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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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l6 t ' VITRUVE

Chap. IV. differences particulières qu'elles ont, aux propiïetez de la terre qui font difTemblables dans Achaque pais.

De toutes ces chofes il y en a quelques-unes que j'ay vérifiées par mes experiences , j'aylu le refte dans les Auteurs Grecs, qui font Theophrafte , Timée, Pofïïdomus, Hegefias,Hérodote, Ariftides &Metrodorus, qui ont écrit avec un grand foin ce qu'ils ont apprisdes proprietez de chaque lieu, & des vertus des eaux qu'ils attribuent à la fîtuation diffé-rente des pais à l'égard du Ciel, ce qui contribue auffi à la variété de leur nature. J'ay taf-ché de fuivre & d'imiter ces Auteurs en compofant ce livre dans lequel j'ay écrit fuffifam-ment de la diverfité des eaux, afin que chacun puiffe plus facilement choifir les fontainesqui pourront eftre plus utiles aux Villes dans lefquelles on les veut conduire. Car il n'y arien dont Tufage foit neceffaire que l'eau, parce que lesarfimaux fe peuvent paffer deblé,des fruits des arbres,de la chair & du poiffon,& il leur funit d'avoir quelqu'une de tou- Btes ces chofes dont on fe nourrit ordinairement:mais fans l'eau le corps des animaux ny cequi eft propre pour leur nourriture ne peut pas mefme naiftre ny fe conferver. C'eft pour-quoy il faut apporter un grand foin pour choifir des fontaines qui foient capables d'en-tretenir les hommes dans uns parfaite fanté.

CHAPLTREV.

Comment on fourra connoijîre la qualité des Eaux*

ON pourra par plufieurs obfervations connoiftre quelle eft la qualité des Eaux. Carfi elles coulent à découvert fur la terre, avant que de les enfermer pour les condui- qre, ' il faudra confiderer quelle eft l'habitude du corps des habitans du lieu. S'ils font ro- *

Chap. V.

ï. ït faudra considérer. Cette confidera-tion eft la plus importante & la plus fuite ; les antres fi-gnes de la qualité des eaux font plus équivoques : ce n'eftpas que la fanté de ceux qui en ulent ne foit auffi en quel-que façon un ligne équivoque, parce que les bonnes ouïesmauvaifes qualitez des eaux peuvent eftre recompenféespar celles de l'air Se des fruits de la terre , Se par toutes lesautres qualitez qui font d'ailleurs dans le lien , aufquellesfeules la fanté ou les maladies des habitans peuvent eftreattribuées : Mais tous Les autres lignes font abiolument in-certains fins 1 experience, ou du moins (ans un examen bienexact Se bien particulier des caufes qui peuvent renùreleseaux bonnes ou mauvaifes, telles q e lont les qualitez desterres nar elles patient, Se le mélange des differens felsqu'elles en reçoivent. Car il paroift par 1 hiftoire des eauxqui a efté faite dans le chapitre precedent , que ny la limpi-dité ,ny le bon gouft, ny la bonne odeur de 1 eau ne fontpoint des marques certainesde fa bonté ,puifqu'il s'en trou-ve dont laboiiïon eft morte le avec tous ces lignes de bon- : Et qu'au contraire l'expérience Se la raifon font voirqu'il y a des eaux troubles , limonneufes, pierreufes , d'o-deur & de gouft des-agreable, qui ne font point dangereu-fes à boire ; parce que le mélange qui leur donne ces quali-tez, eft de chofes qui n'ont rien qui foit fort contraire àla fanté.

L'eau du Nil qui eft trouble Se limonneufe , eft mife aurang des bonnes eaux ; & il eft certain que lorfqu'elle eftéclaircie par la refidence de fonlimon; elle n'eft point pur-gée de ce qu'elle peut avoir de contraire à la fanté , qui eftle Nitre qu'elle a : pareeque ce fel que l'eau a dillous , y eftretenu, quoyqu'elle lailfe tomber la terre dont elle l'a tiré.Et c'eft par cette raifon que les eaux qui font troubles par lemélange d'une terre qui n'a que peu de ce fel qui fe rencon-tre dans la bonne terre, n'ont point d autre mauvaife quali-é que de palier dans le corps moins promptement que les

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autres en retardant la diftnbution qui ne s'en peut faire qu'a-prés que le limon a efté i'eparé dans les inteftins, dont lestuniques filtrent ce qu'il y a de pur & de limpide dans leseaux: ce qui n'arrive pas aux fels dont la ténuité pénètre les.tuniques les plus folides , & porte jufqu'au fond des entrail-les des qualitez pernicieufes; qui ne fe reconnoiiîoient dansl'eau ny par la veuë,ny par le gouit, nv par l'odorat.

il y a auffi des eaux qui engendrent de la pierre dans le»canaux par elles partent, qui ne laiflènt pas d'eftre fortbonnes, parce que la matière dont cette pierre eft engendrée,n'eft qu'un limon groffier & incapable de palier au traversdes tuniques des inteftins, Se non point un fel contraire Sepernicieux :Car bien que ces eaux paroiflent fort limpides,ce limon nelailïè pas d'eftre groffier & teneftre -, mais il eften allez petite quantité pour faire que l'eau n'en paroillèpas trouble, & il y en a auffi allez pour former certe pierrepar une longue fucceffion de temps :Et cette concretion quiarrive àces eaux plutoft qu'à d'autres, ne fignifie point au-trechofe , finon que leur limon eft d'une natme glutineufe,Se propre à s'attacher aux canaux des fontaines, mais inca- Dpable de pénétrer les tuniques des inteftins.

Ceux qui ne diftinguent pas lesdifférentes caufes delàconcretion des véritables pierres qui s'engendrent dansl'eau , & de la concretion des matières qui s'endurcillèntdans les corps en forme de pierre, croyent que les eaux quifonr fujettes à attacher de la pierre à leurs canaux font pro-pres à former ce que l'on appelle la pierre des reins & de laveffie : Cependant il eft vray que ces deux concretions n'ontrien de commun ny dans leur matière ny dans les autrescaufes qui les produifent : Se que les difpofitions qui fontpropres pour l'une, font tout-à-fait contraires à l'autre.Car la matière qui fe rencontre propre à engendrer des pier-res dans l'eau, eft terreftre , groffiere Se pelante ; Se cellequi fait la pierre des reins & de la veffie, eft fubtile .légè-re , fulphurée, combuftible, prife des végétaux &- des ani-maux qui ont fervy de nourriture, Se dont la fubftanceeft -pfemblable à celle des corps qui en font nourris, enforte quecette matière ne s'endurcit que par une chaleur exceffive,qui ne fait rien à la concretion des pierres qui s'engendrentdans les fontaines ,qui eft une matière minérale inutile à lanourriture, Se qui par cette raifomn'eft jamaisadmifedansles entrailles, eftant incapable d'eftre filtrée au travers desinteftins qui rejettent autant qu'il eft necelfaire, tout ce quipar fa nature indomptable & indiiïbluble n'eft point propreà nourrir : ear quoique cette matière de la pierre qui s'en-gendre dans les fontaines, fe coagule par quelque forte dechaleur, ainfi qu'il a eftédit^elle s'amafle&s'épaiffit néan-moins principalement par la refidence , enlorte qu'unegrande chaleur ne feroit pas capable de la faire coaguler &

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