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DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XVIII' SIÈCLE JUSQU’A NOS JOURS.
comique et d’une perfection inimitables (1). Depuis l’époque où il étonnait tout Paris, il y a eu de par le mondebien des grimaciers, il y a eu bien des grimaces; mais notre virtuose n’a point trouvé son maître, lut-ce dans legrand monde, parmi les solliciteurs et les courtisans. Le disloqué, lui, passe pour avoir imaginé une nouvelledanse de caractère, un nouveau branle qui n’est ni celui des ermites, ni celui des lavandières, dont nous parleThoinot Arbeau : « 11 se transforme en motte de terre... son corps et tous ses membres ne formant plus qu’uneboule, il imite le bruit d’un coup de fusil et se met à rouler, comme courant à la recherche d’une pièce degibier que l’arme a dû abattre (2). » L’homme à la perruche appartient à la classe des crieurs, sinon par lui,du moins par l’aimable perroquet qu’il expose et qui ne cesse de dire à chaque passant : « Ah! qu’il est doncbête ! » L’aveugle, marchand de billets de loterie, a aussi un cri caractéristique : « Ah! voyez donc, messieurs,mesdames! mon dernier, en passant! » Pendant celte exclamation , ses deux mains, chargées de billets deloterie, sont fortement pressées entre ses cuisses •. il se redresse aussitôt après. Ce tic est tout ce qui rend cepersonnage remarquable.
Revenons au cri industriel proprement dit. Les exemples abondent dans Gouriet : en première lignese présentent les marchands d’échaudés, de petits pains. L’un donne quatre échaudés pour un sou. « Quat',crie-t-il, quat’, quat’, unsou quat’ ! » L’autre est poëte, et il annonce ses petits pains dans des couplets en verssur lesquels il adapte des airs d’opéras connus. Ecoutez-le :
Accourez, jeunes fillettes,
J’ai de quoi vous contenter;
Si vous ne voulez descendre,
Fail’s-moi signe de monter.
Ils sont au beurre et aux œufs,
Mes p’tils pains ;
Ils sont au beurre et aux œufs,
Qu’est-c’ qu’en veut.
A côté des inventeurs, il y a malheureusement les contrefacteurs, et le cri de quat’, quat’, les vers mêmesdu houlanger-poëtc n’échappent pas à l’honneur du plagiat. Gouriet nous montre un de ces contrefacteurscommençant par imiter le cri de quat’, quat’, répétant ensuite le couplet que l’on vient de lire, puis éprouvantdes remords et se décidant à annoncer ses petits pains par d’autres vers sur l’air d’un noël nouveau. La belleMadeleine, la marchande de gâteaux de Nanterre qui a longtemps occupé tout Paris, est aussi une célébritéchantante. Gouriet trace d’elie un portrait qu’on a lieu de croire un peu flatté : « Toute sa personne, dit-il,» est si remarquable, qu’elle-même, s’il arrive à quelqu’un de la regarder avec un peu d’attention, elle lui dit
Contorsio quarta, dolorosa ;
— quinla, multisona ;
— sexla , taciturna ;
— seplima et ullima, complicata.
Gouriet traduit en français l’explication relative à chacune d’elles :
I. Grimace simple. Mine riante et gracieuse, yeux arrondis, traits ra-
petissés.
II. Double. Mine moitié rianle et moitié affligée, ou même effrayée ;
quelques cris par intervalles.
III. Laborieuse. Mine renfrognée, nez enflé, joues tremblantes.
IV. Douloureuse. Yeux gros et mouvants, joues gonflées, lèvres agitées;
des gémissements.
V. Bruyante. Yeux fermés, bouche largement ouverte, langue sail-
lante; des cris, du rire et des pleurs.
VI. Silencieuse. Yeux fixes, bouche faisant le cul de poule, joues
creuses, mine allongée.
VII. Compliquée. Le texte ajoute diulurna rerum cumu/alio: intermi-
nable réunion de presque toutes les précédentes; rire inextin-guible; douleur que rien ne peut calmer ; cris renaissants ; dé-veloppement de tous les moyens. (Gouriet, t. II, p. 84.)
(1) II y a eu deux Bourbonnaises, I’ur.e qui avait des écus et quiétait, dit-on, une nymphe du port au Blé ; l’autre, qui était fort mal àson aise, et qui avait nom Du Barry. La courLisane déchue avait finipar être chansonnée dans les carrefours.
(2) N’oublions pas de mentionner les expériences de physique en pleinvent dont nous parle un autre observateur, Pujoulx, dans son Paris àla fui du XVlll « siècle, ou Esquisse historique et morale des monumentset des ruines de celle capitale (Paris, B. Maillé, 1801) : » Les savants,dit-il, courent les rues, et nos boulevards sont devenus des écoles dephysique. L’un a des machines électriques à plateau et des fioles rem-plies de phosphore; pour deux sous il vous électrise légèrement et vous
donne la fiole. Plus loin, c’est une chambre noire. Là, c’est une
double lunette à réfraction.Celui-ci enfin a un microscope dont il
vante la beauté et surtout les effets; il ne décrira point les causes quiles produisent, parce qu’il ne les connaît pas; mais pourvu qu’il monteses leçons au ton de ceux qui l’écoutent, voilà tout ce qu’il lui faut;aussi l’ai-je entendu dire aux amateurs qui l’entouraient : Messieurs,donnez-moi un pou, el je vais , pour un sou , vous le faire voir aussi grosque le poing. Malheureusement pour lui, le sou ne se trouvait pas aussifacilement dans la compagnie que l’insecte à placer sous l’objecLif. »