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V I T R U V E
C h A P. I. trion , on tire une ligne vers l'autre endroit du mefme Horizon qui eft au Midy, & que Ade cet endroit on tire obliquement une ligne qui s'élève vers le Pole Septentrional ; car iln'y a point de doute que ces lignes formeront une figure triangulaire dans le monde, la-quelle fera femblable à 4 l'inftrument de Mufique appelle Sambyce par les Grecs ; De forte *que fi dans l'efpace qui eft plus proche du Pole loûterrain, c'eft-à-dire qui eft aux regionsMéridionales, les nabitans àcaufedupeu d'élévation polaire ont le ton de la voix plusaigu ; de mefme que celuy des cordes qui dans l'inftrument font plus proches de l'angle ;Se fi auffi felon cette proportion les peuples qui habitent le milieu de la Grèce ont la voixmoins haute, & qu'enfin ceux qui habitent depuis ce milieu jufqu'à l'extrémité du Sep-tentrion , ont le ton de la voix naturellement plus bas Se plus grave, c'eft qu'il femble quetout le monde foiteompofé par une proportion de confonance felon la temperature quecaufe la différente hauteur du Soleil ; que les peuples qui font entre les regions Méridiona-les Se les Septentrionales ont le ton de la voix moyen, de mefme que dans la figure qui re-prefentelesdifferens tons delà Mufique ; Se qu'enfin ceux qui approchent du Septen-trion , parce qu'ils ont le Pole plus élevé, ont le ton de la voix bas, comme l'Hypaté ou leProjlambanomenos 3 à caufe de l'humidité qui remplit les conduits de la voix, de mefme quepar une femblable raifon, la voix de ceux qui vont de la region moyenne vers le Midy, eftaiguë Se greile de mefme que la Tarancté.
Cette vérité, fçavoirque les lieux humides groffnîent la voix, Se que ceux qui fontchauds la rendent plus aiguë , fe peut prouver par cette experience. * Que l'on prenne *deux o-odets de terre cuits en un mefme fourneau, de melme poids 3 Se qui ayent un mê-me ton, Si qu'après avoir plongé l'un des deux en l'eau, & l'avoir retiré, on les frappe çtous deux \ on trouvera une grande difference entre leurs tons , Se ils ne fe trouverontpoint de mefme poids. De la mefme façon bien que les corps des hommes foient formezde mefme manière Se compofez des mefmes elemens, ils auront des difFerens tons de voix,les uns aigus â à caufe de la chaleur, les autres graves à caufe de l'humidité du climat. Parcette raifon les peuples Méridionaux ont l'efprit plus prompt Se font plusprudens, à cau-fe de la fubtilité de l'air Se de la chaleur qui règne en ces pais. Les Septentrionaux étouffezdei'épaiffeurdei'air, font plus ftupides, comme eftant embaraffez de l'humidité Se en-
une ligne obliquement vers le Pole D , ce qui compofe le
triangle A B D , dont eft que-ftion. Mais de quelque manièrequ'on prenne cette imagina-tion, elleapeudefoliditépourexpliquer la raifon de la diffé-rence de la voix des diverfesnations,
4. L'instrument deM u s 1 qji t appelle' Sam-b y c e. Quelques-uns croyent que ce mot qui fignifie pro-prement une Harpe eft originairement Syriaque ou Chai-dée : Athénée dit que ce nom vient de ion inventeur, &qu'autrement il eft appelle peftis , maçadis & trigonos-,métaphoriquement, c'eft une machine de guerre que l'onabbat d'un navire fur un autre pour fervir de pont, & quieft foutenue par des cordes qui reprefentent celles d'uneHarpe, il en eft parlé au dernier chapitre du 10 livre.
5. Qu e l'on prenne deux godets. L'expé-rience des godets de terre a quelque chofe qui appartientdavantage à ce dont il s'agit, que ne fait l'inftrument Sam-byce : car il eft vray que les chofes feches rendent un tonplus haut &plus aigu, que celles qui font humectées, par-ce que la viteife du fremifïement des corps durs & feesquand ils font frappez,eftant caufe qu'ils frappent auffi l'aitavec plus de vitefle, rend le ton plus aigu : & au contraire lalenteur du mouvement des corps que l'humidité a relâchez,frappant l'air par des fecouflès moins entre-coupées rend unton plus bas : C'eft par cette raifon que les rames rendentla voix grofle & enrouée par l'humeclation des membranesqui compofentle larynx qui eft l'organe de la voix : & c'eftencore par cette mefme raifon que les cordes compofées demetail& de boyau, que l'on a inventées depuis peu pourles balles dans les inftrumens de Mufique ; ont un fon qui a
tout enfemble &c la force & la gravité , ce qui ne s'eftoitpoint encore rencontré dans les Inftrumens , où on a tou-jours obfervé que les organes qui produifent un ton gravedoivent eftregrands pour avoir un fon fort ; & qu'une clo- _che, une corde, ou une trompette ne peuvent fe faire en- •L»tendre de loin fielies ne font grandes: parce que la lenteurdu battement & du fremilïèment qui fait le ton grave rendle fon foible , fi la grandeur de l'organe ne fait que fon fre-mifïement foit une agitation de parties allez grandes pour,en frappant beaucoup d'air, faire beaucoup de bruit. C'eftpourquoy la feptiéme d'un Tuorbe, quoique plus balle quelafixiéme , a un fon prés d'une fois auffi fort, parce qu'elleeft une fois auffi longue ; & la chanterelle dune violle ac-cordée à l'uniflbn avec le bourdon, a de la peine à fe faireentendre ; parce qu'elle eft beaucoup plus menue. Mais cet-te nouvelle manière de corde fait une fois autant de bruitqu'une autre qui eft une fois auffi grande: Car cette cordeeftant compofée d'une petite corde à boyau recouverte parl'entortillement d'un filet d'argent trait ou de leton en ma-nière de cannetille, elle rend un ton fort bas, parce qu'eftant Elafche & peu tendue fes vibrations font lentes 3c rares : maiselle rend auffi un fon qui frappe fortement l'oreille ; parcequ'ayant beaucoup de pefanteur jointe à beaucoup de flexi-bilité, elle frappe l'airavec beaucoup plus de vehemence 3de mefme qu'un pendule qui eft chargé frappe l'air avec plusde force qu'un autre , bien que cette charge ne rende pas fesvibrations plus fréquentes.
6. A cause de la chaleur. La chaleur ne pro-duit point de foy la voix claire & aiguë, mais elle la rendgrolle & forte, parce qu'elle dilate l'organe de la voix-- &fi elle a le pouvoir de rendre quelquefois la voix aiguë, c'eftpar accident & feulement par le moyen de la lechereflequ'elle introduit par la confornption de l'humidité.
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