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Les Voíx de Paris : essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cri en général ; Et suivi de Les cris de Paris ; grande symphonie humoristique vocale et instrumentale ; [Partitur]
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LES CRIS DE PARIS

Ce gracieux cri de Paris est noté daprès une version qui ne diffère pas beaucoup de la précédente dans unmorceau de musique que nous avons sous les yeux, et qui paraît être sorti de la plume dun contemporain deGouriet. (Cris notés, série C, n° 16.)

La marchande damadou, grosse et joyeuse commère, a pour manie dencadrer sa figure, large et noire,dans un chapeau de satin blanc, et, ainsi parée, elle va criant : « La v, mes enfants, la marchandedamadou! » ou encore : « Noubliez pas des allumettes , des allumettes , de lamadou; des allumettes , del'amadou! Achtez à moi, jvendrai à vous. » (Cris notés, série C, n° 17.)

Le carreleur de souliers est un personnage plus grave, et voici ce quil chante dun ton nasillard qui rappelleles confrères de la Passion: « Carr leu clsouliers! Avez-vous des souliers à raccommoder ? Si vos soulierssont déchirés, voilà louvrier qui vous demande à travailler. » (Cris notés, série C, n° 18.)

Le marchand de fourneaux donne à son cri une sorte dintérêt dramatique. Cest toute une scène comiqueentre le passant, agréablement surpris de rencontrer létalage ambulant, et le vendeur, empressé à lui offrirsa marchandise. Ah! ah! commence-t-il par crier, sur le ton de la surprise. Cette exclamation est suivie dunrécitatif dont voici les paroles, au dire de Gouriet: « Me voici!... me voilà!... Bon! v cque cest, cest,

cest çà _ » Le tout se termine par cette coda grotesque, à laquelle il ne faut pas chercher rigoureusement

un sens. « Ho! hop, hop, hop! ho, hop, hop, hop! Capi! calala! » (Cuis notés, série C, n° 19). On peutciter comme une variante abrégée du même cri : « Ah! ah! ah! avez-vous cassé vos fourneaux ? » (Cris notés,série C, n° 20.)

Le marchand de lunettes montre des dispositions plus musicales que dramatiques. Voici sa petite ha-rangue, ou plutôt son chant, noté par Gouriet : «Marchand diunett'! marchand cllunett, d'lunelt' etd'aiguill! marchand d'aiguilles! Voilà lep'tit marchand de lunettes! d'hmett ! daiguill! marchand,marchand , marchand dlunettes! » (Cris notés, série C, n° 21.)

Tandis que les marchands de fourneaux, de lunettes et daiguilles sélèvent ainsi jusquà la mélodie, lemarchand de pierres à briquet reste dans le domaine du récitatif. Son cri se borne à une sorte de roulementexécuté sur ces mots : « Noubliez pas en passant des pierres à brrrrrrriquets qui rrrrrrrrrrendent lalumièrrrrrrrrrrrrrrre à volonté! »

Le marchand de rubans de fil sur les boulevards donne un caractère plus musical aux inflexions de sa voix,quand dun air ironique il sécrie, comme pour railler les marchandeuses incorrigibles : « Nen prendez pas(sic), cest encor trop cher , cest trop cher, c'est trop cher. » (Cris notés, série C, n° 22.)

Les colporteurs de défroques mondaines continuent de sannoncer à leurs clients de hasard au moyen delantique et traditionnelle mélopée : « Marchand dhabits ! galons ! » ou bien : « Vieux habits, vieux galons ! »ou encore : « Chapeaux à vendre, habits, vieux chap ! » (Cris notés, série C, n° s 23 et 2/i.) Ce cri, Vieuxhabits, vieux galons! inspire à un poète de société, sous la Restauration, les vers suivants, auxquels onpréférera sans doute ceux de Béranger :

Quimporte de quel drap la fortune thabille !

Tes vêtements viendront aux mains du vieux marchand.

Lhabit de cet homme qui brilleDans les fêtes des cours par un luxe tranchant;

Celui quon voit à la Courtille,

Sur le pauvre ouvrier qui trébuche en marchant,

Tous passeront un jour aux mains du vieux marchand.

Après le marchand dhabits, paraît un autre industriel qui, lui aussi, affecte un accent nasillard en débitantson : « Marchand dparaplui, parasol! paraplui! parasol, parapluie! » (Cris notés, série C, n° 25.) Rien

frères, nouvelle édition, Paris, 1851 : « Il y a quelques années, dit-il, cés paroles : Avez-vous rêve de chien, avez-vous rêvé de chat? .A

on entendait encore dans les rues de Paris des hommes qui vendaient Rome on-voit, par Pline (I, 18 ), que les interprètes des songes étaient

de petits livres sur linterprétation des songes, et qui sannonçaient par tombés dans un grand discrédit. »