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Les Voíx de Paris : essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cri en général ; Et suivi de Les cris de Paris ; grande symphonie humoristique vocale et instrumentale ; [Partitur]
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LES CRIS DE PARIS A LÉPOQUE ACTUELLE.

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CHAPITRE Y.

LES CRIS DE PARIS A LÉPOQUE ACTUELLE. REVUE ET ANALYSE DE CES CRIS. CLASSIFICATION DES DIFFÉRENTS MÉTIERS.

Le moment est venu détudier sous leurs formes variées les cris populaires de notre époque ; ceux quichaque jour, et pour ainsi dire aux mêmes heures, frappent notre oreille avec la régularité dune sonneriedhorloge; qui, bon gré, mal gré, nous éveillent dès laurore, et ne cessent de nous poursuivre jusquà lentréede la nuit; qui tantôt bourdonnent autour de nous dune manière importune, et nous assourdissent à telpoint que nous voudrions fuir pour ne plus les entendre, et tantôt nous égaient et nous intéressent commeun des signes caractéristiques de lentrain merveilleux dont notre splendide capitale présenté constamment lespectacle. Oui, sans doute, lhabitant de Paris, troublé dans ses rêveries ou dans ses études, peut maudire cesbruits importuns ; mais quil abandonne pour un temps ses cbers pénales, tous ces bruits le charmeront à sonretour. Ce ne seront plus alors ces voix aigres et discordantes qui lui déchiraient le tympan, ce seront desvoix intimes et amies qui sembleront lui faire fêle; ce seront les douces voix du foyer. En pareil cas, lorguede barbarie même na plus rien de barbare, et lhumble formule traditionnelle : Des choux, des poireaux, descarottes, acquiert une valeur poétique quon neût point soupçonnée.

Les voix de Paris, quaccompagne du matin au soir, en manière de basse continue, le roulement des voi-tures, sont innombrables et délient la patience de lobservateur. Variées à linfini, reproduites par mille échos,elles forment une sorte de canon polymorphique perpétuel dont le plus habile musicien perd lespoir de trouverla dernière note. A lexemple de ces flammes qui chantent, dont parle lhumoriste Heine, le peintre éloquentde Lutèce, elles courent la ville en tous sens, comme de bruyants feux follets quil est impossible de saisir etde fixer. Roulement des voitures, bruits des métiers, cris industriels, causeries des passants, clameurs de lafoule, elles embrassent les manifestations sonores les plus hétérogènes. Nous navons jamais eu la pensée deles recueillir toutes, et nous bornerons le présent chapitre aux différents appels que font entendre les mar-chands nomades pour annoncer leur présence dans les rues de Paris.

La plupart de ces marchands nomades, dont le nombre est porté à plus de quinze mille, sont des revendeurset des revendeuses, classe très turbulente et très décriée autrefois, quand elle prenait sa part de licence révo-lutionnaire ; classe paisible, laborieuse et infiniment considérée de nos jours, ainsi quon la fait voir à la findu troisième chapitre de cet ouvrage. Les revendeurs achètent ordinairement de première main les articlesquils vont colporter, d leur nom de revendeurs ; quelquefois ils ne les achètent même pas , ils les em-pruntent, si lon peut dire ainsi, aux gros commerçants, sengageant à leur tenir compte du gain de lajournée, et ne sattribuant sur le produit de la vente quun très léger bénéfice. Cependant il y en a beaucoupqui sont indépendants, cest-à-dire qui vendent pour leur propre compte. Les différentes professions derevendeurs et celle dartisan, comme le ramoneur, le gagne-petit, Rétameur de casseroles, etc., dépendentdun genre dindustrie en miniature que lon appelle les petits métiers. Une modeste brochure populaire,les petits métiers parisiens sont brièvement décrits, nous fournit sur ce sujet quelques indications qui nedoivent pas être perdues pour nous : « Dans la quantité de petits métiers qui sexercent dans Paris, il en est detels quon ne peut concevoir quils suffisent à lexistence de ceux qui y cherchent une ressource. Que peutgagner, par exemple, cette pauvre femme qui porte dans son éventaire des feuilles de laurier-cerise et quel-ques gousses dail? Sa boutique ne vaut pas vingt sous, et son approvisionnement lui en coûte plus de dix.Et cette autre qui colporte de lamadou et des allumettes de la vieille roche; et celles qui, aux abords desponts, ont une cuisine complète, un garde-manger complet, et vendent, selon les saisons, des harengs grillés,des pommes de terre frites, des grilleltes, des tranches de lard maigre qui ne sont bien souvent que des mor-ceaux de chat ou de chien bien fumé?.»