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Les Voíx de Paris : essai d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale depuis le moyen âge jusqu'à nos jours ; précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cri en général ; Et suivi de Les cris de Paris ; grande symphonie humoristique vocale et instrumentale ; [Partitur]
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ORIGINE ET CARACTÈRE DU CRI EN GÉNÉRAL.

têlement proverbial de leurs rétives montures. Le cri de hi-eu, hi-eu, hi-en (n° 30) que poussent les char-retiers, redonne momentanément des forces au cheval épuisé de fatigue. D’autres cris, différenciés à dessein, diaet hurhau, règlent ses pas et lui indiquent la route à suivre (1). Une dernière injonction euh, là, l’oblige às’arrêter (n° 31). Les chasseurs et les conducteurs de bestiaux emploient un grand nombre de signaux dumême genre pour commander aux animaux. Ces sortes d’appels sont ordinairement des onomatopées tirées dulangage ou du nom de ces derniers, quelquefois aussi ce sont des formes de convention (2). Nous citerons entreautres le cri des bergers (n° 32) et celui des bouviers (n° 33), que nous avons notés dans leur forme la plusrépandue. Très souvent, au lieu de recourir à des cris bizarres, rauques et sauvages, l’appel prend desinflexions mélodieuses et caressantes, de manière à former comme une petite chanson que les animaux écou-tent avec plaisir. C’est ainsi qu’une fermière du midi de la France, citée par Mainzer, employait, pour appelerdes petits pourceaux qu’elle avait soignés elle-même, et pour les faire rentrer à l’étable, une formule naïveet pittoresque (n° 34), qui n’est pas sans analogie, par l’accent de tendresse qu’on y remarque, avec certainsrefrains des ranz des vaches chantés par les pâtres de la Suisse en conduisant leurs troupeaux.

Si l’homme a essayé sur les animaux le pouvoir de ses cris, il a dû plus fréquemment encore, et pour desraisons bien autrement importantes, l’essayer sur ses semblables. Dans la vie en commun, appel, injonction,prière, revêtent, sous l’empire de l’émotion et des nécessités du moment, des formes très brèves, très ellipti-ques, très accentuées et très expressives, comme celles des interjections : ho! hola! au secours ! au feu! auxarmes! à la garde! hurrah! halte! qui vive! gare! silence, chut!paix, grâce, pitié! pardon! etc. L’étudede cette application du cri aux événements de la vie sociale formera comme la seconde partie de cette intro-duction. Dans la première nous nous sommes appliqué à démontrer l’importance du cri humain considérécomme l’interprète des sentiments individuels : dans celle-ci nous lâcherons surtout d’indiquer le rôle qu’il ajoué dans la manifestation des sentiments collectifs (3). Pour cela il nous faudra souvent interroger l’histoire.La vie militaire et la vie religieuse nous fourniront, en premier lieu, un ensemble de faits essentiellementpropres à jeter une vive lumière sur ce côté nouveau de la question.

Interrogeons d’abord l’histoire des religions. Des témoignages incontestables prouvent que les cris ont tenuune grande place dans certaines cérémonies du paganisme, comme expression de l’enthousiasme des multi-tudes agitées en quelque sorte de l’esprit divin. La voix tonnante du prêtre écartait les profanes de l’enceinteoù les mystères d’Eleusis réunissaient les seuls initiés. Le culte deBacchus et de Cybèle admettait parmi sesrites des cris sauvages dont l’écho est parvenu jusqu’à nous à traversles chantsdes poêles. L’enfance de Jupiterfut bercée par les clameurs des Corybantes. On sait par quelles fêtes d’un caractère bizarre et poétique la

(d) Dia ou à dia ! pour faire aller les chevaux à gauche ; liuc, huhauou hurhau, pour les faire aller à droite. De là ces deux locutions prover-biales : n’entendre ni à dia ni à huhau ; tirer l’un à dia, l’autre à huhau,(2) Les Allemands rangent ces sortes de cris dans la classe de ceuxque leurs grammairiens appellent gestes vocaux, Lautgeberde. Ces émis-sions vocales destinées à appeler, à chasser, à exciter ou à retenir lesanimaux, sont très nombreuses, et comme il entre beaucoup d’arbitrairedans leur formation, elles diffèrent suivant les contrées. Cependant il yen a qui sont les mêmes partout, sauf les dilférences de prononciation etd’orthographe. Les cris dont on se sert en Allemagne pour appeler lesanimaux quand ils doivenlprendre leur ndurriture sont, pour les chiens,da da ! pour les chevaux, süler, siit siil ! ou hiif hïifl pour les chèvres,zub zub! ou ’ech teck! pour les chats, mies mies! ou miez miez! etc., pourles oies, guscli gusch! ou goesgoes! ou umlle wulle! pour les canards, bilebile ! pour les poules, put put ! Ceux qu’on emploie pour les chasser, parexemple pour la volaille, scltu seliu ! Iiusch Itusc'i ! Les cris des voituriersà l’adresse des bêtes de somme et principalement des chevaux sont lessuivants : brr ! pour faire arrêter l’animal, hotl, holloli ! jiih, holtjuli !pour le faire marcher, et particulièrement hotl hotl ! ou hul ! pour lefaire aller à droite; ho, har, ivist, sclnvih ! etc., pour le faire aller àgauche. Les bergers et les chasseurs allemands, de même que les nôtres,ont des signaux vocaux particuliers pour exciter et diriger leurs chiens.Ces onomatopées, ces mimologismcs, ces appellations de convention

figurent dans les refrains d’un grand nombre de chansons allemandeset surtout dans les petites poésies lyriques destinées à la jeunesse. Onen tire également un bon parti dans les compositions du genre comiqueet burlesque. Un quatuor pour voix d’hommes, publié par Truhn chezSchlesinger, à Berlin, et intitulé Zicgenlicd, la chanson de la chèvre,contient une imitation drolatique du cri de cet animal.

Mek, vnerck, mek, mek, inek, mek, mek, mercmek, mek.

Voyez Georges Kastner, Les chants de la vie, cycle choral, ou recueilde vingt-huit morceaux à quatre, à cinq, à six et à huit parties, pourténors et basses avec accompagnement de piano ad libitum, précédésde recherches historiques et de considérations générales sur le chanten chœur pour voix d’hommes. Paris, Brandus, Dufour et O, 185é,1 vol. in-i, p. 96. ’

(3) Les cris, comme manifestation collective, reçoivent souvent lenom de clameurs. Les clameurs impliquenlordinaireinent la réunion detoutes sortes de cris proférés sous l’impulsion de sentiments très pas-sionnés et très divers. Les clameurs sont les cris des assemblées tumul-tueuses et de la foule violemment agitée. On appelle huées des cris, desclameurs où domine l’expression du mépris. De là le mot énergique deliuaille, forgé par Mercier. La huaille, c’était, pendant la révolutionde 89, la bande des aboyeurs de tous les partis qui se huaient et se dif-famaient réciproquement.