4 VITRUVE
Chap. 3* apprendre à ceux qui ignorent pourcmoy cela fe fait ainfi, que les habitans de Carie qui Âeit une ville de Peloponefe, fe joignirent autrefois avec les Perfes qui faifoient la guerreaux autres peuples de la Grèce, &: que les Grecs ayant par leurs vi&oires glor-ieufement misfin a. cette guerre > la déclarèrent enfuite aux Cariâtes ; Que leur ville ayant efté prife &ruinée, & tous les hommes mis au fil de l'épée, les femmes furent emmenées captives, &c•que pour les traiter avec plus d'ignominie , on ne permit pas aux Dames de qualité de quit-ter leurs robes accoutumées , ny aucun de leurs ornemens , afin que non feulementelles fuffent une fois menées en triomphe , mais qu'elles euffent la honte de s'y voiren quelque façon mener toute leur vie , paroiffant toujours au mefme état qu'elleseiloient le jour du triomphe , tk qu'ainfl elles portaffent la peine que leur ville avoitméritée. Or pour laiffer un exemple éternel de la punition que l'on avoit fait fouffriraux Cariâtes > & pour apprendre à la pofterité quel avoit efté leur châtiment , les r»Architectes de ce temps-là mirent au lieu de Colonnes , ces fortes de Statues auxEdifices publics.
Les Lacedemoniens firent la mefme chofe lorfque fous la conduite de Paufanias fils deCleombrote ils eurent défait avec peu de gens une puiffante armée de Perfes à la bataillede iJatée : car après avoir mené avec pompe leurs captifs en triomphe, ils baftirent dubutin &c des dépouilles des ennemis , une Gallerie qu'ils appellerent Perfique , dans laquelledes Statues en forme de Perfes captifs avec leurs veftemens ordinaires foûtenoient la voû-te , afin de punir cette nation par un opprobre que fon orgueil avoit mérité j & laiffer à lapolterité un monument de la vertu & des victoires des Lacedemoniens > rendant ainfi leurvaleur redoutable à leurs ennemis,& excitant le peuple à la défenfe de la liberté par l'exem-ple de leurs concitoyens. Depuis à l'imitation des Lacedemoniens plufieurs Archite&es r
CC. Ce membre tout feul eft apellé Talon , eftant joint KD. Le membre qui eft entre ces deux lettres eft apellé Den-
avec \e filet D. il eft apellé Cymaife , & Cymation par Vi-truve.
DD. Filet, Orlet^ou Petit quarrê , apellé Supercilium parVitruve.
E. Plattebande en general , elle eft en cet endroit dans laFrife dorique , apellée par Vitruvele chapiteau du Tri-glyphe.
G. Mouchette ou Larmier , apellé quelquefois Corona parVitruve , quoy que le plus fouvent Corona fignifie toutela Corniche, qui pour une plus grande distinction eft nom-mée Coronix.
HH. Les Modillons de l'Ordre Corinthien , qui ont eftéinventez depuis Vitruve à l'imitation des Mutules del'Ordre Dorique.
I. Doucine, ou grande Simaife.
L. £yuart de rond , Echine, ou Ove % apellé Echinus parVitruve.
N. ^firagale chapelet ou baguette.
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Corniche.
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Tiife.
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Architra-ve.
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ticule , parce que dans l'O rdre Ionique on a accoutumé dele tailler de manière qu'il reprefente les dents de devant.Toutes ces chofes font expliquées plus au long dans lafuite de l'Ouvrage.
9 Les Corniches. Pour traduire icy precifément le motde Corona , il auroit fallu mettre Larmier qui n'eft qu'unepartie de la Corniche & non pas la Corniche entière, parceque toute la Corniche n'eft pas au deflùs dés Mutules, maisfeulement la partie G. qui eft apellée Mentum , eh. 3. du 4.liv. & en François Larmier, parce que c'eft delà d'où- de-goutte la pluye qu'elle empefche de couler le long de laFrife. Elle eft auffi apellée Mouchette pour cette mefmeraifon. Mais pareeque Corona fignifie indifféremment, & leLarmier &c toute la Corniche , j'ay eu égard à l'intentionde l'Auteur qui a voulu faire entendre par le mot de Ce. Drona, non feulement toute la Corniche, mais mefme la Frife,& l'Architrave, qui font des parties que les Cariatides fou-tiennent toutes cnfemble , & qui s'apellent vulgairementCouronnement , Plattebande , Travée ou Entablement ; & cestrois parties jointes enfemble font proprement ce que Vi-truve appelle ailleurs Ornamenta,
10. Des Statues de marbre en forme de Fem-mes. On void encore à Rome quelques reftes de ces fortesde ftatuës antiques. Montiolïus qui s'eft beaucoup mis enpeine de chercher quelques marques des Cariatides quePline dit avoir efté miles par Diogene Architefte Athé-nien pour fervir de Colonnes dans le Pantheon , rapportequ'il en a veu quatre en l'an 1580. qui eftoient enterrées juf-qu'aux épaules au cofté droit du Portique en demy relief, 8cqui fouftenoient fur leurs teftes une manière d'Architravede la mefme pierre. Et il y a lieu de croire qu'elles eftoient pau deflùs des Colonnes qui font aprefent au dedans du Tem-ple & à la place des Pilaftres de l'Attique qui eft fur cescolonnes ; la commune opinion eftant que cet Attique eftun ouvrage adjouftédepuis peu & qui eft plus moderne quele refte. On voyoit encore à Bordeaux il y a dix ans dansun baftiment fort ancien & très magnifique apellé les Tn-teles, de ces efpeces de Cariatides qui font des ftatues pref-qu'en demy relief, de neuf pieds de haut posées fur 17. co-lones de 45. pieds de haut qui eftoient reftees des 14. qu'il yavoit autrefois. Ces Cariatides eftoient au nombre de 34.y en ayant dedans & dehors l'Edifice. La figure d'un bafti-ment qui a efté abattu depuis peu, fe voit à la fin de ce qua-trième chapitre du cinquième livre.
EXPLICATION
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