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VIT RUVE
Ch.XIX.
.vile qui eft defîous pafTant jufqu'à la fuperficie de l'eau z que Ta rareté rend diaphane , Aenvoyé fon image en forte qu'eftant changée elle paroift rompue. Or foit que nousvoyons ces chofes par l'emilTion que les objets font des images, ou par les rayons que nosyeux répandent fur les objets, comme les Phyficiens eftiment, il eft toujours vray que lesjuo-emens que nous faifons des chofes fur le rapport de nos yeux, ne font point vérita-bles: De forte que puifque ce qui eft vray, paroift faux, & que ces chofes femblent eftreautrement qu'elles ne font } * je ne crois pas que l'on doive douter qu'il ne foit neceifaire * -d'ajouter ou de diminuer en changeant les proportions, quand la nature des lieux le de-mande, pourveu que l'on ne touche point aux chofes eiTentielles ; Et c'eftà cela quel'ef-prit & la do&rine font fort neceffaires.
noiftre la grandeur des chofes que par celuy de la veue", ilait fait un grand nombre de reflexions expreflès.
Mais pour entendre ce que Vitruveveut dire, il faut con-fiderer que ce jugement de la veue n'eft point infaillible, 8Cqu'il peuteftre furpris , en forte qu'il eft quelquefois necef-faire que l'autre jugement le fecoure -, c'eft-à-dire que l'ani-mal ait attention aux reflexions qu'il faut employer pourbien juger des images, comparant toutes les chofes qui leurappartiennent les unes aux autres , 8c faifant fervir ce quel'on a de connu & d'alfuré pour juger de ce qui ne l'eft pas,fe fervant par exemple de la grandeur connue pour faire ju-ger de la diftance , ou delà diftance dont on eft affiné, pourjuger de la grandeur , & ainfi du refte. Cette matière eft en-core traitée fur la fin de ce chapitre.
z. Çuie sa rareté' rend di a p h a ne. Vitru-ve fuppofe que le palfage des efpeces vifuelles fe fait par lespores qui font au milieu diaphane, 8c que ce font ces poresqui le rendent diaphane. Mais il eft allez difficile de conce-voir que cela fe falfe ainfi : parce qu'il eft impoflible qu'il yait allez de conduits dans un corps pour donner paflàge àtoutes les efpeces qui le traverfent de tous coftez, & queces conduits foient parallèles & obliques en cent mille fa-çons , ainfi qu'il eft necelïiire ; parce qu'un corps diaphanel'eft toujours également par tout. De plus on remarque queles corps tranfparenscelfent de l'eftre , lorfqu'ils font raré-fiez , c'eft à-dire lorfqueleurs pores font élargis , 8c qu'ils ledeviennent derechef parla condenfation , ce qui fe voit dansla neige , dans l'écume & dans le brouillard qui font de l'eauque la rarefaction rend opaque & impenetrable à la veue.
La raifon qui fait que la rarefaction d'un corps tranfpa-rentle rend opaque , eft quda veue n'eftant autre chofeque l'impreffion que l'ceil reçoit de l'objet, parle moyen dumilieu qui a receu une pareille impreffion . 8c qui la tranfmetà l'œil telle qu'il l'a receue ; il eftimpoffiblequele milieu latranfmcttetelle qu'il l'a receue, s'il n'eft Homogène ; parceque s'il eft compofé de parties de différente nature, lesim-preifions qu'il reçoit de l'objet feront altérées en pailant d'u-ne partie à une autre : 8c par confequent celle qu'il fera furl'ceil fera différente de celle qu'il a receue de l'objet. Or ileft confiant que la rarefaction du milieu le rend Hétérogène,parce qu'elle ne fe fait que par l'inteipolîtion d'un corps quiremplit les efpacesde celuy dont les parties ont changé defi-tuation par la rarefaction.
3. Je ne crois pas que l'on doive dou-ter. Cette maxime de Vitruve eft approuvée de la plusgrande partie des Architectes 8c des Sculpteurs qui tiennentque la pratique judicieufe de ce changement de proportions,eft une des chofes des plus fines de leur art : car ils prétendentque par fon moyen on remédie aux mauvais effets que lesafpedts defavantageux peuvent produire dans les Ouvrages,lorfqu'ils corrompent ou du moins empefehent d'en voir laveritable proportion, àcaufeduracourcillèment qui arriveaux chofes qui font veues obliquement. Ce remède eft parexemple de donner moins de diminution aux colonnes quifont fort grandes, qu'aux petites ainfi qu'il aeftéenfeignéau fécond chapitre du 3 livre -, d'augmenter la hauteur desArchitraves 8c des autres ornemens à proportion que lescolonnes font plus grandes, ainfi qu'il a elle dit autroifiémechapitredu troifiéme livre ; 8c d'incliner toutes les faces ver-ticales des membtes qui font pofez en haut, comme toutesles faces des Architraves, des Frifes ,des Corniches ,desTympans 8c des Acroteres, ainfi qu'il eft dit au mefme lieu.On allonge auffi de mefme les Statues qui font placées en
des lieux élevez & qui ne peuvent eftre veues que dupiéde gl'édifice fur lequel elles font posées , afin que cet afpect nelesfallèpas paroiftre trop courtes 8c entaffées ,8c mefme
Î)our cet effet on allonge & on groffit les parties felon qu'el-es font plus hautes, en forte qu'en une figure qui eflantpofée en bas devroit avoir la tefte d'une huitième partie defa hauteur, on ne donnera qu'une feptiéme , 8c on luy ferales jambes plus courtes & le corps plus long qu'il ne fau-droit fi elle eftoit autrement fituée , parce qu'on pretendque fi elle avoit fa veritable 8c ordinaire proportion elle neparoiftroit pas l'avoir.
Mais tous les Architectes & tous les Sculpteurs ne croyentpas qu'il faille avoir toujours égard à ces raifons , & il y ena quelques-uns quieftiment que ces précautions ne doiventeftre emploïées que rarement.Leur raifon eft que la veue n'eftpas fi fujette à fe tromper autant que Vitruve le pretend ,non pas feulement,parce qu'en effet la veue de mefme que les Qautres fens extérieurs ne fe trompe jamais, mais mefme par-ce que le jugement de la veue qui eft lefeul à qui on puifïêimputer les erreurs qu'elle commet, eft pour l'ordinaire tres-feur 8c prefque infaillible, quand une longue habitude &une experience auffi fouvent réitérée qu'elle l'eft à un âgeparfait, a tant de fois corrigé les premieres erreurs , qu'onn'y retombe que rarement : car en effet il n'arrive gueres à
fierfonne d'avoir peur que le plancher d'une longue gallerieuy touche à la tefte quand il fera au bout, où il le voit ab-baitféjufqu'au droit de fon front ;& on n*eft point en peinecomment on pourra palier par une porte , que de loin oncouvre toute entière avec le bout du doit. Caria juftellè dece jugement eft telle , que fi les murailles d'une gallerie, quieflant parallèles, paroiffènt néanmoins s'approcher vers les ■extremitez, font quelque peu élargies, on s'enapperçoit ;oufile pavé avoit une pente vers le bout, où il paroift or-dinairement s'élever , quoiqu'il foit de niveau ,il n'y a per- LJfonne qui ne le reconnuft.
On juge auffi allez bien fi un vifage eft rond , ou s'il eftlong quoiqu'on le voye à une feneilre haute -, 8c un corpsgrefleen cet endroit ne paroiftra point trapu , ny celuy quieft d'une flature extraorjinairement grande, ne fera jamaispris pour un nain. Mais ce qu'il y a de plus confiderable eftque la certitude de ce jugement eft une chofe que tout lemonde a fans y penfer, quoiqu'elle ne piiiiïe s'acquérir quepar plufieurs reflexions du fens commun ,dont l'office eft defe réfléchir fur les actions des fens extérieurs : car c'eft parle moyen de ces reflexions & du jugement du fens commun,que nous ne prenons pas une étincelle de feu pour une Etoi -le,nyune fueille de papier pour un grand mur blanc, nyune ovale pour un rond , ou une feneftre longue pour uneqmrrée, lorfque la diftance &la fituation de ces objets lesdifpofe à paroiftre autres qu'ils ne font. La raifon de cela Eeft que le fens commun adjoutant incontinent à l'imagequi eft dans l'ceil, les circonftances des chofes qu'il con-noift , telles que font l'éloignement & la fituation de fonobjet , &la grandeur des chofes aufquelles il le compare ,empefche que ces images ne foient prifes l'une pour l'au-tre : car en effet les images d'une étincelle & d'une fueillede papier lorfque ces objets font proches , font fort peudifférentes de celles d'une Etoile ou d'une muraille blan-che quand l'une 8c l'autre de ces chofes font éloignées :tout de mefme qu'une ovale & un quarré oblong quifont veus obliquement 8c de loin font le mefme effetdans noftre œil qu'un rond ou qu'un quarré parfait lorf-qu'ils font veus directement. Cela arrive de la mefme ma-
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