LIVRE IL 31
A on baftit en cette manière. Après avoir couché des arbres 1 tout de leur long fur terre à Chap. I.droit & à gauche, laiilant autant d'efpace entre d'eux, que les arbres font longs, ils pofentfur leurs extremitez d'autres arbres entravers ; de manière qu'ils enferment tout l'efpace* deftiné pour l'habitation : enfuite ils pofent des quatre coftez d'autres arbres » qui por-vtent les uns fur les autres au droit des coins, & ainfi les mettant à plomb de ceux d'embas,ils élèvent les murailles de leurs tours, les intervalles d'entre les arbres qui répondent à leureipaifîeur eftant remplis avec des échalas &c de la terre graffe. Pour faire le toi£t ils accour-
* ciiîent les arbres vers les coins, & les retirent infeniiblement & *■ par degrez des quatre
* collez vers le milieu en pyramide ; ce qui fait ' un toicl: en croupe d'une manière rufti-que & à leur mode.
Les Phrygiens qui habitent en des campagnes où il n'y a point de forefts qui leur four-B niffent du bois pour baftir, creufcnt de petits tertres naturellement élevez où ils font deschemins creux pour entrer dans l'efpace qu'ils ont vuidé, & qu'ils font aufli grand que lelieu le permet j furies bords de ce creux ils mettent pluïieurs perches liées par le haut enpointe, qu'ils couvrent avec des cannes & du chaume •■, & fur cela ils amafîent de la terre enmonceaux, rendant leurs habitations chaudes en Hy ver, & fraiches en Efté.
En d'autres pais on couvre les cabanes avec des herbes prifes dans les Eftangs , & ainfîen differens lieux on baftit diverfement. A Marfeille au lieu de tuile les maifons font cou-vertes de terre graffe paiftrie avec de la paille : A Athènes on monftre encore comme unechofe curieufe pour fon antiquité les toi&s de l'Aréopage faits de terre graffe j & dans leTemple du Capitole, la cabane de Romulus couverte de chaume, fait voir cette anciennemanière de baitir. Toutes ces obfervations font alfez juger quels eftoient les baftimens desC Anciens : Mais comme de jour en jour à force de travailler aux Baftimens les mains fe fontrendues plus habiles, & les efprits font devenus auffi plus éclairez par l'exercice, ceux quife font addonnez à ces chofes, en ont fait une profeftion particulière, & de là comme leshommes n'excellent pas feulement dans la fubtilité des fens qui leur font communs avec lesanimaux, mais principalement dans celle de l'efprit qui les rend maiftres de tout, il eft arri-vé que l'induftrie qu'ils fe font acquife parla neceïlîté de baftir, a fervy comme de deo-ré
dent par perpetuis, durables , les autres tntltrs 8c non é-quarris, les autres rangez.. Les uns par plants entendentcoucher , les antres applanis ; in terra pofitis lignifie felonles uns fichez. , felon les autres couchez,tn terre, & )u^urnen.tare, qui eft faire qu'une chofe pofe en travers fur deux au-tres , de mefme qu'un joug eft fur deux Bœufs, n'eft pas t n-r\ tendu par tous les Interprètes d'une mefme manière.
La faute que je foupçonne dans le texte , confide en latranfpofition du poind que tous les exemplaires ont aprèscollocantur , qui eftant mis devant, rendra ce qui manqueà la conftruction du difeours.
i.Toutde l e u b. l o N g. Le mot de perpetuus fignifieune chofe qui a une étendue' continuée ou loin ou long-temps d'une mefme manière, enforte qu'icy des arbres per.petuels t font des arbres qui continuent & s'étendent par unlongefp.-xe. Vitruve appelle ainfi perpétuant Bafîlicam aupremier chapitre du 5. liv. l'endroit de la Bafilique qui efttout droit & étendu en longueur -, & au 8. chap, de ce livre,il appelle perpetu %m lapidum crcflimdinem les pierres quivont d'un parement du Mur à l'autre avec une mefme grof-feur. Cefar dit aufli trabes pcrpetuxs , dans la descriptionqu'il fait des Murs des Villes des Caulois, pour fignifier desPoutres qui vont d'un parement à l'autre.
lervy i
J. Qu I PORTENT LES UNS SUR tES AUTRES AU
droit des coins. Je traduits ainù jugumentdre anguhs;car ]ugumentare eft mis pour \ugare qui fignifie mettre uneperche en travers qui pofe des deux bouts fur deux pieux,ainfi qtfc'les anciens en mettoient à leurs vignes. Ils appel-aient avffijttgumenta les linteaux des portes & des feneftrespar la mefme raifon.
4. P a r DiGRtz. La manière d'arranger des pieces debois comme pour faire un bûcher , convient fort bien auxtoicts , les pofant alternativement les uns fur les autres, &les tirant en dedans à mefure qu'on les accourcit pour leurfaire avoir la forme de degrez, mais cette manière ne fçau-roit eftre fi propre pour les Murs : parce qu'on n'y peutfaire de portes ni de feneftres commodément, à caufé dela fituation des pieces de bois qui font en travers. Celam'avoit obligé dans la premiere Edition de donner une au-tre difpofition à ces arbres. Mais par ce qu'il falloit pourcela un peu trop forcer le texte de Vitruve , j'ay cru quel'explication que je luy donne icy feroit meilleure Se plusnaturelle.
5. Un toict in cRotfpE. Il y a deux fortes detoi6bs, l'un eft appelle Difpluviatum , lorfepe le Faiftageallant d'un pignon à l'autre , l'eau eft jettée à droit & àgauche. L'autre eft Tefludinatvm , par le moyenduquel l'eau tombe des quatre coftez. Sextus Pom-peius apelle teBa tefludinataceux qui font in qua-tuor par.es devexa qu'il oppofe à ceux qu'il apellepettinata , qui font les difpluv ; ata de Vitruve. Ilsfont apellez petlinata peut-eftre , parce que leschevrons qui defeendent du faiftage fur l'entable-ment , ont la forme d'un peigne. Ce qui pourroitfaire croire que noftre mot de pignon viendroit dupeftinatum tettutn des Latins parce qu'il foûtientces efpeces de pegines. Le Difpluviatum eft marquéABC DE, ABC eft le Pignon, AC DE font leschevrons qui reprefentent ce Peigne. F GH eft leTeftudinatum que nous apellons toict en croupe.