Druckschrift 
Les dix livres d'architecture de Vitruve
Entstehung
Seite
256
Einzelbild herunterladen
 

2j6

V I T R U V E

qui eit aupieaux froides ont l'odeur fulphurée.

Mais ces eaux froides bouillonnent comme fi elles eftoient chaudes, parce que lorf-qu'clles pafTent bien avant fous terre en un lieu brûlant, le combat qui fe fait à la rencon-tre du feu ôc de l'eau, caufe * un fracas, dont il s'élève avec beaucoup d'impetuofité quan- *tité de vents, qui après avoir efté retenus, fortent enfin à plufieurs reprifes & caufentunbouillonnement : ce qui fait que les eaux reflerrées dans les efpaces qui font entre les ro-chers ou dans quelques autres conduits eftroits, & qui font pouffées par la violence deces vents s'élèvent fouvent jufqu'au plus haut de quelques tertres, & que ceux qui ont cruque la premiere fource de ces fontaines eft auflî haute que ces tertres, connoilTent qu'ils fe gfont trompez lorfqu'ils élargiffent les conduits, & qu'ils leur donnent air. Car tout ainiique lorfqu'on met le feu contre un pot qui neft pas plein jufqu'au bord, mais feulementjufqu'aux deux tiers, 11 on le ferme de fon couvercle, l'eau qui eft naturellement capablede rarefaction , s'enflera en s'échauffant, & s'élèvera non feulement jufqu'à emplir le vafe,mais mefme fera portée > par les efpnts jufqu'à paffer par deflus le couvercle ; & que il l'on *ofte le couvercle, l'eau retournera à fa premiere hauteur , parce que ce qui caufoit cetteenflure dans l'eau, fe perd dans l'air lorfqu'une grande ouverture luy en donne la liberté.Tout de mefme les fontaines eftant reflerrées fe pouffent jufqu'au haut par le bouillonne-ment que caufe le vent enfermé dans l'eau, & fi-toft que les conduits font élargis, cesvents s'échappant par lesporoïitez qui font dans toutes les chofes liquides, les laifle affaif-fer & reprendre leur équilibre naturel. C

Or «toutes les fontaines chaudes ont une vertu médicinale, parce qu'après avoir efté*échauffées & comme cuites dans les minéraux par lefquels elles paffent, elles ont une nou-velle force & tout un autre ufage que l'eau commune. Car les Sulphurées font bonnes auxmaladies des nerfs qu'elles fortifient en les échauffant &confumant les mauvaifes humeurs;les Alumineufes gueriffent les corps affoiblis par la Paralyfie, ou par quelqu'autre pareillemaladie ? en combattant l'intempérie froide des parties, par une chaleur qui les remet en*leur eftat naturel en les fomentant continuellement après s'eftre infinuées dans les veinesqu'elles ont ouvertes. Les Bitumineufes eftant beues, chaflent lo parla purgation les mala-dies des parties internes.

Il y a des eaux froides qui font Nitreufes, comme auprès dePenna au paï's des Veftins,& dans celuy des Cutifîens, & ailleurs, que l'on boit pour purger par embas, & pour fon- Ddre les écroùelles. Il y a quantité de fources qui fortent des mines d'Or, d'Argent, de Fer,

<. Dans les e aux atpelle'es A i b u i >f. Il ya dans la texte Vti in viâTiburtinâ flumen Albula. Je croyque cet endroit eft corrompu. Via Tiburtina eft prife parles Interprètes pour une rue de Rome qui eftoit autrefoisainfi appellee ;& ils entendent par t lumen fibula leTy-bre qui eftoit-auflî appelle de ce nom avant la fondation deRome Mais parce qu'il n'y a point de raifon de dire quele Tybre a de mauvaifes qualitezdans la rue Tiburtine ,j aypenfc que dans l'original il yavoit Fi-ens au lieu de Flu-men , & qu'il faut lire in via Tiburtina flue»s ^/ilbuU , quevia Tiburtini. fignifie le chemin de Tivoli, & que Albula li-gnifie une fontaine minérale.

6. Un f r a cas. Il y a dans le texte Fragor qui figni-fie feulement le bruit qu'une choie fait quand on la romptSe dont il ne s'agit point icy , mais du combat de l'eau & dufeu qui caufe lebruit. Le mot Fracas fignifie en françois toutenfemble & le choc & le bruit que le choc fait, j'ay cru qu'ilpourrait eftrefouffèrtjquoy qu'ordinairement on ne s'enferve que figurement.

7. Par les esprits. C'eft-à-dire à caufe de l'aug-mentation du volume de l'eau qui arrive par l'introductiond'une fubftance plus fubtile que n'eft celle de l'eau, dontles parties ne fçauroient s'éloigner les unes des autres pontfaire la rarefaction , que cette fubftance fubtile n'occupe lesintervalles des parties qui s'éloignent ; de forte que j efti-me que cette fubftance qui eft un corps etherien méfié danstous les autres , & toujours preft à remplir leurs efpaces

quand ils font élargis par les caufes de la rarefaction , eft ceque Vitruve appelle les efprits.

8.Toutes les ïontaines chaudes. Hip-pocrate dit que tontes les eaux minérales font engendréespar une chaleur violente: Ariftote eft auflî de la mefme opi-nion , & il tient que tous les minéraux font faits de la brû-lure de la terre: Cardan croit auilï que les eaux froides quiont une vertu médicinale font chaudes dans leur origine, &qu'elles fe font refroidies dans la longueur du chemin.

9. En combattant l'intempérie froide.Il eft confiant que la plufpart des eaux minérales échauf-fent : mais les alumineufes échauffent moins que les fulphu-rées, que les bitumineufes , que les falées &qne les nitreu-fes. Leur faculté particulière eft l'aftriction : C'eft pour- Cquoy on les employe aux crachemens & aux autres pertesde fang , aux vomilïemens & aux relafchemens des pores &des conduits qui demandent d'eftre étreffis. C'eft donc fansraifon que l'on attribue icy aux eaux alumineufes la vertud'ouvrir les veines. Cardan dit qu'elles font fingulierementpropres à la guerifon des varices qui font la dilatation desveines.

10. P a r la purgation. La purgation n eft pointauffi l'effet de la vertu des eaux bitumineufes : car on les boitprincipalement pour amollir les durerez des parties internespar le moyen d'une chaleur qu'elles ont jointe avec moinsde fecherelfe que n'en ont les autres eaux minérales : cettechaleur emolliente prepare feulement les humeurs à la pur-

de