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Les dix livres d'architecture de Vitruve
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i VITRUVE

Chap. I. Toutefois lorfque je fais reflexion fur la grande étendue de voftre efprit , dont les foins Ane fe bornent pas à ce qui regarde les affaires les plus importantes de l'Eftat., mais quidef-cend jufqu'aux moindres utilitez que le public peut recevoir de la bonne manière de baftir;& quand je remarque que non content de rendre la ville de Rome maîtrefle de tant de Pro-vinces que vous luy foumettez, vous la rendez encore admirable par l'excellente ftructurede fes grands Baftimens, & que vous voulez que leur magnificence égale la m?jette

Fabricd.Ratiocinatio.

quevoftre Empire 5 je crois que je ne dois pas différer plus long-temps à vous faire voir ce quej'ay écrit fur ce fujet, efperant que cette prof efïion qui m'a mis autrefois en quelque conil-deration auprès de ^'Empereur voftre père, m'obtiendra de vous une pareille faveur 5 de *mefme que je fens que l'extrême paffion que j'eus pour fon fervice, fe renouvelle en moypour voftre augufte Perfonne } depuis que vous luy avez fuccedé à l'Empire, & qu'il a eftéreceu parmy les Immortels : Mais fur tout lorfque je vois qu'à la recommandation de la BPrincefTe voftre fœur, vous avez la bonté de me faire avoir les mefmes gratifications que jerecevois pendant que j'ay exercé avec M. Aurelius & Pub. Minidius & Cn. Cornelius , lacommifïion qui m'avoit efté donnée pour la conftruction & entretenement des Baliftes,Scorpions & autres machines de guerre, je me fens obligé par tant de bienfaits qui m'ontmis hors d'eftat de craindre la neceilité pour le refte de mes jours 3 de les employer à écrirede cette feience, avec d'autant plus de raifon que je vois que vous vous elles toujours plu àfaire baftir, & que vous continuez avec defTein d'achever plufîeurs Edifices tant publicsque particuliers, pour laiffer à la pofterité d'illuftres monumens de vos belles actions.

Ce Livre contient les deiîeins de plufîeurs Edifices & tous les préceptes neceffaires pouratteindre à la perfection de l'Architecture, afin que vous puifïlez juger vous-mefme de labeauté des Edifices que vous avez faits 3 & que vous ferez à l'avenir. C

qu'on croit eftre un autre que le fils du grand Maiïïnifta quivivoit plus de cent ans avant Augufte : car de ces conje-ctures on ne fçaurok tirer des argumens qui foient fansrefponfes. Mais je ne les mettray point dans cette note quieft déjà aiîèz longue,je les referve pour les endroits du Livredefquels ces remarques font prifes.

2. L'Empereur vostre Père. Augufte n'eftoicpoint en effet fils d'Empereur - y mais comme chacun fçaitqu'il eftoit fils adoptif de l'Empereur Jules Cefar, cette par-ticularité ne doit encore rien faire pour l'opinion de ceuxqui foutiennent qu'Augufte n'eft point l'Empereur à qui Vi-truve a dédié fon Livre.

CHAPITRE I.

Ce que c'eft que l'Architecture : Ç$ quelles parties font re qui fes

en un Architecte*

1 T 'Architecture eft une feience qui doit eftre accompagnée d'une grande di- ^

\ ^ yerfité d'eftudes & de connoiffances par le moyen defquelles elle juge de touslesouvrages des autres arts 1 qui luy appartiennent. ? Cette feience s'acquiert par la Pratique 3 * ;Ôc par la Théorie : La Pratique confifte dans une application continuelle à l'exécution desdeiîeins que l'on s'eft propofé , fuivant lefquels la forme convenable eft donnée à la ma-tière dont toutes fortes d'ouvrages fe font. La Théorie explique & démontre la convenan-ce des proportions que doivent avoir les chofes que l'on veut fabriquer : cela fait que les

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i. L'architecture est une Scien c e. Cettedefinition nefemble pas allez precife parce qu'elle n'expliqueque le nom d'Architecture felon le Grec, & elle luy attribuemefme une fignification plus vague que n'eft celle du motGrec Architectonic e , en luy donnant la direction de touteforte d'Ouvriers, dont il peut y avoir un grand nombre quine font point compris dans le mot TeBon, qui ne fignifie queles ouvriers qui font employez aux baftimens ; Mais l'in-tention de Vitruve a efte d'exagérer le mérite & la dignitéde cette feience, ainfi qu'il l'explique dans le refte du cha-pitre , il veut faire entendre que toutes les feiences fontneceflaires à un Architecte ; & en effet l'Architecture eft cellede toutes les feiences à qui les Grecs ayent donné un nomqui fignifie une fuperiorité &une intendance fur les autres :Se quand Ciceron donne des exemples d une feience qui aune vafte étendue, il allègue l'Architecture, la Médecine &la Morale. Platon a efté dans le mefme fentiment quand ila dit que la Grèce toute fçavante qu'elle eftoit de fon temps,

auroit eu de la peine à fournir un Archite&e. On pourroitdire la mefme chofe aujourd'huy de la France, qui bien queremplie de perfonnages expers en toutes fortes de profef- Elions n'a point d'Architectes tels que Vitruve les demande:ceux qui font profeffion de cette feience n'eftant point desgens de lettres ainfi qu'ils eftoient autrefois.

i. Qu i luy appartiennent. Ces mots ne fontpoint expreflement dans le texte, mais ils doivent y eftre,parce qu'il n'eft point vray que l'Architecture juge de tousles autres Arts, mais feulement de ceux qui luy appartien-nent-, & il n'eft point croyable que Vitruve ait voulu pouf-fer fi avant la louange de l'Architecture.

j. Cette Science s'acquiert par ia Pratiqueet par la Théorie. Les mots de Fabrica & de Ratio-cinatio de la manière que Vitruve les explique,ne pouvoienteftre autrement traduits que par Pratique & Théorie, parceque raifonnement eft un mot trop general , & que Fabriquen'eft pas François.