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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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LIVRE VIII. i6 3

* ^ buftes & de bonne couleur,ckqu'ils ne foient fujets ny* aux maux de jambe,ni aux fluxion s Chap.furies yeux, on fera aiTuré de la bonté des eaux, comme aufïi lorfqu'une fontaine eftant

* nouvellement découverte fi des gouttes de fon eau \ .eftant jettées fur du cuivre de Corin-the , ou fur d'autre bon cuivre n'y font point de tache ; c'eft une marque que l'eau eft tres-

* bonne. Cela feconnoiftra encore +l'eau après avoir efté bouillie, ne laiffe au fond duvafe aucun fable ou limon : & fil'on remarque que les legumes bouillis dans cette eau fe

* cuifent promptement. Enfin on connoiftra qu'elle eft » légère & très-bonne, fi eftantclaire & belle dans fa fource, elle ne gafte point les lieux elle paiTe, en y engendrant dela moulfe, des joncs ou d'autres faletez.

V,

endurcir plus promptement ; & la chaleur des inteftins enl'épaiffillaut ne fait que la rendre plus propre à s'attacher|3 aux autres reftes de la nourriture , qui à caufe de leur grof-fîereté & inutilité n'ont pu élire filtrez au travers des tu-niques des inteftins. C'eft pourquoy c'eft fans raifon quel'on pretend que la maladie de la pierre eft plus commune àParis , qu'aux autres lieux , fur ce que quelques-unes desfontaines de cette Ville forment delà pierre dans leurs ca-naux : Car tout le peuple de Paris ne boit pas de l'eau de cesfontaines & on n'a point remarqué que la maladie de lapierre foit moins fréquente dans les quartiers l'on neboit point de ces eaux qui font les meilleures de la ville,eftant celles qui y ont efté conduites par les Romains dansun Aqueduc magnifique & long de plus de trois lieues -,dont il y a apparence que l'on n'a point entrepris la depenfeque parce que l'on a efté affiné que toutes les fontainesplus proches nettoient pas fi bonnes.Il n'eft point encore vray que l'odeur & le gouft defagrea-C blc qui eft dans une eau , foit une marque infaillible d'u-ne qualité fort dangereufe, fi ce n'eft que ce gouft & cetteodeur proviennent de quelque minerai pernicieux : Car leseaux de la Seine dont on boit au deflbus de Pans, ne font

Îiointdangereufes a proportion delà mauvaife odeur qu'el-es ont quelquefois-, & celles de Nonacris Se du Styx quin"ont ny couleur, ny odeur, ny gouft étranger , ne laillèntpas d'élire mortelles à caufe du mélange de quelque fuh-îrance minérale qui ne fe connoift que par fes pernicieux ef-fets.

2.'Aux maux de j a mbe. L'expérience a fait voirque l'ufagedes mauvaises eaux afFoiblit principalement lesjambes On obferve qu'aux lieux k s eaux ne font pasfort bonnes à boire, les playes des jambes font difficiles àguérir, & que le Scorbut, dont un des plus ordinaires fy rn-ptomes eft la foiblelle des jambes, eft le plus fouvent caulç0 parles mauvaifeseaux.

3. Estant jette'es sur. du cuivre de Co-rinth e. Les eaux qui tachent les métaux qui ne fe rouil-lent pas aifément d'ailleurs, doivent avoir un fel corrofifqui ett capable de nuire eftant pris dans le corps j de mefmequ'il peut corrompre les métaux qui en fent mouillez. Ci*ceron a remarqué que le cuivre de Corinthe fe rouMle diffi-cilement. Pline met trois efpeces de cuivre de Corinthe,fçavoir le blanc, le rouge ,& celuy qui eft de moyennecouleur : ces différences viennent de la proportion des troismétaux dont il eft compofé, qui font l'or,l'argent & lecuivre qui, fuivant le rapport de Pline & de Florus, furentméfiez enfêmble , lorfque la Ville de Corinthe ayant eftébrûlée, pluiîeurs Statues &c pluficurs vafes de ces trois mé-taux furent fondus.

4. Le au apre's avoir este' bouillie. Lesparties terreftres qui font dans l'eau s'approchent 8c fe joi-

fc gnent enfêmble par l'agitation qui fe fait dans l'ebullition,à peu prés de la mefme façon que les parties les plus tena-ces du lait fe joignent & forment la malle du beurre, lorf-que la crème a efté long-temps battue : Et il y a apparenceque c'eft par cette raifon que l'eau bouillie eft plus légèreque la crue. Car quand l'ebullition feroit capable de diffi*per quelque chofe de la port on la plus légère de l'eau, ceque l'on peut revoquei en doute, il eft certain qu'elle ettcaufe d'une precipitation des parties groffieres & terreftres,qui rend le relie de l'eau plus pure & plus légère.

5. Légère et très- bonne. La légèreté dans

Peau ett confiderée par les Philofophes comme la marquela plus certaine de fa bonté ; la difficulté ett de c* nnoiftrecette légèreté. Pline allure que quelque foin que l'on pren-ne pour bienpefer l'eau, il ett prefque impofïïbled'en trou-ver deux qui foient de poids different. Athénée au contrai-re pretend qu il fe trouve quelquefois une fi grande dif-ference de pefanteur dans les eaux, que celle qui coule duMont Pangaeus eft une fois plus pefante en Hyver qu'enEfté ; ce qui eft tellement contraire aux experiences que lesAnciens ont fait de toutes les autres eaux que d'Alechampdans fa traduction d'Athenée a conigé cet endroit ; & il ex-prime la différence du poids de cette eau dans les faifons dif-férentes par la proportion de 66 & à <)6 , au lieu 46 à 96,qui eft dans le texte Grec.

Hippocratedonneun moyen de determiner les differensdegrezde ceue légèreté qui eft de remarquer la facilité quel'eau a de s'echai ffër & de fe refroidir , cette facilité eftantune marque infaillible de la légèreté : mais il n'y a pas moinsde difficulté à corinoiftre bien diftinctement cette facilité,qu'à découvrir des différences de poids. L'Académie desfeiences examina l'Automne dernier par ordre du Roy, leseaux qui font conduites à Verfailles de differens endroits;elleemploya les deux moyens que les Anciens propofent fçavoirceluy de peler actuellement 1 eau, & ctluy d'en conjecturer lapefanteur par la facilité qu'elle a de s'échauffer.Pour le pre-mier on s eltiervy de l'Araeometre qui fait connoiftrela te-gereté des liqueurs par fon enfoncement -, & pour le fécondon a ajufté deux Thermomètres,de manièrequ'eftant plon-gez en mefme temps dans deux eaux différentes & échaufféesd'une mefme chaleur, celuy qui montoit plus prom,ptemencfaifoit voir que 1 eau dans laquelle on l'avoit plongé eftoitla plus facile à s'échauffer. Ces deux examens firent voirdes différences fenfibles entre ces eaux différentes, eftantcomparées non feuleu enc avec l'eau de puits, l'eau falée 8cl'e^.u bourbeufe qui font les plus .pefantes ; mais mefmeeftant comparées entrt elles.

La légèreté & la facilité à s'échauffer & à fe refroidir ne.liant des marques de la bonté de l'eau que parce que ces quali-tez font voir qu'elle a une fubtilité de parties qui la rendpropre à pénétrer & à diftbudre facilement les alimens auf-quels elle doit fervir de véhicule ; l'Académie a cherché en-core d'autres moyens de découvrir les lignes de cette fub-tilité de parties. On a premièrement éprouvé que la faci-lité que l'eau a de cuire les liqueurs , dont Vitruve parleeft une qualité commune à plufieurs efpeces d'eaux , lef-quelles par d'autres figues fe trouvent beaucoup differen.tes à l'égard de cette fubtilité de parties. Deux experiencesentre autres ont efté faites par lefquellcs des eaux quicui-foient également bien les legumes , n'eftoient pas éga-lement propres à produire d'autras effets, aufquels la fub-tilité des parties eft neceflaire. La premiere a efté la facili- que l'eau a de blanchir le linge fans favon & fans lef-five que l'on a trouvé eftre plus grande dans certaines eaux;que dans d'autres. La féconde a efté la diflolution du fa-von que des eaux détrempent fi aifément qu'elles devien.nent blanches comme du Lait, & que d'autres ne peuventdiftbudre qu'imparfaitement, de manière qu'il paroift feu-lement divifé en particules blanches , nageantes dans l'eauqui demeure claire : car il n'eft pas difficile de juger que l'eauqui diifour plus aifément Le favon , eft la plus légère, laplus fubtile, & parconfequetu U meilleure.

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