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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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LIVRE IL 4;

A tier , » parce que la Chaux quittera le Sable, & les Murailles feront aum* bien-toit ruinées. Cha. VIII.Cela eft arrivé autour de Rome àplulîeurs anciens baftimens dont les Murailles font faitesde marbre &; d'autres grandes pierres quarrées garnies &: fourrées de remplages par de-dans , qui tombent en ruine par la diflolution de leurs joints ; à caufe que la force dumortier dont elles font faites, s'eft diffipée & évanouie au travers des pores que le temps aélargis dans ces pierres en les fechant. Pour obvier à ces inconveniens il faut laiiTer un vui-

* de entre les 6 paremens j emplir le dedans ou de pierres rouges quarrées , ou de tui-leaux, ou de cailloux communs ; donner aux Murailles deux pieds d'épaiffeur, & joindreles paremens avec du fer & du plomb ": car ainii pourveu que l'ouvrage ne foit pas fait tout-à-. la-fois, mais par reprifes, il durera éternellement : parce que les lits des pierres & les jointsfe rapportant également &c eftant liez, empefeheront que le Mur ne s'arîailfe ; & les pare-mens aufïi qui feront bien liez l'un à l'autre ne pourront eftre ébranlez.

Il y a encore une efpeçe de Maçonnerie qui ne doit pas eftre méprifée, & dont les Grecs

* fe fervent lorfqu'ils ne baftiifent pas 7 de pierres de taille cuiïeufement polies, & que

* n'employant point des * pierres equarries, ils mettent leulement 9 des rangées de cailloux ou Ordinari*.de pierres dures, enforte que les pierres (ont pofées alternativement les unes fur les autrescomme des Briques ; car cela donne une force aux murailles pour durer à jamais. Ils font

* cela en deux manières, l'une eft appellee Ifodomum quand I0 les affifes font d'égale épailleur, ^gltfiruaZl'autre Pfeudifodomum quand elles font inégales. re.

La grande folidité qui eft en ces deux manières vient de ce que les pierres eftant com-

mais principalement par la precaution qu'on apporte delaitier un demi pouce de velu aux pierres, qu'on retaille enr^ ravalant, & par ce moyen on évite les écornemens qui fefont ordinairement aux carnes des pierres en les taillant Seen les pofant.

5. Parce que la chaux quitte leSable. Lesparties du mortier ne fauroient eftre attachées entemble, nyle mortier faire liaifon avec les pierres , s'il ne demeurelong-temps humide : Car lorfqu'il fe feche trop toft , laChaux quitte le Sable, ainfi qu'il eft dit, c'eft-à-dire que cesdeux fubftances eftant feparées l'une de l'autre par l'inter-

Î>ofition de l'air que la fecherellè introduit, les parties vol a ti-es qui forçant du Sable devroier.t palier dans ta Chaux pourluy rendre fa dureté, ne la pénètrent point, mais fe perdentdans l'air. Or cela n'arrive point lorlque le mortier ell hu-mide -, car par le moyen de l'humidité, la Chaux Se le Sablefont immédiatement joints l'un à l'autre, Se les parties vo-latiles du Sable eftant long-temps retenues par l'humidité,ta ont le loifir de pénétrer la Chaux. Celt ce qui fait que l'onmet moins de Chaux dans le mortier dont on maçonne lesfondemens Se les murs qui font fous terre , que dans ceuxqui font à l'air -, parce que dans les derniers il faut rendre laChaux aflez forte par fa quantité, pour tirer promptementSe fuffifamment la fubftance volatile du Sable , pendant lepeu de temps que le mortier demeure humide ; Se qu'il n'eft

f>as befoin d'une fi grande force de Chaux au mortier qui eftong-temps àfecher : parce que cette force , quoique moin-dre , agiflânt pendant un long-temps , fait le rrelme effetqu'une plus grande qui n'agit que pendant peu de temps.6. Les paremens. Je traduis paremens, le mot orthoftauqui fignifie à la lettre les chofts qui font drefsées Se élevées àplomb : car quoique proprement ce mot fignifie des Etaye ,Poteaux , Chaînes , Piédroits , Pillaflres , Eperons r-r larnbesdeforces ; il y a néanmoins lieu de croire que Vitruve s'en£ eft fervy pour fignitîer le parement de la muraille , parcequ'il eft toujours fait de pierres qir s'élèvent également droitles unes fur les autres, & que nous appelions drefsées a laRgle, ce qui ne fe rencontre pas aux pierres qui font la gar-niture du dedans de la muraille , lefquelles ne feroient pasune ftn £ture fort droite, fi on avoir ofté les pierres qui fontles paremens. Tous les Traducteurs qui ont interprété Or.thofiata par les mots de ïambe de force eu d'Eperons , n ontpas, ce me femble, fi bien expliqué cet endroit qui eft fortobfcur. Tout ce qu'on peut objecter à l'explication que jedonne de cette ftructure , eft qu'il femble qu'elle a un grandrapporr avec telle qui eft appellee Cn-p letton. Mais elle eneft en efr. c différente en ce que i' Empletlon eft tout fait depierres brutes, & la ftru&ure dont il s'agit, eft en partie depierres taillées, equarries Se jointes enfemble'avcc du fer

Se du plomb , & en partie de pierres brutes Se jettées à l'a»vanture. j'en ay fait un genre particulier de maçonnerie quej'appelle Revintlum , à caufe qu il eft dit qu'en cette fortede ftruéture, cum anfîs ferreis & plumbo frntes vinbla funt:On la pourroit néanmoins ranger fous le genre d' Irfertwn ,à caufe de la liaifon qu'elle a par le moyen des crampons defer , de mefme que les autres liaifons fe font par le moyendes pierres engagées Se entrelacées les unes avec les au-

tres.

7. De pierres de taille. Je n'ay pu eftre de l'a-vis des Trao.rcteurs Italiens qui interprètent molle ctmen-tum du moilon tendre molle e tenero : Car quoyqu'il s agifïêde cailloux & de pierres dures dans certe ftiuûure des Grecs,il cft évident que cette dureté n'eft pas ce qui fait l'eflènceôcla difference de cette ftructiue , c'eft feulement que les pier-res r.e foient pas quarrées Se polies, comme dans le ùeticu-Utum Se dans {''Infirmai, qui pour avoir la figure qui leureft neceflaire, doivent eftre faits avec le c Amentum molle,c'eft-à-dire avec une pierre qui ne foit pas incapable de lataille cV du poly , comme font les cailloux ', mais qui ne doitpas aufïi eftre molle Se tendre , parce que de ces fortes deftrutvtures , principalement de celle qui eft appellee ln-fertum , tous les meilleurs & les plus folides baftimens fontfaits.

8. De pierres e q_u a r r 1 e s. Il paroift que cette efpe-çe de ftruûure des Grecs qui eft différente d une autre ftructure des Grecs, dont il eft parlé dans la fuite, confiftoit endeux chofes ; l'une eft qu'elle eftoit faite de pierres non tail-lées , l'autre que les pierres eftoient feulement d'une mefmeépaiflêut tout le long d'une aflife : car qutdratus lafis dontil eft dit que ces murailles n'eftoient point faites , eft lapierre qu'on employoit dans le Reticulatum Se dans Y Infer-turn , qui eftoit non feulement d'une me fine hauteurdans tou-tes les affifes, mais dont la longueur eftoit atffi toujours pa-reille ; Se par confequentles pierres de cette efpece de ftru-cture des Grecs pouvoient eftre inégales dans leur longueur.

9. Des r a n g e'es. J'interprète ainfi la ftruéeure qui eftappellee Ordinaria, parce qu'elle confide feulement à mettreles pierres qui font d'une mefme épaiffeur felon des ordresou ranpées qu'on appelle affifes ou lits. Cette ftruét ire, fe-lon Pnilander, eft moyenne entre celle qui fe fait de pierrestaillées Se de celles qui font mifes fans ordre-, parce que lespierres y font mifes par affifes, les joints des lits faifant deslignes droites & parallèles.

10. Les assises. Ce que Vitiuve appelle icy Coria,n'eft autre chofe que les Ordres, les Rangées Se les affifes.Autre-part Coria fignifie les Couches de mortier qu'on mecou entre les affifes, ou les unes fur les autres aux planchers,ou aux enduits.

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