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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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L I V R E V I. 101

A que Ton employe à faire des fouliers, des draps de laine, ou de telles autres manufacturesqui font afTez aifées : Mais on reconnoift tousles jours que ceux qui font profeffiondel'Architecture ; n'y entendent que fort peu de chofe.

Cefontcesraifons qui m'ont porté à compoferun corps d'Architecture avec grandeexactitude ; & j'efpere que le monde n'aura pas ce prefent defagreable. Ayant donc enfei-gné dans le cinquième livre les règles qu'il faut fuivre dans la conftruction des Edifices pu-blics, je vais expliquer dans cettuy-cy quelles doivent eftre les proportions des maifonsparticulières.

CHAPITRE L

^ De la différente manière de difpofer les maifons felon les différentes qualitez,

des regions & fuivant les afpetts du Ciel.

* 1 "J O u R bien difpofer une maifon il faut avoir égard à la region & ' au climat on la

veut baftir : car elle le doit eftre autrement en Egypte qu'en Efpagne, & autrementau Royaume de Pont qu'à Rome,& ainfî diverfement en difrerens lieux: Parce qu'il y en aqui font proches du cours du Soleil, d'autres qui en font éloignez, & d'autres qui font aumilieu de ces extremitez. De forte que lorfque le Ciel eft différemment tourne à l'égardde divers lieux à caufe du rapport qu'ils ont au Zodiaque & au cours du Soleil, il faut dif-féremment difpofer les baftimens : car aux pais Septentrionaux ils doivent eftre voûtezavec peu d'ouvertures, & tournez vers les parties du monde le chaud règne : au con-r traire il faut faire de grandes ouvertures & qui foient tournées vers le Septentrion aux re-J gions chaudes & Méridionales ; afin que l'art de l'induftrie puilfe remédier à ce que la na-ture du lieu a d'incommode ;& qu'en chaque region par une expofition accommodée à

* la conftitution quelle a* fuivant l'élévation du Pole elle eft, on procure une tempe-rature convenable.

Pour y parvenir il faut examiner la nature de chaque chofe, & principalement descorps des habitans : car aux lieux le Soleil n'attire pas beaucoup de vapeurs, les corpsfont affez tempérez ; & à ceux qu'il brûle parla proximité de fon cours , il confume l'hu-meur qui entretient la bonne temperature : au contraire dans les pa'x's froids & éloignez duMidy il n'y a pas affez de chaleur pour epuifer l'humidité : mais l'air dans lequel beaucoupde vapeurs font méfiées remplit les corps d'humeur, les rend plus maffifs, &grofïitlajp voix. Cela fait auffi que vers le Septentrion les corps des hommes font grands & puiffans,que la peau eft blanche, les cheveux plats & roux, les yeux bleus, & qu'ils ont beaucoupde fang à caufe de l'abondance de l'humeur & de la froideur de l'air. Ceux qui approchentdu Midy & du cours du Soleil font de petite taille, ont la peau bazannée, les cheveux fri-fez, les yeux noirs, les jambes foibles & peu de fang dans les veines à caufe de l'ardeur duSoleil : Ce qui fait qu'ils craignent les bleifures & fupportent aisément la chaleur de l'air,ôc celle de la fièvre, parce qu'ils y font accoutumez. Au lieu que ceux qui font nez vers leSeptentrion craignent les fièvres & en font afFoiblis, & comme ils font beaucoup de fangils fe mettent peu en peine de le perdre par des play es.

Le ton de la voix eft different aufïï dans les pais felon la diverfe inclinaifon de cette fe-

paration qui fait le lever & le coucher du Soleil, qui partage la terre en partie fuperieure

E & inférieure., & que les Mathématiciens appellent Horizon. La certitude de cette vérité fe

* peut faire concevoir ' fi l'on s'imagine que du bord de l'Horizon qui eft vers le Septen-

I. Au c li MAT.Jaymisle mol Aq Climat ^om inclina-tions mundi, ceft-à-dire la chofe au lieu de fa definition ; carle mot clima qui vient du grec rlinein ,c'eft-à-dire s'abaillèr,a efté pris pour defigner la difference qui eft entre les paisdu monde, fuivant leur éloigneraient du Pole ou de l'Equi-no&ial, à caufe de l'idée que la Sphere matérielle donne decetéloignement: car les pais qui font éloignez du Pole oude l'Equinoûialy font inclinez, &defcendent les uns plus,&les autres moins vers l'Equino&ialouversles Poles.

z. Suivant l'élévation d u P o l e. Je tra-duis ainfi inclinatiomm mundi : Parceque l'élévation du

Chap. I.

Pole fur l'Horifon , & l'inclinaifon ou abbaiflement du mon -de , ainfi que le texte porte, eft la mefme choie, foit quecela fignifie l'abbaiffement de l'Horifon fous le Pole , ou fousl'Equinoétial. Mais la manière d'exprimer la chofe en fran-çais eft plus intelligible & plus ufuée par l'élévation du Polçque par l'inclinaifon du monde.

3. S i on s'i m A g 1 n e. Jocundlbs & Barbaro fe fontimaginez cette demonftration diverfement : mais je trou-ve l'imagination dejocundus la plus naturelle. Il fait quedans la ligne A C, qui eft l'Horifon, A , eft la partie Sep-tentrionale, & B,eft celle qui eft vers le Midy, d' on tire

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