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LES CRIS DE PARIS,
Si je dis un mot seulement,
Elle m’interdit la parole,
Sans savoir comment ni pourquoi.
Quand tout le jour elle babille,
Maman ne peut souffrir en moi (bis)
Ce petit défaut de famille (bis).
Veut-on descendre de quelques degrés dans la hiérarchie des musiciens nomades? Voici un digne industrielqui a pour tout orchestre quelques verres placés sur une table et remplis d’eau. Il en frotte légèrement lesbords, et tout le monde jouit de ['harmonica. « C’est un petit Mesmer..., dit Gouriet ; c’est plutôt un petitFranklin (1). » Un autre a encore poussé plus loin la simplification de l’orchestre : « Il produit de l’harmonieen faisant claquer ses doigts; il en donne avec sa bouche, avec ses coudes, avec ses genoux, avec ses pieds. »Que sont auprès de ces ingénieux virtuoses les joueurs d’orgue eL les vielleurs , obligés de promener partout unincommode instrument, à moins toutefois qu’ils ne sachent chanter et silller comme le vielleur qu’a entenduGouriet et qui excelle à imiter le chant du rossignol, ou bien qu’ils ne possèdent une marmotte, une joliemarmotte envie, comme Fanchon la vielleuse, d’impérissable mémoire? « Fancbon joue de la vielle auxboulevards, dit le malicieux Geoffroy, dans son feuilleton du 13 pluviôse an XI; elle sait, à la lin d’un repas,animer la joie des convives par des chansons gaillardes; et, ce qu’il y a de plus lucratif dans son art, elle vamontrer la marmotte en ville. En un mot, c’esL une artiste; ses petits talents deviennent à la mode; l’or etl’argent lui pleuvent de tous côtés; elle achète une terre considérable dans la Savoie; et, à Paris, un hôtelsuperbe qu’elle fait meubler magnifiquement-, elle y vil avec des officiers et des abbés, toujours la plus ver-tueuse fille du monde, et, ce qui n’est pas moins extraordinaire, toujours vielleuse (2). »
Il nous semble en avoir dit assez sur les musiciens ambulants des deux sexes ; les industriels excentriquessollicitent un moment notre attention, quoique ceux-là ne crient guère et cherchent plutôt dans quelqueexercice d’équilibriste ou quelque tour de charlatan un moyen d’amuser les spectateurs. Que dire, par exemple,de Y homme insensible? On peut s’introduire des baguettes dans l’œsopbage, s’enfoncer des épingles dans lesjoues, manier des barres de fer rouges, tout cela pour la bagatelle de deux sous, et n’ôtre cependant qu’unsaltimbanque digne tout au plus de servir de compère à quelque arracheur de dents ou à quelque marchandd’orviétan cherchant fortune sur la voie publique. Comme ces industriels pour attirer la foule ne crient pas,mais pérorent, ils ont besoin d’ètre secondés par des individus qui les fassent connaître de loin, et qui retien-nent aulour d’eux leur clientèle improvisée, soit en amusant celle-ci par des lours de force plus ou moinsextravagants, soit en la fascinant en quelque sorte par des coups redoublés de tambour, de grosso caisse ettout le tintamarre d’une parade en règles. Ün sait de quelle importance est la parade proprement dite pources sortes de gens comme pour les industriels forains, montreurs de phénomènes et de curiosités de diversenature. Il est vrai que ceux-ci y joignent souvent, en manière de cri, des invitations pressantes et des allocu-tions burlesques à l’adresse des curieux. Par exemple : « Entrez, messieurs et mesdames, prenez vos places;vous allez voir, etc. »
Les exemples en ce genre ne nous manqueraient pas, mais ils nous entraîneraient trop loin, et nous pré-férons revenir à nos industriels excentriques qui exercent leur art dans la grande ville. Leur art, avons-nousdit, car sans y avoir des droits reconnus, ils se donnent tous sans hésiter le nom d’artistes. Artistes? Etpourquoi pas? le disloqué est à coup sûr un inventeur dans l’art gymnique comme l’est le grimacier danscelui de la pantomime que nous ont légué les Grecs (3). Il faut voir ce dernier personnage chanter la vieillechanson de la Bourbonnaise, avec toutes sortes de contorsions et de changements de physionomie d’un
(1) Franklin est l’inventeur do Yharmonica à touches de verre.
(2) Gouriet, ibid.
(3) Gouriet cite un traité de l 'art de grimacer^ composé au xv e siècle,et intitulé : Ars , ralioquc os dUlorqucndi . L’art de se contourner mé-thodiquement la figure se réduit à sept préceptes généraux ou sept
grimaces principales, que le texte désigne de la manière suivante,savoir:
Contorsio prima , aut simplex ;
—î secunda, aut duplex;
— tertia, laboriosa;