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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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V I T R U V E

Chap. I. & partages des places de toutes leurs maifons. Maintenant cjuoy que dans l'ordre naturel Ade l'Architecture je dûiTe écrire delaconftru£tion des Temples & des Edifices publics &particuliers, comme aufh des proportions qui doivent y eftre gardées ; je n'ay pourtant paseftimé le devoir faire que je neufle premièrement traité des Matériaux, de leurs principes& de leurs qualitez, & mefme avant que d'expliquer ces premiers principes concernant lesmatériaux, j'ay trouvé à-propos de parler des diverfes manières de baftir, de leur origine& de leur accroiiTement, &c de rechercher dans l'Antiquité ceux qui les premiers ont réduitces préceptes & laifîe à la Pofterité les principes de cet Art, qui eft ce que je tafcheray d'ex-pliquer fuivant ce que j'en ay appris des anciens Auteurs.

CHAPITRE I.

B

De U manière dt nji'vre des premiers hommes j Ç$ quels ont eflé les commcncemens& le progrés de leur Société Ç$ de leurs Baflimens.

Anciennement les hommes naiiïbient dans les bois & dans les cavernes commeles beftes, & n'avoient comme elles qu'une nourriture fauvage : Mais eftant arrivépar hazard qu'un vent impétueux vint à pouffer avec violence des arbres qui eftoient fer-rez les uns contre les autres, ils fe choquèrent fi rudement, que le feu s'y prit. La flammeétonna d'abord &c fit fuir ceux qui eftoient auprès ; mais s'eftant rafTurez,& ayant éprou- en s'approchant que la chaleur tempérée du feu eftoit une chofe commode, ils entretin-rent ce feu avec d'autre bois , y amenèrent d'autres hommes, & par fignes leur firent en-tendre combien le feu eftoit utile. Les hommes eftant ainfi afTemblez, comme ils pouf- Cfoient de difrerens fons de leurs bouches , ils formèrent par hazard des paroles, &enfuite employant fouvent ces mefmes fons à fîgnifier certaines chofes, ils commencèrentà parler enfemble. Ainfi le feu donna occafion aux hommesdes'afTembler, de faire fo-cieté les uns avec les autres & d'habiter en un mefme lieu ; ayant pour cela des difpofitionsparticulières que la Nature n'a point donné aux autres animaux, comme de marcher droits& levez, d'eftre capables de connoiftre ce qu'il y a de beau &: de magnifique dans l'Uni-vers , & de pouvoir faire à l'aide de leurs mains & de leurs doits toutes chofes avec une2i*ande facilité. Ils commencèrent donc les uns à fe faire deshutes avec desfueilles, lesautres à creufer des loges dans les montagnes t d'autres imitant l'induftrie des Hirondellesfaifoient avec de petites branches d'arbres & de la terre grafTe des lieux ils fe pûffentmettre à couvert : Et chacun confîderant l'ouvrage de fon voifin, & perfectionnant fes Dpropres inventions par les remarques qu'il faifoitlur celles d'autruy, il fe faifoit de jouren jour un grand progrés dans la bonne manière de baftir des cabannes: car les hommesdont le naturel eft docile & porté à l'imitation, fe glorifiant de leurs inventions, fe com-muniquoient tous les jours ce qu'ils avoient trouvé pour bien reiiifir dans les Baftimens, Seainfi exerçant leur efprit, ils formoient leur jugement dans la recherche de tout ce quipeut contribuer à ce defTein.

L'Ordre qu'ils fuivirent au commencement fut de planter des fourches y entrelaçantdes branches d'arbres & les rempliflant & enduifant de terre grafTe pour faire les murailles;ils en baftirent auffi avec des morceaux de terre grafTe deffeichée, fur lefquels pofant despieces de bois en travers, ils couvrirent le tout de cannes & de fueilles d'arbres pour fe dé-fendre du Soleilmauvais temps de l'Hy\grafTe pour faire écouler les eaux.

Or que les premiers Baftimens ayent efté faits en cette manière , il eft aifé de le jugerpar ceux que nous voyons encore aujourd'huy parmy les étrangers, qui font baftisdeces mefmes matériaux, comme en la Gaule , en Efpagne, en Portugal, &: en Aquitaine, les maifons font couvertes de chaume ou de Bardeau fait de chelhe fendu en manièrede tuiles. Au ' Royaume de Pont en la Colchide il fe trouve grande quantité de bois, *

i. Au royaume de Pont. La defeription de cette font dans le texte. Pour ce qui eft des termes, les auteurs in-eonftîuttion de Cabanes eft allez difficile à entendre , tant terpretent diverfement les mots d'Arboribus vtrtttuii , deà caufe de l'obfcurité des termes, qu'à caufe des fautes qui planis , de in term pofîtis, de \ugnmentantci. Les uns enten-

& de la pluye : Mais parce que ces couvertures ne fuffifoient pas contre le ple l'Hyver, ils élevèrent des combles en penchant, les enduifant de terre

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