Druckschrift 
Les dix livres d'architecture de Vitruve
Entstehung
Seite
261
Einzelbild herunterladen
 

LIVRE VIII.

paffant 3 l'eau que tu vois efl une eau qu'il faut craindre ;

Tu peux bien pourtant fans dangerT'en rafraîchir les mains f0 me (me t'y plonger;Ad aïs ft dans fon Cbryjlal tafoiffe veut éteindre tEn la touchant un peu des lèvres feulementElle fera tomber tes dents en un moment.

CHAPITRE IV.

Des qualités particulières- de certains lieux & de certaines eaux.

1*1

T L y a des pais il fe trouve des fontaines qui rendent la voix 'de ceux qui y naiflenc,

B M. admirablement belle, comme à Tarfe, en Magnefie & en d'autres lieux. Non loin deZama ville d'Afrique, que le Roy Juba fit enfermer d'une double muraille, & il fitbaftir fon Palais, il y a environ vingt-mille par-de-, un bourg appelle Ifmuc , autourduquel s'eftend une Campagne d'une grandeur incroyable, dans laquelle ,quoyque l'A-frique produife & noumfle un grand nombre d'animaux dangereux, & principalementdes Serpens, il ne s'y en trouve point du tout, & fi Ton y en apporte quelqu'un, il meurtincontinent : ce qui n'arrive pas feulement "fur le lieu, mais la terre tranfportée autre partfait la melme chofe. On dit que la terre de Majorque eft de cette nature: mais la terredont je vais parler, a une vertu encore bien plusmerveilleufe.

* Au temps que x C Julius fils de MaflinifTa,à qui appartenoient toutes les terres qui fontautour de ce Bourg, eftoit dans l'armée que commandoit l'Empereur Cadar voftre père,

q il paffa par chez moy & y demeura quelque temps ; & comme nous nous entretenions cha-que jour & conférions des belles lettres,une fois que nous vinfmes à parler de la nature deseaux «5c de leurs vertus, il m'affeura qu'il y avoit dans les terres dont j'ay parlé,plufieurs deces fontaines qui rendoient fort belle la voix de ceux qui y naiffoient ; c'eft pourquoy leshabitans dupais avoient accoutumé d'acheter des efclaves de l'un & de l'autre lexelesplus beaux & les mieux faits qu'ils pouvoient trouver, afin que ceux qui naiftroieut d'euxen ce pais eufTent tout enfemble la beauté du corps & celle de la voix.

Orpuifquelanatureamisune fi grande diverfité de proprietezdans des chofes diffé-rentes, & que le corps humain qui eft remply de plufieurs fortes d'humeurs comme fontle fang , le lait, l'urine, lafueur, les larmes, n'a qu'une petite portion de terre, & que

* néanmoins il contient en foy une fi grande diverfité de chofes 3 dont les qualitez font dif-D ferentes, il ne faut pas s'eftonner fi dans toute la terre il fe trouve une diverfité innom-brable de fucs, & fi les eaux venant à pafTer dans les veines de la terre elles en prennentcomme la teinture & la communiquent aux fources des fontaines, qui font redevables des

i. De ceux qjii y naissent. La Sandaraqne , àce que dit Diofcoride, prilè avec de l'Hydromel , rend lavoix claire : Si cela eft, il y auroit lieu de croire que lesfontaines dont Vitruvc parle icy feroient imbues des qutli-tez de quelque veine de Sandaraqne prés de laquelle ellespatient. M us il peut y avoir d'autres caufes dans les difpo-fitions particulières d'un pais pour rendre la voix des habi-tans fort agréable, que l'eau des fontaines , dont on fçaitque les Muficiens ne boivent gueres : Et en effet Vitruvedans les deux endroits de ce chapitre il parle de la beau- delà voix des habitans des pais ces fontaines font, ne£ dit point que ceux qui boivent de l'eau de ces fontainesayent la voix belle, il dit feulement que ce font ceux quinaiflent dans le pais. On remarque que la plufpart des Mu-ficiens de France qui font recommandablespar la beauté deleur voix, font nez dans le Languedoc.

i. C. j u l i u s. Parce que Sallufte qui parle des enfansde Maflinifla ne fait point mention de ce C. Julius, & qu'ilfemble que Maflinifla eft trop éloigné du temps d'Augufte,pour qu'il foit poffible que Vitruve ait vu de fes enfans ,on croit que cet endroit fournit un argument à ceux qui neveulentpoint que Vitruve ait efté du temps d'Augufte -, &qui difent qu'il faut que le Maflinifla dont Vitruve parlefoit un autre que le grand Maffiniilà amy des Romains.

Mais comme il eft confiant que ce Maflinifla a eu beaucoupd'enfans, tant legitimes que naturels & mefme dans fonextreme veillefle , il n'y a rien qui puifle empefeher de croi-re que le fils qu'il eut d'une concubine à 92. ans, ne foit C.Julius qui eftant une perfonne qui n'a point fait de figurependant le règne de Micipfa fuccellèur de Maflinifla n'adonné aucune occafion à Sallufte d'en parler -, & le caractèrede Philofophe que Vitruve donne à fon C.Julius , rend cetteconjecture allez probable. Pour ce qui eft du temps, il n'ya point d'impoflibilité qu'y ayant environ cent ans en-tre la naiflànce du fils de Maflinifla dont il s'agit, & lecommencement de l'Empire d'Augufte, qui eft le temps au-quel Vitruve déjà fort aagéacompofé fon liure. cet Archi-tecte ne puifle avoir vu enfajeunellè C.Julius avancéen âge.

3. Dont les qu a l i t e z. Il y a Sapotes dans le tex-te , mais on fçait que le mot de fapor$c de fapere qui ligni-fie goufl ou gonfler , eft allez fouvent mis pourconnoiftreAmplement toute forte de qualitez: Et ileftencore evidentque Vitruve n'entend pas parler du goilft qui eft diffèrentdans les diverfes liqueurs, nuis de toutes leurs qualicez.& qu'il a vouluespiimer tout le genre par une de fes el-pece?.

Vuu

Chap. I\

<!'