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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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LIVRE V III. 155

A feiiillcs , & enfuite avec de la terre : Si le lendemain on trouve des gouttes d'eau attachées C H A p. Iau dedans du vafe, cela fignifie que ce lieu a de l'eau. Ou bien on mettra un vafe de terrenon cuite dans cette mefme foffe , que l'on couvrira comme il a efté dit : lorfqu'on la dé-couvrira s'il y a de l'eau en ce lieu, le vafe fera moite & détrempé par l'humidité. Si onlaiffe auffi dans cette mefme foffe de la laine, & que le lendemain lorfqu'on l'exprimerail en coule de l'eau, ce fera une marque que ce lieu en a beaucoup : comme auffi fi l'on en-ferme une lampe pleine d'huile & allumée ,& que le lendemain on ne la trouve pas toutà fait épuifée ôc que l'huile & la mèche ne foient pas entièrement confumées, ou mefmeque la lampe foit mouillée; cela lignifiera qu'il y a de l'eau fous ce lieu, parce que la cha-leur douce attire à foy l'humidité. On peut auffi faire une autre épreuve en allumant dufeu en ce lieu : car fi après avoir beaucoup échauffé la terre il s'élève une vapeur épaiffe,B c'eft figne qu'il y a de l'eau.

Quand on aura fait toutes ces épreuves & que les lignes que nous venons de dire ferencontreront en quelque lieu, il le faudra creufer en manière de puits : Si l'on y trouveune fource, il faudra faire plufieurs autres puits tout alentour, & les joindre enfemble pardes conduits fous terre : mais il faut fçavoir que c'eft principalement à la pente des monta-gnes qui regardent le Septentrion, qu'il faut chercher les eaux, & que c'eft-làqu'elles letrouvent & meilleures & plus faines & plus abondantes ; parce que ces lieux- ne fontpas expofez au Soleil, eftant couverts d'arbres fort épais, & la delcente de la montagne fefaifant ombre à elle-mefme ; ce qui fait que les rayons du Soleil qu'elle ne reçoit qu'obli-quement , ne font pas capables de deffecher la terre. C'eft auffi dans les lieux creux quifont au haut des montagnes, que l'eau des pluy es s'amaffe , & que les arbres qui ycroif-C fent en grand nombre, y confervent la nege fort long-temps, laquelle fe fondant peu àpeu, s'écoule infenfiblement par les veines de la terre : & c'eft cette eau qui eft :nt parve-nue au pié des montagnes, y produit des fontaines. Mais celles qui fortent du fond desvallées ne peuvent pas avoir beaucoup d'eau, & quand mefme il y en auroit en abondan-ce, elle nefçauroit eftre bonne ; parce que le Soleil qui échauffe les plaines fans qu'aucunombrage l'en empefche, confume & épuife toute l'humeur ; ou du moins il en tire ce quicft de plus léger , de plus pur, & de plus falubre, qui fe dilfipe dans la vafte eftenduë del'air, 6V: ne laiife que les parties les plus pefantes, les plus crues & les plus defagreables,pour les Fontaines des campagnes.

CHAPITRE II.<Dc l'eau de pluye & de Ces qualités.

IL n'y a point de meilleure eau que celle de la pluye , parce qu'elle eft composée desparties les plus légères & les plus fubtiles qui ont efté extraites de toutes les autres eaux,& que l'air a long-temps purifiées par fon agitation, jufqu'à ce que dans les otages ellesfe liquéfient pour tomber fur la terre. Or les pluy es ne tombent pas fi fouvent dans les plai-nes que fur les montagnes ; parce que les vapeurs que le Soleil attire au matin, en s'élevantpouffent l'air vers le cofté ou elles lont attirées, & elles attirent auffi à elles celuy qui enondoy ant les fuit, afin dene laiffer point de vuide : & cet air tout de mefme enfuivantla vapeur qui l'attire, en augmente le mouvement &c l'impetuofité ; > ce qui produit les* bouffées des vents, qui amaflant & amoncelant ces vapeurs que la tiédeur du Soleil a tiréesE de l'eau des Fontaines, des Fleuves, des Etangs &c de la Mer, forment les nuées, lefquel-

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1. Ce qui produit les bouffe'es des vfnts.Ce raifonnement fur la manière dont les vents s'engendrenta déjà efté fait au chapitre fixiéme du premier livre. Les eau.fes que Viiruve apporte, font allez probables, la rarefa-ction que la chaleur du Soleil produit dans l'air chargé debeaucoup d'humidité, eftant capable de faire que l'air qu'el-le élargit , pouffe celuy d'alentour qui n'eft point raréfié, Sele fafle couler : mais cette attraction que Vitruve attribueà la rarefaction de l'air eftunechofe mal-aifée à concevoir.Il y auroit plus d'apparence de dire que la rarefi&ion pro»

duifantde foy une impulfion égale de tous les coftez, l'aireft determine à courir vers un cofté plutoft que vers un au-tre , lorfqu'il arrive qu'en quelque endroit il fe fait une con.dentation de quelque partie de l'air, qui attire vers ce cofté-, tout l'air qui eft entre celuy qui eftcondenlé, & celuyqui eft raréfié , & qui fait que toute l'impulfion de l'air ra-réfié agit vers l'endroit la condenfation fe fait -, parceque l'efpace que l'air occupoit avant que d'eftre condenfé,devenant moins remply par la condenfation , donne place àceluy qui eft pouffe par l'air raréfié t ce qui fait une appa.

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