LIVRE IV. i 0>
A quelquefois il a la Frife Ionique ornée de Sculpture, & fa corniche avec des Denticules.De forte que de deux ordres on en a compofé un troifiémc qui n'a rien de propre que lechapiteau. La forme différente de ces colonnes a produit trois Ordres qui font appeliezDorique, Ionique & Corinthien : la Dorique qui eft la premiere & la plus ancienne de cescolonnes a efté inventée de cette forte.
Dorus fils d'Helenes & de la Nymphe Optique, Roy d'Achaïe & de tout le Peloponnefe,ayant autrefois fait baftir un Temple à Junon dans l'ancienne ville d'Argos , ce Templefe trouva par hazard eftre de cette manière que nous appelions Dorique : Enfuite dans tou-tes les autres villes de l'Achaïe on en fit de ce melme Ordre, n'y ayant encore aucune re-*gle 6 établie pour les proportions de l'Archite&ure. En ce temps-là les Athéniens aprèsavoir confulté l'Oracle d'Apollon à Delphes, par un commun accord de toute la Grèce,B envoyèrent en Afie treize Colonies, chacune ayant fon Capitaine, fous la conduite 7 gé-nérale dlon fils de Xuthus 6V de Creiife, qu'Apollon par fon Oracle rendu à Delphes avoitavoué pour fon fils. Ion eftant entré en Alie conquit toute la Carie, & y fonda treize gran-des villes, fçavoir Ephefe, Milete, Mynte, qui fut abifmée dans la mer & dont on trans-fera tous les droits aux Milefîens , Priene,Samos, Teos, Celophon, Chios, Erythrée,Phocée, Clazomone, Lebede & Melite : cette dernière fut ruinée par toutes les autres vil-les, qui fe liguèrent contr'elle & luy déclarèrent la guerre à caufe de l'arrogance de fes ha-bitans : quelque temps après la ville de Smyrne fut reçue en fa place entre les Ioniennes,par une grace particulière du Roy Attalus &c de la Reine Arfinoë. Ces treize villes ayantchaffé les Cariens & les Lelegues, appellerait le pais Ionie à caufe d'Ion leur Conducteur,& y battirent des Temples, dont le premier, qu'Us dédièrent à Apollon Panionius, fut faità la manière de ceux qu'ils avoient veus en Achaïe , & ils l'appellerent Dorique , parce^ qu'il y en avoit eu de pareils baftis dans les villes des Doriens. Mais comme ils ne fçavoientpas bien quelle proportion il falloit donner aux colonnes qu'ils vouloient mettre à ce Tem-ple, ils cherchèrent le moyen de les faire affez fortes pour fouflenir le faix de l'Edifice, ôc* de les rendre agréables à la veuë. Pour cela ils prirent la mefure du pie d'un homme 8 quieft la fixiéme partie de fa hauteur, fur laquelle mefure ils formèrent leur colonne, en fortequ'à proportion de cette mefure qu'ils donnèrent à la groffeur de la tige de la colonne, ilsla firent fix fois auffi haute en comprenant le chapiteau : &c ainfi la colonne Dorique futpremièrement mife dans les Edifices, ayant la proportion, la force &c la beauté du corpsde l'homme.
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A P. I.
rique que Vitruve dit convenir aux Triglyphes, font appa-ll remment ceux que J. Bapt. Alberti a décrites, que PyrrhoLigorio a trouvez a des fragmens antiques prés d'Albane,qu'on dit avoir efté premièrement mis en œuvre par Bra-mante , & que Vignole a donnez dans fon livre d'Archite-cture, comme eftant pris fut le modèle de plufieurs Ouvra-ges antiques fort approuvez. Les Mutules font un membrequarré mis au deflus de chaque Triglyphe qui foûtient lelarmier : Vitruuc dans la defeription qu'il donne de la Corni-che Dorique, n'en fait aucune mention, il met feulement audroit des Triglyphes, à la place des Mutules, trois rangs degouttes attachées fous le plat-fond du larmier: néanmoinsdans le chapitre qui fuit, de mefme qu'icy , il joint les Try -glyphes avec les Mutules. La vérité eft que les Cornichesoù il y a des Mutules ont plus de grace que les autres quifont trop petites, pour la grande Frife qu'a Tordre Dorique:car les Mutules augmentent beaucoup la faillie & la hauteurp de cette Corniche.
6. Des dinticuies. De mefme que le membre demoulure appelle Echine à caufe de la forme de châtaignequ'il a quand il eft taillé, ainfi qu'il a efté dit cy- devant,ne laifle pas d'eftre ainfi appelle dans le chapiteau Dorique,quoyqu'il ne foit point taillé. Il y a auffi apparence que lemembre quarré , qui d'ordinaire eft recoupé en l'ordre Io-nique , peut eftre appelle Denticulc , bien qu'il ne foit pasrecoupé , & on peut croire que Vitruve a entendu qu'il nefoit point taillé dans la corniche Corinthienne quand ellea des modillons, puifqu'il declare au chapitre qui fuit, qu'onn'a jamais veu dans les ouvrages des Grecs des Denticulesaudeflous des modillons, c'eft-à-dire des Denticules taillez.C'eft pourquoy quand il eft dit que la corniche Corinthien-
ne n'a rien de particulier, cela fê doit entendre de celle quieft fans modillons dans laquelle le membre quarré du Den-ticule eft coupé & taillé comme à la corniche Ionique , cequi a efté pratiqué excellemment au premier ordre du de-dans de la Cour du Louvre.
7. Etablie. Il y a au texte cum non effet fymmetriarumratio nata. Cette expreffion de Vitruve femble favorifer l'o-pinion de la plus grande partie des Architeftes, qui croyentque les proportions des membres de l'Architecture fontquelque chofe de naturel, telles que font les proportions cesgrandeurs , par exemple , des Aftres, à l'égard les unes desautres, ou des parties du corps humain. Pour moy j'ay tra-duit fuivant la penfée que j'ay que ces proportions ent cftçétablies par un confentement des Architectes, qui, ainfi queVitruve témoigne luy-mefme , ont imité les ouvrages lesuns des autres , & qui ont fuiyy les proportions que lespremiers avoient choifies , non point comme ayant unebeauté pofitive, neceflaire & convainquante, &r qui furpaf-faft la beauté des autres proportions, comme la beauté d undiamant furpafle celle d'un caillou ; mais feulement parceque ces proportions fe trouvoient en des ouvrages, quiayant d'ailleurs d'autres beautez pofitives & convaincantes,telles que font celles de la matière & de la jufteilc de l'exé-cution, ont fait approuver & aimer la beauté de ces propor-tions , bien qu'elle n'euft rien de pofitif. Cette raifon d'ai-mer les chofes par compagnie & par accouftumance fe ren-contre prefque dans toutes les chofes qui plaifeqt , bienqu'on ne le croye pas , faute d'y avoir fait reflexion.
8. Générale. J'ay traduit felon mon manuferit qui a.fummam imperii poteflatem, au lieu âefummam imperii par-tem qui fe lit dans tous les imprimez.
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