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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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254
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V I T R U V E

C h A P. 11. les eftant ainfi portées par l'air/ fi elles rencontrent celuy qui eft fur les montagnes, elles A *font repouffées &c preffées par fon epaiffeur Si par fapefanteur, en forte qu'elles fc liqué-fient & produifent les orages qui tombent fur la terre.

Cen'eft pas fans raifon qu'on croit que les vapeurs, les nuées & les humiditez fortentde la terre} car il eft confiant qu elle a en ellc-mefme quelque chaleur, qu'elle a beaucoupd'efprits & de la froideur aulli ; mais fur tout qu'elle eft remplie d'une grande quantitéd'eau ; que de toutes ces chofes, lorfque la terre eft refroidie parl'abfence du Soleil , ils'engendre des vents pendant la nuit, que les nuées s'élèvent des lieux humides, & que cefont les rayons du Soleil qui frappant la terre au matin font monter l'humidité qui produitla rofée. Les Bains peuvent faire comprendre de quelle façon cela fe fait. Car quoy qu'iln'y ait point d'eau fur les planchers voûtez des Etuves, il en tombe pourtant quelquefoisdes gouttes fur la teftedeceux qui fe baignent; parce que } l'air qui eft en ce lieu, eftant*échauffé par le feu qui eft dans les fourneaux, attire à foy l'eau qui a efté répandue fur le Bpavé , & î'eleve pour la porter jufqu'à la concavité de la voûte ; parce que la vapeur chau-de fe pouffe toujours en haut, & quoyque d'abord les gouttes demeurent- fans s'écou-ler, à caufe qu'elles font trop petites -, à la fin pourtant elles tombent lorfqu'eftant amaf-fées, elles font devenues pefantes. Parla mefme raifon l'air que les rayons du Soleil ontéchauffé , attire de toutes parts l'humidité qu'il amaffe pour faire des nuées. Car la terreeftant échauffée pouffe l'humidité hors de foy, de la mefme façon que nos corps jettent lafueur, quand ils font échauffez. Cela fe prouve auffi par les Vents entre lefquels ceux quiviennent des regions froides, comme l'Aquilon Se le vent appelle Septentrion, deffeichent& épuifent tout par leur haleine : le vent Aufter & tous les autres qui viennent de devers leMidy, font tres-humides & donnent toujours de la pluye; parce qu'eftant échauffez parl'ardeur des regions par lefquelles ils paffent, après avoir amaffé l'humidité qu'ils oftentà Claterre,ilslavonc répandre vers le Septentrion : Ce qui eft confirmé par fobfervationque l'on fait 4 que les fources des grands fleuves qui font marquez dans les cartes Geogra- *

Î)hiques, fe trouvent la plufpart venir du Septentrion : Comme dans les Indes,ie Gange &'Inde qui defeendent du Mont Caucafe ; / dans l'Affyrie, le Tygre Se l'Eufrate ; en Ane & *au Royaume de Pont le Boriftene , l'Hipanis Se le Tanaïs ; à Cholcos le fleuve Pha-fîs ; en la Gaule le Rhofne ; en la Gaule Belgique le Rhin ; deçà les Alpes le Timavus & lePo ; enItalie à leTibre;enMaurufie, que nous appelions Mauritanie, 7 le fleuve Dyris,qui defeendant du Mont Atlas, va du Septentrion par l'Occident dans le Lac Heptabole,& ayant changé de nom eft appelle Nigir ; puis fortant du Lac Heptabole, après avoir

rence d'attra&ion, quoyqu'en effet cela ne fafle que deter-miner le lieu vers lequel l'impulfion fe fait.

2. Si elles rencontrent celuy qui estsur. les montagnes. S'il eft vray que la pluyetombe plus fouvent fur les montagnes que dans les vallées,il faut ajouter un mot au texte Latin pour luy donner quel-que fens & lire propter plenitatem & gravitatem aëns , ad-joutant ?ëns. Car felon cette correction le fens eft que lesnuées qui font portées par la moyenne region l'air eft lé-ger & fubtil, le condenfent en pluye, lorfqu'elles rencon-trent l'air épais & groffier de la premiere region de celuyqui eft furies montagnes ; parce que l'air qui eft fur les mon-tagnes prés de terre , eft à peu prés à la mefme hauteur queceluy de la moyenne region des vallées. Mais le fens dutexte comme il cft dans les Exemplaires fans le mot aêris,eft que les nuées, qui font un air propre à eftre condenfé &changé en eau, après avoir pafté fur les vallées, & s'eftantépailly parla rencontre des montagnes contre lefquelles ilva frapper, tombe furie haut des montagnes : mais cela nepeut eftre , parce que cet air propre à eftre condenfé nepour-roittomberque fur le penchant de la montagne contre lequelil va frapper; & non fur lehaut delà montagne.

3. L'a 1 r q^u 1 est tu CEiiEu. C'eft ainfi que j'aycru qu'il falloir interpreter cœlum quod efiibi. J. Martin en-tend par ccelwn la concavité des voûtes, mais elle eft déjàexprimée par ces mots in citmerarum curvatunu. D'ailleursdans la reduction de la comparaifon, un peu après,il eft ditctkfUsaér.

4. Les sourcis des grands t liuves. L'argu-

ment que Vitruve tiredel'expofitiondelafourcedes grands ^fleuves au Midy, pour prouver l'attra&ion que le Soleilfait de l'humidité, n'eft pas fort à proportion que les fleu-ves dont il parle font grands, parce que la grandeur desfleuves ne dépend pas de leurs fources qui font bien fou-vent de petites fontaines. Il y aencore icy une contradictionavec ce qui a efté dit au chapitreprecedent, fçavoir que lssfources qui font fur la pente des montagnes tournées versle Septentrion font plus abondantes, & que la foiblefle desrayons du Soleil eft une des principales caufes des fourcesdes fontaines, comme fi le Soleil n'ayant pu attirer en l'air& confumer l'humidité qui eft dans la terre, faifoit qu'elles'y amafle en fi grande quantité qu'elle eft contrainte d'enfortiren coulant par fa pefanteur -, & icy ce font les rayonsdu Soleil qui attirent les eaux & les font couler vers leMidy. p

5. Dajts l'A s s y ri E.Jecrois qu'il faut lire Afyri*,au lieu: de Syria. Car le fleuve Tygris eft aflèz loin de laSyrie', & il paflê au milieu de l'Afïyrie. Les anciens Géo-graphes ont fouvent confondu ces deux pais.

6. L e Tibre. Il eft bien vray que la fource du Tibrecoule vers le Midy, mais le Tibre n'eft point un grand fleuve.

7. Le fleuve D yr is. Strabon dit que le mont Atlaseft appelle Dyris, fans dire qu'il y ait aucun fleuve en Afri-que qui porte ce nom. Aurefte cette defeription du cours duNileftfiefloignée de la vérité,qu'ilfemble que parle fleuveDyris on doive entendre le Nubia, qui du mont Atlas vavers le Midy, & retourne entrer dans le Nil qui va vers leSeptentrion.