AYANT-PROPOS.
Les grandes cités ont un langage ; elles ont même, qu’on nous passe l’expression, une sorte de mu-sique propre qui exprime à toutes les heures du jour le mouvement et les évolutions de la vie joyeuseou sombre, laborieuse ou paisible, dont elles sont le foyer. Paris, par exemple, a une voix puissante, etquiconque en a entendu les frémissements aux jours d’émeute, quiconque même a prêté l’oreille dansles temps les plus pacifiques aux mille clameurs qui se croisent dans ses rues, celui-là n’oubliera jamaisce qu’il y a de caractéristique dans le chaos sonore qui berce les loisirs ou entretient l’activité du géantparisien. Le même phénomène qui nous a déjà occupé dans un ouvrage précédent (1) se reproduit enquelque sorte ici sur un théâtre bien différent.Il y a, remarquions-nous àpropos de laHarped’Éole, il y aune musique cosmique composée de toutes les vagues et mystérieuses harmonies dont le contact des ondesaériennes avec les corps liquides ou solides est l’origine. Il y a aussi, dirons-nous, une musique sociale, unemusique populaire dans un sens beaucoup plus large que celui qu’on donne généralement à ce mot. C’estl’ensemble de ces cris tantôt collectifs, tantôt individuels, qui sont comme la voix des peuples, et quideviennent dans certaines civilisations des symboles, des formules traditionnelles affectés à certainsgroupes, à certaines professions distinctes. On ne peut méconnaître, comme nous le disons au commen-cement de l’Introduction des Voix de Paris, l’intérêt qui s’attache à l’étude des humbles manifestations,préludes de la parole et du chant, à l’étude du cri, par exemple, considéré soit comme langage desmasses, soit comme accent de l’individu, et devenant entre le chant et le discours un intermédiaire tropméconnu, un agent indispensable, qui se trouve, d’une part à l’origine des langues, de l’autre à l’originedes arts lyriques (2). Pourquoi le musicien, qui souvent recueille comme des monuments précieux pourl’histoire de son art les mélodies informes des peuples les plus sauvages, pourquoi le musicien dédai-
(1 ) La Harpe d'Êoie et la musique cosmique 9 éludes sur les rapports des phénomènes sonores de la nature avec la science et 1 art.(2) Voyez ci-après VIntroduction, p. 4,