LIVRE YL ) oj
À gourdis du froid qui les environne. Les Terpens font voir cela clairement lorfque pendantle chaud qui épuife leur humidité froide, ils font fort agiles, & deviennent dans l'Hyvermornes & affoupis : de forte qu'il ne fe faut pas eftonner fi la chaleur éguife l'efprit & il lafroideur l'emouffe. Mais comme les Nations Méridionales qui ont l'efprit penetrant , fe-.cond & inventif, demeurent fans vigueur quand il s'agit de faire quelque action de va-leur ; parce que le Soleil a comme confumé par fon ardeur toute la force de leur courage :Ainfî ceux qui font nez dans les pais froids font plus propres aux armes &: plus prompts àcourir avec beaucoup d'aifeurance à toute forte de dangers : mais c'eft avec une pefanteurd'efprit inconfiderée & fans aucune maturité de confeil.
Or la nature ayant ainfi partagé l'Univers en deux temperamens excefïifs, qui rendenttoutes les Nations différentes les unes des autres, les Dieux ont ordonné que les Romains
B fufTent placez au milieu de ces deux differens efpaces du monde ; car généralement lespeuples d'Italie font également pourveus &c des forces du corps & de celles de l'efprit quifont la valeur de le courage, de mefme que la Planète de Jupiter eft tempérée parce qu'elleeft entre celle de Mars qui eft tres-chaude,&; celle de Saturne qui eft tres-froide:& on peutdire que les Romains poffedent tout ce qu'il y a de recommandable dans le Septentrion &cdans le Midyxar par leur prudence ils furmontent la force des Barbares, & par leur valeurl'addreffe de l'efprit des Meridionnaux. : Ainfi le Ciel a mis la ville du peuple Romain dansune region merveilleufement tempérée afin qu'elle fût capable de commander à toute laterre.
Que s'il eft vray que la diverfîté des Regions qui dépend de l'afpeâ: du Ciel, caufe des
C effets li differens que les peuples y naiffent de différente nature, tant en ce qui regarde lafigure du corps que ce qui appartient à la difpofition de l'efprit : Il eft fans difficulté quec'eft une choie très-importante que d'approprier les Edifices à la nature de chaque nation,ce qui n'eft pas difficile après que l'on a connu quelle elle eft. C'eft pourquoy fay fait monpoflible pour expliquer exactement les proprietez naturelles de chaque lieu, & de quellemanière il faut difpofer les Edifices fuivant les afpeds du Ciel & la nature des peuples, &je m'en vais décrire en détail quelles en doivent eftre les proportions & les meiures le plusdiftin&ement & avec le moins de paroles qu il me fera polTible.
CHAPITRE II.
*Des proportions Çtf des me fares que les Edifices des particuliers doivent avoir»
LE plus grand foin qu'un Architecte doive avoir c'eft de proportionner tout fon Edi-fice avec toutes les parties qui le compofent, & il n'y a rien qui faffe tant paroiftrefon efprit que lorfque fans fe départir des règles générales qui font établies pour la pro-portion , il peut ofter, ou ajouter quelque chofe felon que la neceifité de l'ufage & la na-ture du lieu le demandent, fans que l'on y puuTe rien trouver à redire, ou quelaveuëenfoit offensée : caries objets paroiffent autrement quand nous les pouvons toucher, quequand ils font élevez en haut ; & ce qui eft dans un lieu enfermé a tout un autre effet, quequand il eft à découvert. Or en ces chofes il faut un grand jugement pour bien reuffir; dau-* tant que la veuë n'eft pas toujours certaine, &que « fon jugement nous trompe fouvent,■p comme on éprouve dans la peinture où des Colonnes, des Mutules & des Statues paroif-fent faillantes & avancées hors le tableau que l'on fixait eftre plat : tout de mefme les ramesdes navires quoiqu'elles foient droites paroiffent rompues dans l'eau ; car la partie qui eft;hors de l'eau femble droite comme elle l'eft en effet jufqu'à la fuperficie qu'elle touche ; $c
i. Son jugement nous trompe souvent. attribue à tout l'animal, que parce que cettui-eyfe fait tou-ll y a deux chofes clans la veue,fçavoir l'impreffion , ou plu- jours avec une reflexion expreflè , & que celuy qui eft pro-,toft la reception de l'image de l'objet dans l'organe , & la pre à la veue femble eftre fans reflexion, à caufe que la lon-reflexion que l'animal fait fur cette image, ce qui fe peut gne habitude a fait que ce qui demandoit dans le commen-appeller le jugement. Or ce jugement eft de deux efpeces-, cernent des reflexions expreftes, ne fe fait plus qu'avec desil y en a un par lequel on eftime quelle eft la bonté, la beau- reflexions tellement jointes àl'a&iondelaveue qu'on les faitté, l'utilité & les autres qualitezqui fe connoiflent après fans s'en appercevoir. Car il y a apparence que les premie-avoir efté examinées à loifir. il y en a un autre par lequel res fois qu'un animal voit, il a bien de la peine a juger deon eftime quelle eft la grandeur , la figure , la couleur, la di- la grandeur des chofes éloignées dont les images n'occupent{tance &c les autres qualitez dont on juge dans l'inftant mê- dans fon ceil que comme un point indiviiible , & qu'il fautme que les chofes font apperceues ,& ce jugement eft appel- qu'après avoir efté trompé beaucoup de fois, 8c eniuite de-lé le jugement de la veue ,qui ne diffère de l'autre que l'on trompépar des experiences & par d'autres moyens de con-
G HAP. I.
Chap. II.