LIVRE III. 79
A mettre à couvert delà pluye un grand nombre de perfonnes. Cette difpofîtion& cette or- Cjiài». II.donnance des Pfeudodiptercs font connoiftre avec quelle iubtilité d'efpnt Hermogeneconduifoit fes ouvrages, qui méritent d'eitre coniidercz comme la fource où la poitenté apuilé les meilleurs préceptes de l'Architecture.
donne aux codez d'un Temple lorfqu'on le regarde par lesAngles. L'effet de cet afpect eft de faire paroiftre les Colon-nes fentes l'une contre l'autre , Se cette manière plaifoitgrandement aux Anciens , parmy lefquels on trouve beau-coup moins de Diaftyles & d'Euftyles que de Pycncftyles &de Syft^les -, n'y ayant que la feule commodité qui leur fiftrechercher les manières dégagées. Le gouft de noftre fiecle,
B
ou du moins de noftre nation , eft different de celuy des An-ciens , Se peut-eftre qu'en cela il tient un peu du Gothique:car nous aimons l'air le jour Se les dégagemens. Cela nousa fait inventer une fixiéme manière de difpofer ces Colon-nes , qui eft de les accoupler Se de les joindre deux à deux, &de mettre aufli l'efpace de deux entreco onnemens en un ; parexemple la Colonne B du Syftyle A B C D , eftant jointe àla Colonne A , on augmente l'eutrecolonne men tB C , pourfaire l'entrecolcnnement E F.
Cela a efté fait a l'imitation d'Hermogcne , qui dans l'Eu-ftyle élargit l'entrecolonnement du milieu, qui rendeit l'en-^ trée des Temples trop étroite ;^& pour dégager auffi le Di-ptere qui eftoit étouffé par la confuiîon de deux rangs de Co-lonnes fort ferrées , fit le Pfeudodiptere , mettant en uneles deux Ailes que ces deux rangs de Colonnes formoientavec le mur tout alentour des Temples. Mais ce qu'il ht enoftant un rang de Colonnes dans chaque Aile , nous le fai-fons dans chaque rang en oftant une Colonne du milieu dedeux autres Colonnes où elle eftoit , pour la ranger contreune de fes voilînes. Cette manière pourroit eftre appelleej'fctidefyft'jle% par analogie au pfeudodiptere d Hermogene,ou Areofyftyle àcaufe que de fes Colonnes les unes font élar-gies comme en l'Arxoftyle , les autres font feirées commedans le Syftyle. Plufieurs defapprouvent cette manière,com-me n'eftant point autorifée par les Anciens. Mais s'il eft per-mis d ajoufter quelque cholè aux inventions des Anciens àl'exemple des Anciens mefmes, qui, comme Hermogene,r-\ n'ont point efté blâmez pour avoir changé quelque choieen l'Architecture , Se pour n'avoir pas exactement fuivytous les exemples de ceux qui les avoient précédez -,on peutdire que cette nouvelle manière n'eft point àrejetter, puis-qu'elle a feule tous les avantages que les autres n'ont quefeparément : car outre la beauté de l'afpretéîk du ferrementde Colonnes que les Anciens aimoient tant, elle a le déga-gement que les Modernes recherchent, fans que la foliditéy manque : Car les Architraves que les Anciens ne faifoientque d'une pierre qui porteit d'une Colonne à 1 autre , n'é-toient pas fi bien affermis, ne pofant que fur la moitié dela Colonne, que lorfqu'ils portent fur toute la Colonne ; Seles Poutres eftant doublées de mefme que les Colonnes, ellesont beaucoup de force pour fouftenir les Planchers.
Cette manière a efté pratiquée avec beaucoup de magni-ficence aux deux grands Portiques qui lont à la face du Lou-£ vre, où les Colonnes qui ont plus de trois piez Se demy deDiamètre font jointes deux à deux , &c ont leurs entrecoion-nemens de onze piez , eftant diftantes d'autant de leurs Pi-laftres qui font au mur. Cela a efté fait ainfi pour garder lafymmetrie en donnant un efpace égal à tous les entrecolon-nemens dans le refte de l'Edifice , qui n'a que des Pillaftresun à un, mais qui n'ont pu eftre plus proches que de onzepiez, à caufe de la largeur des Croifées, qui font ornées deChambranles ,de Confoles Se de Frontons qui demandoientcette diftance entre les Pillaftres , &e ces grandes diftancesdans les Portiques n'auroient pas efté fupportables fi les Co-lonnes n'avoient efté doublées.
Monfieur Blondel dans fes doctes Leçons d'Architecture,defquellcs il a compofé un Cours , employe trois chapitre*
entiers, qui font le 10 le n & le u, du premier Livre de Httroifiéme Partie , pour faire voir que l'ufage univerfel reçuaujourd huy de doubler les Colonnes , eft une licence qui nedoit point eftre fouftèrte : & comme perfonne que je fçachen'avoit cherché les raifons qui peuvent eftablir cette nou-velle pratique , il s eftend principalement fur la refutationde celles que je viens de rapporter. La chofe me femble af-fez importante pour mériter d eftre examinée , Se je croyqu on ne trouvera pas hors de propos que j'ajoufte à cettenotte ce que j'ay à répondre à la refutation qui en a ellefaite.
La principale objection fur laquelle on appuyé le plus,eftidée fur un préjugé Se fur la fauilè fuppofition qu il n'eft
fondée
pas permis de fe départir des ufages des Anciens ; que toutce qui n'imite pas leurs manières doit palier pour bizarre &pour capricieux , & que fi cette Loy n'eft inviolablementgardée , on ouvre la porte à une licence qui met le dérègle-ment dans tous les Arts. Mais comme cette raifon prouvetrop , elle ne doit rien prouver : car il y a beaucoup plusd inconvient à fermer la porte aux belles inventions, qu'àl'ouvrir a celles qui eftant ridicules fe doivent détruire d'eUles-mefmes. Si cette Loy avoit eu lieu , l'Architecture neferoit jamais parvenue au point ou l'ont mifes les inven-tions des Anciens , qui ont efté nouvelles en leur temps ; Seil ne faudreit point chercher de nouveaux moyens pour ac-quérir les connoillànces qui nous manquent , Se que nous,acquérons tous les jours dans l'Agriculture , dans la Navi-gation , dans la Médecine,& dans les autres Arts, à la per-fection defquels les Anciens ont travaillé, & à laquelle ilsn'ont jamais prétendu d'eftre parvenus : du moins il ne fetrouve point qu'aucun d'eux ait jamais prononcé d'Anathe-me contre ceux qui vouiroient ofter ou ajoufter quelquechofe aux règles que 1 on fe figure nous avoir efté preferi-tes par ces grands Perfonnages qui dans toutes les appa-rences auroient efté auffi furpris s'ils avoient prevû la ma-nière dont la pofterité les a honorez, que Jupiter Se Saturnel'auroient pu eftre fi lorfcpùls vivoient dans Crete, Se dansl'Italie , on leur euft prédit qu'on devoit un jour leur éleverdes Autels. C'eft dans cet cfprit d'adoration pour tout ce quivient des Anciens, qu'on dit que les Inventeurs de la nou-velle manière de placer les Colonnes , n'eftant point desHermogenes , ils n'ont point eu droit de l'entreprendre jcomme fi ce n'eftoit pas eftre Hermogene que d'inventerquelque chofe de bon dans l'Architecture, Se que ce fuft unechofe fi difficile que d'eftre Hermogene en ce fens , puisqu'Hermogcne, tout Hermogene qu il eft, a inventé des cho-ies qui n'ont point efté approuvées dans la fuite ; ainfi qu'ilparoift par les changemens introduits depuis luy , nonob-ftant l'autorité qu'on veut attribuer à fon nom , Se quin'eft deué qu'au mérite, Se a l'excellence des inventions.
C'eft pourquoy fans examiner les autres objections quine font faites au fujet d'Hermogcne , comme de dire qu'iln'eft pas vray qu'on ait imité Hermogene , puis qu'il a oftéabfolument une Colonne dans le Pfeudodiptere , laquellen'eft que fimplement déplacée dans le Pfeudofyftyle, Se nevouloir pas comprendre que s'agiffant feulement de fairevoir qu'Hermogene a pris une licence , il n'eft point ne-cellaire pour l'imiter de prendre la mefme licence , maisqu'il fuftrt d'en prendre une pareille , Se a plus forte raifonune moindre, comme on a fait, puilque déplacer fimple-ment une Colonne eft quelque chofe de moins c]ue de l'oflefabfolument $ je me redi.is a examiner les autres objectionsfaites contre ce que j'ay avancé pour prouver que ce n'eftpoint fan;, raifon , Se par caprice que cette nouveauté a eftéintroduite.
On dit qu'il n'eft point vray que le Pfeujofyftyle ait ledégagement que je pretens, pulfque les Colonnes coupléesrendent leur entrecolonnement encore plus eftroit que le plusétroit des Anciens qui eft le Pycnoftyle,comme s'il eftoit ne-ccflaire que le dégagement fut par tout , & fi l'on pouvoicdire que l'élargiilèment que les derniers des Anciens ont