DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XYJIU SIÈCLE JUSQU’A NOS JOURS. 67
longtemps ce musicien observateur clans ses promenades à travers les rues de la grande cité. Néanmoins, avant .de prendre congé de lui, nous mettrons à profit les renseignements qu’il nous donne sur un des cris lesplus intéressants, mais les moins agréables du vieux Paris : un cri que le Paris moderne, au milieu de sonluxe et de ses plaisirs, ne regrette certainement pas. Mainzer retrouve dans plusieurs villes de province ceslugubres veilleurs qui ont succédé aux crieurs des trépassés. On les peut considérer de nos jours plutôt commedes horloges vivantes que comme des mémentos ambulants. Après tout, Fuit vaut l’autre. Il n’y a pas de plusterrible Memento mari que
La voix du temps qui chante en nos demeures,
pour nous servir d’une de ces expressions si gracieuses et si poétiques qui se rencontrent habituellement sousla plume élégante d’Edouard Thierry. Le bournobile, dont Mainzer rapporte le chant nocturne, crie simple-ment l’heure. Il n’adopte pas une lugubre formule et ne prend pas une grosse voix pour effrayer les gens àmoitié endormis ; il se contente de leur souhaiter poliment le bonsoir. La phrase qu’il débite n’en est pas moinsadaptée à un air triste et leni, tout à fait dans le caractère des complaintes villageoises : « Je viens vous avertiret pour vous annoncer , en vous soi-tant (sic) F bonsoir, il est dix heur s sonné’s! » (Cuis notés, série C, n° 37.)
C’est en province, où ce souvenir des anciens âges nous a conduit, que Mainzer recueille différents cris patoisqu’il est assez piquant de comparer à ceux de la capitale. A Montbéliard, par exemple, c’est le petit mar-chand de gâteaux qui chante, le soir dans les rues, d’une voix fraîche et limpide, une chansonnette dont lesparoles naïves rappellent les ballades populaires et enfantines du jour des rois (Cuis notés, série C, n° 38) :
l’aiti tcha, paiti friands ;l'ai tchau di four tout maintenant !
Tartelettes toutes fraîch’s.
Aipre ça-ci demain des atres !
Lou poure bouebe qui les crieEn maingerait bien volontiers;N’ai' pie d’orgent pou lie payié.
C’est-à-dire :
Pâtés chauds, pâtés friands,Sortant du four tout maintenant !
Tartelettes toutes fraîches!Après celles-ci, demain d’autres!Le pauvre garçon qui les crieEn mangerait bien volontiers ;
Il n’a pas d’argent pour les payer.
Ou bien un ramoneur qui, perché sur le faîte d’une cheminée dont il a fait la toilette en conscience, annonceà haute voix aux maîtres de la maison, en leur souhaitant toutes sortes de prospérités, qu’il a fini sa besogneet qu’il n’a plus qu’à redescendre pour recevoir de leurs mains son salaire. Il fait appel à leur générosité enchantant les couplets suivants :
Voici lou bon an qua venu, (bis)
Que tous lais dgens sont redjoïs,
Atant lai grands que la petits.
Que vos boutai tant boinne onnai;Tant boinne onnai sai vos rentraiz !
Tchampaiz nos de vos bons côtis, (bis)Que sont pendus, et vos reutis ;
Que Due vos digne lou bon an,
Deu vos boutai, etc.
Deu bénisse cette niâson , (bis)Monsieur Grosrenatul, sai belle foune,Et ses bés e liant s tout di long;
Deu vos boutai, etc.
Nos ans lé pin’ tout edjolais, (bis)
Et lai bèrbe toute dgievraie ;
Si vos n’ voyiais ran no bayie,
Ne no liessai pès edjo ais ;
Deu vos boutai, etc.
Tchampaiz nos de vos bons tcbambons, (bis)Que sont pendus ai vos bâtons;
Que Due vos digne lou bon an ;
Deu vos boutai, etc.
Due vos bayiai des rettes essayz ; (bis)Pe de tchaiz pou les eltropaiz,
Pe de bâtons pou lès tuaiz.
Deu vos boutai, etc.