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DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XVIIU SIÈCLE JUSQU'A NOS JOURS.
C’est, dit un mauvais jeu de mots, la plus sensible de toutes les femmes, celle qui va criant par les rues :
« Mouron pour les p’tits oiseaux... aux! » (Cuis notés, série C, n° 7.)
Près de celte marchande, un ramoneur redit d’un ton indifférent et môme un peu bourru son monotoneHaut en bas , haut en bas! (Cuis notés, série C, n° 8.)
Ou bien une écaillère annonce, d’une voix claire et retentissante, sa marchandise aux gourmands : « A labarq’, à la barq\ à la barq’! etc. » (Cuis notés, série C, n° 9.)
La marchande de maquereau crie à peu près delà môme manière : « Il arrive, il arrive, il arriv ! » (Cuisnotés , série C, il» 10.)
Des avertissements plus brefs encore n’échappent pas à l’attention de la ménagère prévoyante. Ici elleentend crier : a A l’eau, à l’eau, à l’eau ! » (Cuis notés, série C, n° 11.) Et là-bas : « Voilà l’récure puits! »(Cuis notés, série C, n° 12.)
Les bonnes et les cuisinières accourent aussi sur le passage des libraires ambulants dont les prospectusdeviennent autant de récitatifs, souvent très caractéristiques. Qui ne se rappelle la fameuse formule :« Avez-vous rêvé (Tchats? avez-vous rêvé d’chiens? avez-vous vu d’l'eau trouble?... (1). Voilà l’explication de tousles rêves : un volume broché , avec des figures! » D'autres fois, c’est l’annonce de quelque brochure populaire :« La Belle au bois dormant pour un sou, Cendrillon avec la gravure, la Belle au chapeau rose et le contede l’Oiseau bleu : ti'ois éditions pour un sou. »
A côté de ceux qui colportent des livres, se placent tout naturellement ceux qui vendent l’encre destinéeà les écrire. Les cris des marchands d’encre sont des plus variés. Celui-ci, suivant Gouriet, traîne sa voix defaçon à imiter le roulement sourd et interrompu des tambours à une pompe funèbre : « Blan, blan, berolan,blan ! » ou bien : « Blan, mian, berolan, an! a Celui-là fait entendre d’une voix enrhumée ce récitatif prononcesans perdre haleine : « C’est moi, vlà que’est moi, c’est lui, via qu’c est moi! Comm ça, madame, on n’en ajamais vu comm'ça, jamais comm ça, mia, mia, mia , rnia, mia, mia, mia, mia, jamais, jamais d’pareilà ça! »
Un troisième marchand accentue d’une façon bizarre et quelque peu sinistre ces mots : « Ü’l’encre! mer'de l’encre, l’encr’! » (Cuis notés, série C, n° 13.)
Un autre enfin, dont la célébrité date de la lin du xvm' siècle, presse encore plus l’allure rhythmique de soncri, et répète en chantonnant : « V'ià le marchand d’encr, v'ià le marchand d'encr! Ira la la, tra la lala la la, etc. » (Cuis notés, série C, n° là.)
Le souvenir de ce dernier cri reste profondément gravé dans la mémoire du public. Un jour, Daupral, célèbreinstrumentiste de l’orchestre de l’Opéra, que ses camarades appelaient 1 e, petit JJauprat, croit reconnaîtrele motif favori de cet honnête industriel dans le début d’un chœur de Fernand Cortez, dont les premièresmesures justifient en effet, jusqu’à un certain point, ce profane rapprochement. (Cuis notés, série C, n° 15.)Dès lors, tous les musiciens de l’orchestre de l’Opéra, en attaquant ce morceau, se disent: Voilà le mar-chand d’encre.
Les menus objets de ménage ont leurs crieurs dans le Paris de 1S10 ou de 1820, comme dans le Paris duxin” ou du xiv° siècle. La marchande de cure-dents, par exemple, poète et musicienne, s’annonce au publicpar un petit couplet dont elle-même a fait l’air et les paroles :
Des cure-oreillcs, des passe-lacets,
De jolis étuis, mesdames;
Achete-zmoi quelque chose, s'il vous plaît.
(Mineur.)
Des brosses à dents,
Des cure-oreilles,
Et des cure-dents.
(Reprise du majeur.)
. Des cure-oreilles, clés passe-lacets, etc.
(1) M. Alfred Maury rapporte ce cri- l’a is une not; de son article Songe, do VEncyclopédie moderne, publiée par MM. Firmin Didol