Druckschrift 
Les dix livres d'architecture de Vitruve
Entstehung
Seite
112
Einzelbild herunterladen
 

lî2 * VITRUVE

Chap. II De forte qu'il eft confiant que l'invention des triglyphcs & des mutules' dans l'Ordre ADorique eft venue de ces imitations, & non point, comme quelques-uns ont crû mal-à-propos de ce que les triglyphes reprefentent des feneftres : car on met des triglyphes dansles encogneures Se ' * fur le milieu des colonnes, qui eft un lieu il ne peut y avoir de fe- *neftres ; parce que s'il y avoir des ouvertures aux angles ils ne pourroient point avoir deliaifon;& files endroits font les triglyphes eftoient le lieu des feneftres, on pourroitdire par la mefme raifon que les denticules dans l'Ordre Ionique font les ouvertures des fe-neftres j car les efpaces qui font entre les denticules, aufll bien que ceux qui font entre lestriplyphes , font appeliez ^ metopes } parce que les Grecs appellent opes ces efpaces les *poutres font logées, qui eft ce que nous appelions 17 columbaria; & pour cela l'efpace qui *eft entre les deux opes, a efté appelle Metope : & de mefme qu'en l'Ordre Dorique les tri-glyphes & les mutules ont efté inventez , pour imiter ce qui fe pratique l8 dans les bafti- gmens de charpenterie, les mutules reprefentant les bouts des forces : ainfi dans l'Ordre Io-nique on a mis des denticules pour reprefenter la faillie ** du bout des chevrons. *C'eft pourquoy 10 dans les Edifices des Grecs jamais on n'a mis des denticules au deitous *des mutules, parce que les chevrons ne peuvent pas eftre fous les forces : & c'eft une gran-de faute que ce qui dans la vérité de la conftrudtion doit eftre pofé fur des forces & furdes pannes, foit mis deilbus en la reprefentation. Z1 Par cette mefme raifon les Anciens *n'ont point approuvé de mettre aux frontons des mutules , ny des denticules : ils n'y ontvoulu que des corniches fîmples; parce que ny les forces ny les chevrons ne font pas du fensque font les frontons, du long defquels ces pieces de bois ne peuvent pas fortir, mais feu-lement au droit de l'égout vers lequel ils fe panchent. Enfin 1X ils n'ont point crû pouvoir *avec raifon faire dans la reprefentation ce qui ne fe fait point dans la vérité ; parce qu'ils C

ÎLmri les opes.Cavernes.Trous de boulinsde ce.'umbier.

«c inclinez. Philander affure qu'il ne s'en trouve point. Lesgouttes qui font fous le larmier de la corniche de l'Ordre Do-rique du theatre de Mareellus , font inclinées de cette ma-nière ; mais ces gouttes ne panent pas pour des mutules danscette corniche.

15. Sur le milieu dis colonnes. Tétras engrec , & tetrans en latin fignifient non le quart d'une chofe,mais la chofe-divifée en quatre parle moyen d'une croix.

ï6. Metopes. Le mot grec , metopon fignifie la partiebafle du front qui eft entre les fourcis, lorfque ce mot eftécrit avec un armais metope écrit avec un », fignifie ce quieft entre deux cavernes, pareeque opes avec a , fignifie lesyeux, &c op/avecun 0 , un trou, ou une caverne.

17. C o l u m B a r 1 A. Il faut cinq mots françois pour ex-pliquer ce mot latin , pareeque columba fignifie un pigeonqui fait ordinairement fon nid dans les trous qu'on a lainesaux murailles quand on en a oflé les boulins ou folives quiavoient fervi à faire les échaffauts quand on les a ma-çonnées.

I

iS.DANS LES BASTIMENS DE CHARPENTERIE.

J'ay ajouté le mot de charpenterie , bien qu'il ne foit pasdans le texte, pareequileft aifé de voir que ce mot doit eftrefous-entendu , fi on a attention à ce que l'Auteur veut dire.19. La SAILLIE du bout des chbvrons. J.Martin a interprété canterii, les chevrons, & ajjeres , desbouts d'aix crénelez.. Jocundus auffi fait entendre par fa figu-re Se par l'explication qu'il a mife à la marge , qu'il prendafferes pour des aix qui font mis en travers furies chevrons.Mais la crenelure n'eftant point dans le texte , cette inter-pretation ne peut eftre reçue. Dailleursles pieces queVi-truve appelle ajferes ne peuvent eftre pofées en travers, par-cequ'il eft dit à la fin du chapitre que leurs extremitez nefçauroient fortir aux frontons pour y reprefenter des denti-cules , mais feulement aux entablemens -, ce qu'ils feroientbien néanmoins s'ils eftoient mis en travers comme noslattes qui fortiroient bien dans les frontons. De plus il eftdit au commencement du chapitre , que canterii qui font lesforces, foûtiennent ce qui en cet endroit- eft apellé Tcw.pla, qui font les pannes fur lefquelles on pofe les chevrons,dont les bouts reprefentent les denticules, de mefme queles bouts des forces reprefentent les modillons ; & ce quirend cela vray.femblable , cft la proportion des jambes deforce aux chevrons, & leur difpofition qui a beaucoup deraportàlaproportion &àladifpofniondes modillons & desDenticules.

D

20. Dans les Edifice s des Grecs jamais

0 n n'a mis. La règle que Vitruve donne pour les mu-tules fe doit auffi étendre aux modillons.Les Romains n'ontpas fuivi cette règle des grecs, & à Rome on voit des den-ticules fous les modillons aux anciens bâtimens , hotfmis auPantheon cette règle cft religieufement obfervée pattout, tant au portique , qu'au dedans. Vitruve ne dit pointcomment les Grecs s'abftenoient de mettre des denticulesfous les modillons, fçavoir fi c'eftoit en ne taillant point dedenticules dans un membre capable de ces entailles, commeon a fait au Pantheon , ou en les mettant au defl'us des mo-dillons fuivant la raifon qu'ilapporte. Il y a apparence quequand ils mettoient des denticules, ils ne mettoient pointdémodulons. Mais jecroy que l'on netailloit point les den-ticules dans les corniches, il y avoit des modillons ^pareeque les modillons eftant taillez de fueillages &c de vo-lutes , on eftoit obligé de tailler auffi le quart de rond & lesautres membres de moulure , au milieu defquels eft le mem-bre quatre du denticule, qui avoit meilleure grace n'eftantpoint taillé , pour éviter la confufion que tant d'ornemensde fuite pouvoienteaufer. Cela eft ainfiau Pantheon.

21. AUSSI LES ANCIENS N'O NT POINT APROUVe'.

Cette règle a encore efté negligee par les Romains 5c parles modernes, qui ont prefque toujours fait les cornichesdes frontons avec des modillons comme celles dedeflbus. ily a un exemple de cette manière des Grecs en la ville deSchifi que Palladio rapporte, la corniche penchante dufronton eft fans modillons , bien que les autres qui font àniveau enayent,& la corniche de deflbus eft fans denticule.A la place des modillons au fronton il y a une grande cymai- -pfe en doulcine recouverte de fueillaoes. *-*

22. Enfin ils n'ont point cru pouvoir fai-re avec raison. Il y a encore une chofe qui fe pra-tique contre cette raifon d'imitation, qui eft de faire dan*les frontons des modillons taillez perpendiculairement à

1 horifon , & non pas à la corniche qu'ils foûtiennent ; ainfiqu'il eft reprefenté dans la figure du fronton qui eft cy-aprés il y a une moitié, qui, felon Vitruve , a fes modillonsperpendiculaires au Tympan ,& le membre quarré duDenticule n'eft point taillé. Dans ce mefme fronton onvoit une autre moitiéj qui felon les Modernes, afes modil-lons perpendiculaires à l J horifon & fes denticules taillez. Orcela eft contraire à ce que ces chofes reprefentent : car lesmodillons du fronton reprefentant les bouts des pannes, quifont les feules pieces de bois quipuiflènt fortir de la cou-

ont