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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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Livré i v. m

jf ^ blement : fur les forces on met les Pannes , & enfin les » Chevrons qui font Fous les tuyles & Chap,qui avancent aufïi loin qu'il faut pour couvrir les murailles.

C'eft ainfi que chaque chofe dans les Edifices doit eftre mife par ordre en fa place felonfon efpece: & c'eft à l'imitation de cet aiïemblage de plufieurs pieces de bois dont les Char-pentiers font les maifons ordinaires, que les Architectes ont inventé la difpôfition de tou-tes les parties qui compofcnt les grands baftimens de Pierre & de Marbre.

La manière que les Ouvriers ont fuivie de tout temps , eft qu'ayant pofé fur les murs

* leurs poutres de telle forte que du dedans du mur elles paflbient jufqu'au dehors, ils rem-plifïoient de maçonnerie IO les effaces quifont entre chaque poutre pour fouftenir la corniche& le toicl: qu'ils embcllifloient de ce qu'il y a de plus délicat dans leur Arnaprés cela le boutdes poutres qui fortoit hors le mur, eftoit coupé à plomb , & parce que cela leur fembloit

g avoir mauvaife grace, ils cloiioient fur ces bouts de poutres coupez , de petits aïs taillez en

* la manière que nous voyons les 1 ' Triglyphes qu'ils couvroient de cire bleue', pour cacherces coupures qui offenioient la veue : & c'eft de cette couverture des bouts de poutresqu'eft venue la difpôfition des Triglyphes, des Opes, & des intervalles qui font entre les

* poutres dans les ouvrages Doriques. ir Quelques-uns enfuite en d'autres Edifices ontlaiifé fortir au deffus des Triglyphes les bouts des Forces & les ont repliez. De forte que

* comme la difpôfition des poutres a donné l'invention de celle des Triglyphes, r i lesfaillies des forces ont aulTi donné lieu à la difpôfition des Mutules qui fouftiennent les

* corniches ;& allez fouvent dans des ouvrages de pierre & de marbre ces Mutules I4 fonttaillez en penchant pour reprefenter la pente des Forces qui doivent eftre ainfi neceifaire-ment pour faire égoûter les eaux.

*-" les toits des Anciens eftant bas, & n'ayant pas une pentedroite comme les noftres , les Forces eitoient couchées enforte qu'appuyant prefque également fur le faiftage, & furl'entablement, & non pas fur des poutres ou tirans commeen nos toits, elles pouvoient fortir hors l'entablement, &defeendre, ainli que Vitruve dit ufcjue ad extremant fubegun.dationem fans eftre en danger de glifler enbas pour peu qu'el.les fulïènt attachées au faiftage -, & ainfi elles pouvoientfaire le mefme effet que les chevrons , & produire les Mu-tules dans l'Ordre Dorique , & les Modillons dans le Co-rinthien ; de mefme que les bouts des chevrons produifentles Denticulesdans l'Ordre Ionique. Faute d'avoir fait cettereflexion fur la différente difpôfition de nos toits, & de ceuxdes Anciens , quelques-uns ont prétendu qu'il falloir queCanthcrii panny les Anciens fuflènt les chevrons, & Tem-pla les lattes, 6V que Ajferes faflent des ais pofez entre les

D lattes & les tuyles. Mais il n'y a rien de fi clair que ajferesdoivent eftre les chevrons & non pas les lattes , puif-queles lattes que les Anciens appelloient ambriecs choientpofées entre les membrures qu'ils appelloient ajferes , & lestuyles. Feftus Pompeius définit ainfi les lattes j Ambricesfttnt re<ru\& eju& tranfverft ajferibtts & tegults interponuntur.Que fi l'on trouve qu'en quelques endroits de cette tradu-ction, il foit dit que les Mutules & les Modillons reprefen-tent les boutsdes chevrons, il faut entendre que cela eft ditconformément à l'idée que l'on a de nos toits, dans lefquelsles chevrons feuls font capables de fortir de l'entablement.Pour ce qui eft de l'obje&ion qu'on peut faire, fçavoirque les Modillons font trop prés à prés pour reprefenter lesforces qui font beaucoup plus loin à loin que les chevrons;la réponfe eft quil ne s'agit pas de cette proportion , maisd'attribuer aux parties, qui comme les Modillons & les Den-

£ ticules font des faillies dans les corniches, les pieces de boisqui peuvent faire ces faillies en defeendant de la couver-ture. Or n'y ayant que les forces & les chevrons qui puif-fent faire ces fortes de faillies, il cft certain que les forcescomparées aux chevrons,ne peuvent reprefenter autre cho-fe que les Modillons -, & que les Denticules par la mefmeraifon doivent eftre pris pour les bouts des chevrons. Carpour ce qui eft du peu de rapport qu'il y a entre la frequencedes Modillons & la rareté des Forces , le mefme inconve-nient fe trouveroit aux Triglyphes , qui nelaiffent pas dereprefenter le bout des poutres , quoyquils foient bienplus prés à prés que les poutres qui ne portent que fur lescolonnes, y ayant deux & quelquefois trois Triglyphes en-tre chaque colonne. De forte qu'il faut concevoir que les

Modillons qui font au droit des colonnes font les feuls quireprefentent les bouts des forces, &: que ceux qui font crutredeux y font ajoutiez pour la bienfeance de mefme que lesTriglyphes.

9. Les Chevrons. Ajferes font à ce que dit Bu jée, cequ'on appelle en François des Membrures qui font des pie-ces de bois refendues de la largeur du moins de quatre pou.ces,qui eft proprement le bois qui fert à faire les chevrons,-

10. L t S ESTACtS QUI SONT ENTRECHAQUE POU-

t r e. Ces efpaces qui iont appeliez intertignia , iont ap-peliez metopes un peu après.

il. Triglyphes. On a dit fur le deuxième chapitre dupremier Livre ce que c'eft que triglyphe,gc pourquoy il eftamti appelle.

ii. Quelques-uns ensuite. Vitruve entend parlericy des mutules, 8c je ne fçay pas pourquoy dans le chapitrefuivant il donne la defeription & les proportions de l'Or-dre Dorique, il ne parle point de ces mutules*

13. Les saillies dis forces, il y a dans le textecanteriorum projclluris , c'eft à dire les faillies des forces.Il eft difficile de comprendre , ainfi qu'il a efté dit, com-ment dahs noftre manière de baftir les Forces peuventavoir des faillies en dehors, parce que leur principal ufa-ge eftant de porter tonte la couvertute , il eft impofïïblequ'elles ayent la force qui leur eft neceflaire pour cela, fi el-les ne font fermement appuyées fur les poutres ou fur les

f)latteformes , ce qui ne fçauroit eftre fi elles ont des ful-ies en dehors. Rufconi a ajufté cela dans fa figure d'une fa.»çon fort étrange : car pour faire fortir le bourdes forces iil fait qu'il n'y a rien de fi foible que ces forces , n'eftantappuyées que fur de petits billots. Ainfi dans nos bafti-mens les chevrons font les feules pieces qui puillènt avoircette faillie , parce qu'il n'y a que ces fortes de pieces quife puiflent paner d'eftre appuyées par embas , les che-vrons eftant aflemblez par tenons Se mortaifes au deflusdu faiftage, & chevillez fur les pannes. Et il femble qu'ily auroit plus de raifon de dire que ce font les bouts de9chevrons qui reprefentent les modillons parce que leur nom-bre Se leur grandeur a bien plus de rapport avec les che-vrons qu'avec les forces , qui font des pieces de bois dontla groifeur n'a point de proportion avec les modillons ,mais toutes ces difficultez ne font fondées, ainfi qu'il a eftédit, que fur l'idée que nous avons de nos baftimens qui eftdifférente de celle des baftimens des Anciens.

14. Sont taillez en penchant, Il ne nous re-fte point d'exemples de cette manière de mutules penchaas

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