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LES CRIS DE PARIS PENDANT LES ÉPOQUES RÉVOLUTIONNAIRES.
CHAPITRE IY.
LES CRIS DE PARIS PENDANT LES ÉPOQUES RÉVOLUTIONNAIRES.
Les révolutions, on lésait à Paris mieux qtt’ailleurs, n’accomplissent de grandes choses qu’à la conditionde commettre beaucoup d’excès; dans la voie du despotisme comme dans celle de l’anarchie, elles vont tou-jours à l’extrême. Nous n’avons à les considérer ici que dans les temps modernes et sous un aspect bienrestreint en apparence. C’esL le cri révolutionnaire qui seul doit nous occuper. Mais dans ce domaine ainsilimité, nous voyons se produire les mêmes exagérations, les mêmes violences qui ont de tout temps carac-térisé, aux heures des luttes civiles, le déchaînement des partis. On en jugera par les exemples que nousallons donner du cri révolutionnaire aux trois époques où il convient surtout de l’étudier, de 1789 à 1793d’abord , puis en 1830 et en 18Z|8.
Le cri révolutionnaire, ou pour mieux dire le cri politique, a deux formes invariables. Tantôt il est col-lectif, il sert de ralliement aux partis, il exprime leurs vœux ou leurs menaces; tantôt il est individuel, il naîtdes besoins de ce petit nombre d’industries,—les seules que la guerre civile ait le don de faire prospérer,—qu’onpourrait aussi appeler des industries politiques : commerce de journaux, d’emblèmes, de cocardes, de por-traits, de caricatures, etc. C’est sous ces deux formes que nous observerons cette sorte de cri aux trois époquesdont nous venons de rappeler les dates significatives.
Le cri collectif, en temps de révolution, procède avec une grande variété dans ses applications, mais avecune singulière uniformité dans ses formules. On pourrait le définir ainsi : la combinaison des mots vive età bas avec les noms qui désignent tantôt une des idoles de la popularité, tantôt une de ses victimes. De 1788à 1793 on a vu la nation française appliquer ce procédé à presque tous ses grands hommes, à presque toutesses institutions anciennes ou nouvelles. Les cris poussés dans les rues de Paris pendant celte période sonttoute une histoire de l’opinion. Voyez plutôt : Vive le bon roi Louis XVI! crie-t-on en 1788. Vive la reinelvivent les notables! A bas les notables! vivent les États-Généraux ! crie-t-on en 1789. L’année 1790 met envogue le cri contraire : A bas les Etats-Généraux! vive l'Assemblée nationale /_ vive Necker! — A basNecker! vive Lafayette! répond 1791. — A bas Lafayette! A bas la royauté! crie tout Paris en 1792. —Puis vient 1793, avec le cri d e.:Vive Marat! —- 179Zi hurlant : Vive Robespierre! vive Barère! vive la guillo-tine! — 1795 vociférant:^ bas la Montagne! vive Tallien! —1796 entin, qui pousse le cri final et suprême :Vive le 18 brumaire! vivent les consuls! vive le pain! (1) Rien de musical, d’ailleurs, dans aucun de cescris. L’émission de la voix humaine, sous l’empire des émotions politiques, a quelque chose d’âpre, de fou-gueux, de désordonné. Les organes sont faux et criards, quelquefois rauques et sourds, comme si la haine etl’ambition, de même que la peur, avaient pour effet de serrer le gosier. Non, ce n’est pas là du chant, ce nesont pas non plus des cris, ce sont des hurlements. Or, qu’ils signifient la joie ou la tristesse, les hurlementsde la multitude attristent l’âme plutôt qu’ils ne l’exaltent. Ce qu’on peut remarquer, à propos des cris dupeuple soulevé, c’est la brusquerie des transitions qui se produisent parfois dans ce formidable concert. Lemoindre obstacle, le moindre défi jeté aux masses furieuses détermine des explosions qu’on peut compareraux roulements du tonnerre. En revanche, la moindre parole d’esprit et de conciliation est souvent suivie d’unapaisement non moins caractéristique. Tous les contrastes qui se succèdent dans les âmes se retrouvent ainsidans les bruyantes manifestations où éclate et déborde l’énergie des passions. Sous la terreur, parmi les vivatet les malédictions, plusieurs cris sinistres ont souvent retenti : A la lanterne les aristocrates ! à la lanterne!
(1) Dans les assemblées révolutionnaires, les orateurs étaient sou- qu’une chose doit être rejetée sans appel. On dit à peu prés de mêmevent interrompus par le cri : A bas la motion ! que le peuple a conservé A bas la cabale !dans son langage, sous forme de locution proverbiale, pour signifier