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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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LIVRE VII.

l 45

A Autrefois en la ville de Tralles dans un petit Theatre, qui eft appelle parmy euxEr- Chap. V.ckfiaftermm , Apaturius Alabandin peignit une Scene, dans laquelle il reprcfenta au lieu f*t H d '^j! lm -de colonnes, des ftatues de Centaures qui foûtenoient les Architraves , des Toits en

* rond , des Domes , 10 des Frontons avec de grandes faillies , des Corniches avec destelles de lion, qui font toutes chofes qui appartiennent à un toit. Cependant fur tout

* cela il peignit encore n un fécond ordre,où il y avoir d'autres Domes, des Porches , des Epifcemum.Faillies que l'on ne voyoit qu'à demy , & toutes les autres chofes qui fonr aux roits desEdifices. Tout l'afpecl: de cette Scene paroiffoit fort beau, à caufe que le Peintre y avoit

û bien ménagé les différentes teintes, qu'il fembloit que cette Architecture euft en effet

* '* toutes fes faillies ; & on eftoit preft deluy donner une grande approbation, quand leMathématicien Liciniusfeprefenta, & dit, qu'à la vérité les Alabandins eftoient eftimez

J3 fort grands politiques,mais qu'une petite indécence avoit fait grand tort à l'opinion quel'on avoit de leur jugement, en ce que les Statues qui font dans le lieu de leurs exercicesreprefentent des Avocats qui plaident des caufes, ôc que celles qui font dans l'Auditoirefont de perfonnes qui s'exercent à la courfe, & qui jouent au palet & à la paume. Que cettefaute d'avoir ainfî mis les chofes hors de leur place, avoit fait tort à la reputatioh de toutela ville. C'eft pourquoy prenons-garde, dit-il, que la Peinture d'Apaturius ne nous faffe*pafTer i5 pour Alabandins, ou pour Abderitains :car qui eft-eequi ajamais veu que desmaifons & des colonnes f oient pofées fur les toits &c furies tuiles d'autres maifons ? Nefçait-on pas que ces chofes fe mettent fur les planchers, & non pas fur les toits ? Et nevoyez-vous pas que fi nous approuvons une peinture qui reprefente une chofe qui ne peutcftre, noftre ville eft en danger d'eftremife au nombre de celles dont les habitans, pourC avoir commis de femblables fautes, ont eftéreputez manquer tout-à-fait d'efprit & dejugement. Apaturius n'ayant rien à répondre à cela , fit ofter fon tableau, & y changea &corrigea ce qui eftoit contre la vérité & contre la raifon.

Nous aurions grand befoin que Licinius pûft reffufeiter pour nous reprendre d'un pa-reil abus, & abolir les erreurs quife font introduites dans la Peinture : mais il ne fera pashors de propos de dire icy d' vient que cette fauffe manière de peindre l'a emporté furla bonne. La raifon de cela eft , à mon avis, que la beauté & le prix de la Peinture, que les

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10. Des Frontons. Vitruve apporte icy plusieursexemples de chofes qui de fon temps palïoient pour ridicu-les en Architedture: cependant il y en a quelques-unes quel'ufage & peut-eftrela raifon n'ont pas laillé d'autorifer de-puis. Il condamne entr'autres chofes la manière de mettredes Frontons aux premiers étages , ces Frontons n'eftantpoint la face du toit de l'Edifice ; on en voit néanmoins dansdes Ouvrages approuvez. Les Chapelles du dedans du Pan-theon ont des frontons de cette efpece : car ils ne couvrentque l'entablement qui porte fur deux colonnes : Et l'on peutdire que cela n'eft pas tout-à-fait fans raifon, puifque c'eftfuivantle principe general que Vitruve reconnoift eft-re dansl'Architecture, qui eft de faire confifter fes ornemens dansl'Imitation de la Figure, fans qu'il foit neceflàire que lesautres proprietez de la chofe dont l'imitation a eftéprife, s'yrencontrent : Par exemple on fait des modillons des quatrecoftez d'un Edifice, dont la couverture n'eft point en croupe,bien qu'il foit impoffible que les bouts des pannes des for-ces ou des chevrons, qui font reprefentez par les modillonsfortent des quatre coftez d'une mefme manière, ainii quefont les modillons -, on fait les triglyphes qui reprefententles bouts des poutres, auffi étroits fur les colonnes angu-laires que fur celles du milieu, bien que les poutres foientbeaucoup plus larges en cet endroit qu'autre part -, on metdes teftes de lyon dans les corniches au droit des entreco-lonnemens , quoyqu'elles ne doivent point fervir à jetterl'eau en cet endioit. Ainfi lorfque l'on couvre une porteavec un entablement foûtenupar des colonnes qui font auxcoftez de la porte, on y metaufliun Fronton quoy qu'il n'yait point de toit en cet endroit - y Mais on le fait à caufe queces colonnes qui font aux coftez de la porte, eftant l'imita-tion du porche d'un Temple , on imite auffi par le Frontonle devant du toit qui couvre la porte & le refte du Temple ;& tout cela en vertu de l'imitation qui eft une chofe de gran-

de autorité dans l'Architecture.

ii. U n second ordre. Epifceniunt i ainfi qu'il adéjà efté dit , eftoit le fécond ou le troifiéme ordre que l'onfaiioit aux Scenes quand elles eftoient fort grandes.

12. Toutes ses sat lies. La manière de parler efteftrange , mais allez fignificative. Il eft dit que la Peintured'Apaturius eftoit agréable à caufe de fon afpreté & inétra-lité propter afperitatem. C'eft-à-dire que les reliefs & les en-foncemens y eftoient fi bien reprefentez, que la toile du ta-bleau fembloit n'eftre pas égale Se platte comme elle l'eftoiten effet.

13. Pour alabandins ou pour abderi-Tains. Ces deux peuple^ eftoient décriez parmy les Grecs,à caufe de leur (rapidité. C'eft pourquoy il faut entendreque c'eft par raillerie que Licinius dit que les Alabandinspaffènt pour grands politiques. Il eft a remarquer que lareputation que les Alabandins avoient de manquer d'efpris& de jugement ne fe trouve fondée que fur des chofes ap-partenantes à l'Architeéture -, Si que cependant il eft vrayque le plus célèbre des anciens Architectes Hermogeneeftoit Alabandain : Et que tout de mefme auffi les Abderi-tains pafloient pour peu éclairez à caufe qu'ils avoient cruqu'un de leurs citoyens avoit perdu l'efprit , fur ce qu'ilsvoyoient qu'il s'occupoit à diffequer toutes fortes d'ani-maux ; Se que cet Abderitain eftoit Democrite , eftimé leplus bel efprit de l'antiquité. Mais comme il y a beaucoupd'apparence que les Alabandins Se les Abderitains avoientdonné des marques de leur peu defuffifance fur d'autres fu-je.ts, que fur ceux qui appartiennent aux feiences & auxArts, il paroift par ces exemples que les Grecs fe faifoientprincipalement honneur des chofes de cette nature , quoyqu'ils excellaflent autant qu'aucunes desjnations , dans lamoralle , dans la politique & dans les autres productionsde l'efprit.

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