoient toutes par le premier puits , &qui eftant partagées aux deux autres que 1 on creufe à cofté,

Enfin