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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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L I V R E I. . 5

1 A Architectes qui ont elîayé de parvenir à la perfection de leur art par le feul exercice de la C h à p. I<main, ne s'y font gueres avancez, quelque grand qu'ait efté leur travail, non plus queceux qui ont cru que la feule connoiffance des lettres & le feule raifonnement les y pou-voir conduire ; car ils n'en ont jamais vu que l'ombre : mais ceux qui ont joint la Pratiqueà la Théorie , ont efté les feuls qui ont reiiiTi dans leur entreprife, comme s'eftant munisde tout ce qui eft neceffaire pour en venir à bout.

* Dans l'Architecture comme en toute autre fcience 4 on remarque deux chofes ; cellequi eft lignifiée, & celle qui fignifie : La chofe ilgnifice eft celle dont l'on traite, & cellequi fignifie eft la demonftration que l'on en donne par le raifonnement fouftenu de lafcience. C'eft pourquoy il eft neceffaire que l'Architecte connoiife l'une & l'autre parfaite-ment. Ainfi il faut qu'il foit ingénieux Se laborieux tout enfemble ; car l'efprit fans le

* B travail, ny le travail fans l'efprit, ne rendirent jamais aucun ouvrier parfait, s U doit doncIçavoir écrire Se defïmer, eftre inftruit dans la Géométrie, Se n'eftre pas ignorant de l'Op-tique , avoir appris l'Arithmétique, Se fçavoir beaucoup de l'Hiftoire, avoir bien étudiéla Philofophie, avoir connoiffance de la Mufique, Se quelque teinture de la Médecine, dela Jurifprudence Se de l'Aftrologie.

La raifon eft que pour ne rien oublier de ce qu'il a à faire, il en doit dreffer devonsmémoires, Se pour cet effet fçavoir bien écrire. Il doit fçavoir defïiner, afin qu'il puiffeavec plus de facilité, fur les deffeins qu'il aura tracez, exécuter tous les ouvrages qu'il pro-jette. La Géométrie luy eft aufïi d'un grand fecours, particulièrement pour luy apprendreà fe bien fervir de la Règle & du Compas, & pour prendre les alignemens Se dreffer toutes

* chofes à l'Equerre & au Niveau. é L'Optique luy fert à fçavoir prendre les jours Se faire lesC ouvertures à propos felon la difpofîtion du Ciel. L'Arithmétique eft pour le calcul de la-

* penfe des ouvrages qu'il entreprend, Se pour régler les mefures Se les proportions 7 qui fetrouvent quelquefois mieux par le calcul, que par la Géométrie. L'Hiftoire luy fournit lamatière de la pîufpart des ornemens d'Architecture, dont il doit fçavoir rendre raifon. Par

*** exemple 11 fous 8 les Mutules, Se les 9 Corniches au lieu de Colonnes il met 10 des Statues demarbre en forme de femmes honneftement veftuës que l'on appelle Cariatides ; il pourra

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4. On remarque deux choses. Je croy que Vitruveentend par la chofe fignifiée celle qui eft coniiderée abfolu-ment Se (implement telle qu'elle paroift eftre,& par la chofequi fignifie, celle qui fait que l'on connoift la nature inter-ne d'une chofe par fes propres caufes. Amfi dans l'Archi-tecture un Edifice qui paroift bien bafty eft la chofe fignifiée ;

T) & les raifons qui font que cet Edifice eft bien bafti, font lachofe qui fignifie , c'eft à dire qui fait connoiftre quel eft lemérite de l'ouvrage.

5. Il doit sçavoir écrire. Je n'ay pas cru devoir tra-duire à la lettre le mot de Ltteratus, qui lignifie proprementceluy qui eft pourveu d'une erudition non commune & quifçait du moins la Grammaire en perfection : Vitruve s'ex-plique alfez deftùs, quand il réduit toute cette literature del'Architecte à eftre capable de faire fes devis & fes mémoires ;&c quand il explique dans la fuite literatus par/«V* Utterasqui fignifie fçavoir écrire ; & c'eft en ce fens que Néron ditune fois, lorfqu'au commencement de fon Empire on luy fitfigner une fentence demort, vellem nefeire Utteras.

6. L'orriQUE luy sert. L'optique a des ufages bien

Ïilus importans felon les Architectes modernes, Se mefmeelon Vitruve, que défaire faire les ouvertures à propos£ pour donner le jour. Vitruve au fécond & au troifiéme cha*pitre du troifiéme livre , Se au fécond chapitre du fixiéme,employe cette fcience à régler les changemens qu'il ditdevoir eftre faits des proportions des membres de l'Archi-tecture fuivant les difFerens afpects ; fur qnoy je me fuisexpliqué allez au long dans mes nottes fur ces endroits tou-chant l'opinion particulière que j'ay fur ce changement desproportions ; & j'en ay mefme fait un grand Chapitre dansmon traité de l'Ordonnance des cinq efpeces de colonnes.

7. Qui se trouve qjj elqji efois mieux par.ie calcul. La divifion qui fe fait par le calcul Se qui s'ex-plique par les chifres , eft bien meilleure Se plus feure quecelle qui fe fait par le compas , tant pour les distributionsde toutes les parties d'un baftiment,lorfqu'on en veut fairele delïèin, que pour la donner à exécuter aux ouvriers.

8. Les Mutules. J'ay interprété , Mutulos , par lemot de Mutules Se non de Méditions qui eft Italien & quifignifie la mefme chofe ; quoy qu'on les diftingue, & que lesMutules foient pour l'ordre Dorique feulement, de mefmeque les Triglyphes , ainfi qu'il eft enfeigné au i. chap, du 4.livre , Se que les Modillons foient un mot mis en ufagepar les modernes pour les Mutules des autres ordres. LesMutules marquez A A, & les Modillons marquez HH, dansla figure pour l'ordre Corinthien à la page 4. Ion ten generaldes pieces faillantes qui fouftiennent la Corniche, & que l'ondit reprefenter le bout des Chevrons coupez Se mutilez , ainfiqu'il lera expliqué cy-aprésau 4.livre.AA. Les Corbeaux, ou Mutules de l'ordre Dorique.B. Ce membee de moulure en la partie fuperieure de la Cor-niche de l'ordre Dorique, de mefme que le membre I, en lapartie fuperieure du Corinthien, eft généralement apelléSimaife Se Sirna par Vitruve. Il eft particulièrement apelléCavetpnïles Ouvriers, Se Cjmaife Dorique par Vitruve.

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