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V I T RU V E
Chap. V I.
C H A P. V- Anciens croyoient dépendre de l'artifice & du travail, confîfte à prêtent dans le feul éclat Ades couleurs ; & que ce que Ton cherchoit autrefois dans la feule fcience de l'ouvrier, eft àprefent fuppléé parla dépenfe deceluy qui le fait travailler : car on fçait que les Anciensépargnoient le Minium, comme eftant une drogue fort rare, & qu'à prefent on en peintdes murailles toutes entières, & que l'on employe de mefme la Chryfocolle , la couleur dçPourpre, & celle d'Azur. Cependant les Peintures qui font faites de ces couleurs, quoy-que fans art, ne laiifent pas de paroiftre beaucoup ; & c'eft la cherté de ces couleurs qui afait que les loix ont ordonné qu'elles ne feront point fournies par les Peintres, mais parceux qui les font travailler. J'ay voulu faire Ravoir cela, afin d'ofter les abus qui font en laPeinture.
Pour le prefent je vais parler des matériaux & comme il les faut preparer pour faire leStuc ; ôc parce que j'ay déjà traité de la chaux , il refte àparler du marbre. g
CHAPITRE VI.
Du Marbre 3 Çf comme on le doit preparer four faire le Stuc.
LE Marbre eft different en divers lieux. Il y a des endroits où on le trouve par mor-ceaux , dans lefquels il y a de petits grains luifans comme du fel. Ce marbre eftantpilé & broyé eft bon pour les enduits, & pour 'les ornemens de Corniches & deFeftons. yEn d'autres pais on fe fert* des éclats que ceux qui travaillent en marbre, font tomber, *lefquels eftant pilez & faffez, font trois fortes de poudre. La plus groffe fert à faire com-me il a efté dit la premiere couche que l'on met fur le mortier de chaux & de fable; lamoyenne fe met enfuite ; & la plus déliée, la dernière. Ces couches eftant bien frottées C&bien repouffées, font en eftat de recevoir les couleurs, aufquelles on donne le luftrepar la preparation dont on ufe felon leur différente nature, comme il s'enfuit.
i. Les ornemens de corniche- et de fes- premier livre ;eft dit à c&àendo. De forte que Vitruve met
tons, je luis l'interprétation de Philander, qui croit que deux efpeces de marbre dont on fait le Stuc:Car il y en a qui
Coronarwmopus fignine& les corniches dont on couronne, fe trouve par morceaux & qui eftfemé de points luifans ,
s'il faut ainfi dire, les planchers, &c les feftons & les bou. qui eft le meilleur pour le Stuc, parce qu'il eft bien plus dur
quets que Pline appelle Coronarium of us , & que 1 on rc- que 1 autre qui fe prend des éclats des blocs de marbre quand
prefente avec le Stuc. on les taille. On trouve du marbre de la premiere efpece
2. D e s ecl at s. Je traduis ainfi Cémenta marmorea , dans les Pyrénées proche de Bayonne , qui n'eft pas fi blanc
fuppofant que Carnenium, ainfi qu'il a efté remarqué fur le que celuy de Genes ,mais quieft beaucoup plusdur.
CHAPITRE VII.
Des Couleurs 3 & premièrement de l'Ocre.
ÎL y a des couleurs quife trouvent dans la terre qu'on tire de certains lieux : il y en ad'autres qui fe font par artifice delà compofîtion deplufieurs chofes, qui eftant mêléesenfemble, font dans les ouvrages le mefme effet que les couleurs fimples Se naturelles. Decelles quife tirent de la terre, celle que les Grecs appellent Ochra , eft la premiere dontnous avons à parler. On la trouve en plufieurs endroits, & mefme en Italie. Mais la meil-leure Ocre, qui eftoit 1" Attique, ne fe trouve plus : parce que pendant qu'il y avoit ' unegrande quantité d'hommes qui travailloient aux mines d'Argent qui font à Athènes, oncreufoit des puits bien avant dans terre pour chercher l'Argent ; & quand on trouvoit desveines d'Ocré, on les fouilloit de mefme que fi c'euft efté de l'argent. C'eft pourquoyceux de ce temps-là avoient une grande quantité l de bon Sil, dont ils faifoient de fort £beaux ouvrages.
Chap. VII.
D
laune paste.
1. U N E GRANDE QUANTITE' d'h O M M E S. J'ay Crû
devoir interpreter ainfi familias que J. Martin tourne desfamilles aflez mal à mon avis, parce que la difference qu'ilyztnuefamilia & famille eft que famille en françois figni-fie proprement le père, la mere & les enfans : & familia par-my les Romains fignifioit principalement les efclaves : carainfi que Feftus remarque famel en vieux langage fignifioitun Efclave.
2. De bon Sil. Il paroift évidemment que le SU Sel'Ocre eftoient la mefme chofe , parce qu'il eft dit qu'au
temps que l'on fouilloit les mines où on trouvoit l'Ocre , onavoit quantité de bon SU, le Sil eftant en Latin ce queOcra eft en Grec : Et l'on peut croire que le Sil eftoit uneefpece d'Ocré plus belle & plus rare que l'Ocre com-mune , qui eftoit ainfi appellee à caufe qu'elle eftoit pluspafle que le Sil: Car la beautéde l'Ccre confifte dans lahauteur de fa couleur. Les Peintres qui travaillent aux paï-fages font fort curieux de fe fournir des belles Ocres hautesen couleur, qui iont meilleures que les terres de Naples 5cque les Mafficos.
La