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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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LIVRE V. w

A * I9 Mais il ne faut pas croire que les mefmes proportions puiffent fervir à toutes fortes de Chap. VILTheatres , & l'Architecte doit avoir égard à la nature & à la grandeur du lieu pour pren-dre les mefures qui leur font convenables. Car il y a beaucoup de chofes que l'ufage au-quel elles font deftinées, oblige de faire d'une mefme grandeur dans les petits Theatres-

* comme dans les grands, Ravoir les degrez, les P'ailiers , lo les Balluflrades ^ les chemins, #^ *****

* " les Efcaliers, les Pupitres, les Tribunaux, & toutes les autres chofes qui ne peuventeftre felon la proportion de tout l'Ouvrage, à caule de l'ufage auquel elles fervent.Onpeutaufli, quand on n'a pas les pieces de Marbre , ou de Charpentene, ou les autres ma-tériaux de la grandeur requife, retrancher quelque chofe dans l'ouvrage, pourveu quecela ne foit point trop éloigné de la raifon ; ce qui demande une grande experiencedans l'Architecte, & un efpnt inventif pour trouver de nouveaux expediens quand il en

g eft befoin.

La Scene doit eftre dégagée & difpofée de forte qu'au milieu il y ait une porte ornéecomme celle d'un Palais Royal, &à droit & à gauche deux autres portes pour les ttran-

* gers. Derrière ces ouvertures on placera 11 les decorations que les Grecs appellent Peria- Q*tîonfdtBous à caufe des machines faites en triangle qui fe tournent. Dans chaque machine il doit mmer *

y avoir des ornemens de trois efpeces, qui ferviront aux changemens qui fe font enfour-nant leurs différentes faces : Car cela eft neceifaire dans la reprefentation des Fables j

fans parler de l'augmentation que tout l'ordre fuperieurdevroit avoir à comparaifon de celuy qui eft au deflbus , ilfaudrait encore que dans chaque ordre la grandeur des par-ties qui font les plus hautes fuft augmentées pour faire quel'exhaulïèment ne les fit pas paraître trop petites. CelaC fait voir que ce changement des proportions eft une chofequi n'a efté que rarement mife enufage -, & l'on voit en effetqu'aux edifices elle a efté pratiquée, elle fait un mau-vais effet, &il eft difficile qu'elle ne le faffè pour plufieursraifons qui font rapportées au 2. chap, du 6.1ivre : mais prin-cipalement parce que les afpe&s pouvant eftre diffèrens ,felon que l'on eft plus proche ou plus éloigné, il eft impof-fiblequece changement de proportion falle le mefme effetquand on eft proche, & quand on eft loin. Dans les Thea-tres mefmes la diftance eft bornée, la mefme impoffibLlité fe rencontre à caufe de la différente hauteur des de-grez, qui fait que fi un changement de pro onion faifoitun bon effet à l'égard des fpectateurs aflis (urlesdegiezd'em*bas, il ne le pourrait pas faire à l'égard de ceux qui feraientfur ceux d'enhaut.

19. Mais il ne faut pas croire q^ue lesd mes m es proportions puissent servir. ce

queVitruve dit icy n'eft point contraire à la reflexion quia efté faite dans la note précédente: car l'avis qu'il donne furle changement des proportions , n'eft point une exceptionqui foit apportée à propos de ce qui a efté dit immédiate-ment devant, touchant les grandeurs des partie^ qui com-pofent des étages élevez & éloignez de la veuë; mais elle.fe rapporte feuiement aux proportions des degrez, des ap-puis , & d>;s autres pieces lefquelles à caufe de leur ufage doi-vent eftre toujours d'une mefme grandeur, foit que lesTheatres foient petits, foit qu'ils (oient grands. De forteque quand il eftdit qriil ne f,,ut pas croire que les mefmes pro-portions puiffent fervir à toutes fortes de Thevres, cela fi_gnifie que fi par exemple un appuy eft haut de la quarantiè-me partie d'un petit Theatre , il ne luy faudra pas donnerle double dans un Theatre qui fera une fois audi grand :£ mais cela ne dit pas qu'il ne faille garder les mefmes pro-portions dans tous les Theatres en ce qui regarde les hau-teurs du premier ordre à l'égard du fécond , du fécond àl'égard du troifiéme, & detoutesles autres chofes dans lefquelles l'ufage ne determine & ne demande point une cer.taine grandeur.

20. Les Ballustrades. pluteum ou Pluteus eft pro-prementun mantelet ou parapet qui fe faifoit dans les ma-chines deguerrepour mettre à couvert les foldats. Il eftoitordinairement faitd'olief recouvert de peaux nouvellementécorchées. Il fignifle icy la Balluftrade ou appuy. Philandercroit, ainfi qu'il a déjaefté dit, que Pluteus corn, rend toutl'efpace qui eft entre les colonnes fuperieures 5c les infé-rieures , c'eft-à-dirc l'Architrave, la Fnfe , la Corniche &

les Piedeftaux de l'ordre qui eftoit fur la Corniche : Mais ce-la ne peut eftre , parce qu'il eft dit que le Pluteus eft furl'Architrave & fur les autres ornemens qui font la Frife &la Corniche de l'ordre de delfous. De plus il eft dit icy quePluteus eft du genre des chofes, que l'ufage auquel ellesfont deftinées, oblige toujours à faire d'une mefme gran-deur , comme font les degrez , & qui ne doivent pas eftreplus grandes dans les grands Theatres que dans les petits ;ce qui n'eft pas vray de l'efpace qui co.rprend l'Architra*ve, la Frife, &h Corniche , qui eft plus grand à propor-tion que les ordres des plus grands Theatres font plusgrands : mais cela eft vray des Balluftrades, des degrez ,8cdes Palliers qui doivent toujours eftre d'une mefme gran-deur.

Barbara entend autrement cet endroit : car il croit queVitruve veut dire que les degrez, les Palliers, & les Ballu-ftrades font des parties qui doivent eftre dans tousles Thea-tres ; mais que les autres chofes qui ne font pas tant pourl'ufage, que pour l'ornement, peuvent eftre omifes. Cepen-dant il n'y a rien, ce me femble, de plus clair que ce queVitruve dit, fçavoir que les Balluftrades, les degrez & lesPalliers doivent eftre d'une mefme grandeur dans tous lesTheatres ,foit qu'ils foient grands, foit qu'ils foient petits.Sunt enim res quasin pujillo & in magno Theatro neceffeefieàdetn magnitudine fieri propter ufum, uti gradus , Di.iz.o-mata , Plutei, Itinera , &c.

21. Les escaliers. Ilya afctnfus. Il faut entendrecela de la hauteur des degrez des efcaliers , & non pas dela grandeur de tout l'efcalier, qui doit eftre plus grand dansun grand Theatre que dans un petit.

21. LES DECORATIONS QU E LES GRECS APPEL -

pent Péri a ctous. Noftre mot François de décora- 1tions de Theatres rend hemeufement celuy de Vitruve , quieft ornatus. Ces decorations eftoient de deux fortes , felonServius furies Georgiques de Virgile. Car outre ces ma-chines faites en triangle , que les Grecs appelloient Peria*.clous } c'eft-a-dire tournantes, & qui fourniffbient chacunetrois dirferens changemens, chacune de leurs faces ayantdes peintures différentes ; les Anciens en avoient d'autresqui fonr encore en ufage dans nos Theatres , dont l'artifi-ce conliftoit à faire paroiftre des faces différentes , lors-qu'on les faifoit couler, en forte que lorfque 1 on en tiraitune, elle en découvrait une autre , qui eiloit cachée derriè-re elle. Celle-cy eftoit appellee duÛilis ôcWmtteverfatilis,Il eft néanmoins difficile de croire que ces changemens fukfent auffi prompts que ceux de nos Theatres , qui fe fontprefqueen un moment & fans qu'on s'en apperçoive : carnous lifons que lors que les Anciens vouloient changer lesornemens de leur Scene, ils tiraient un rideau qui efliait ap-pelle Sipariu-m t derrière lequel ils faifoient à loifir ce quieftoit neceifaire au changement,

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